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Rapport de l’Académie des sciences et de l’Académie royale de médecine de 1831 au sujet du magnétisme et du somnambulisme

Cité par Louis de Serré dans son ouvrage « Application du somnambulisme magnétique au diagnostic et au traitement des maladies, sa nature, ses différences avec le sommeil et les rêves » Source 😐 Gallica https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5810066z/f96.image 1855

Contexte du rapport.

En 1825, un jeune médecin le docteur Foissac, adressa à MM. les membres de l’Académie des sciences et de l’Académie royale de médecine un mémoire sur le magnétisme animal, dans lequel il démontrait la convenance d’une révision du jugement porté en 1784 sur la doctrine dé Mesmer par les commissaires du gouvernement. Il demanda de nommer une commission dans le but de constater la réalité des phénomènes attribués au magnétisme animal, s’offrant de mettre une somnambule à la disposition de cette commission, pour faire les expériences qu’elle jugerait convenables.

Le 13 décembre 1825, une commission de l’Académie fit son rapport à l’Académie par l’organe de M. Husson. Voici quelles en étaient les conclusions :

1° Que le jugement porté en 1784 par les commissaires chargés par le roi d’examiner le magnétisme animal ne doit en aucune manière dispenser l’Académie de l’examiner de nouveau, parce que dans les sciences un jugement quelconque n’est point une chose absolue, irrévocable;

2° Que les expériences d’après lesquelles ce jugement a été porté paraissent avoir été faites sans ensemble, sans le concours simultané et nécessaire de tous les commissaires, et avec des dispositions morales qui devaient, d’après les principes du fait qu’ils étaient chargés d’examiner, les faire complètement échouer;

 3° Que le magnétisme jugé ainsi en 1784 diffère entièrement par la théorie, les procédés et les résultats, de celui que des observateurs exacts, probes, attentifs, que des médecins éclairés, laborieux, opiniâtres ont étudié dans ces dernières années ;

 4° Qu’il est de l’honneur de la médecine française de ne pas rester en arrière des médecins allemands dans l’étude des phénomènes que les partisans éclairés et impartiaux du magnétisme annoncent être produits par ce nouvel agent;

 5° Qu’en considérant le magnétisme comme un remède secret, il est du devoir de l’Académie de l’étudier, de l’expérimenter, afin d’en enlever l’usage et la pratique aux gens tout à fait étrangers à l’art, qui abusent de ce moyen et en font un objet de lucre et de spéculation. D’après toutes ces considérations, la commission est d’avis que la section de médecine de l’Académie doit accepter la proposition de M. Foissac, et charger une commission spéciale de s’occuper de l’étude et de l’examen du magnétisme animal.

 Signé ADELON, PARISET, MARC, BOURDIN aîné; HUSSON, rapporteur.

Ce rapport fut suivi de trois séances de discussions. Enfin, après une réponse du docteur Husson à toutes les objections qui avaient été élevées, on passa au vote par voie de scrutin secret sur les conclusions du rapport, et le résultat fut, sur 60 votants, de 35 voix pour la proposition de la commission, et de 25 contre.

La commission du magnétisme fut nommée dans la séance de l’Académie du 28 février 1826. M. Husson n’en faisait pas d’abord partie ; mais, le 13 juin suivant, il fut nommé en remplacement de M. Laënnec, que sa santé força de donner sa démission.

Ce ne fut que dans les séances du 21 et du 28 juin 1831 que ce savant rapporteur put donner lecture de son travail à un auditoire nombreux et attentif, attiré par l’intérêt tout particulier du sujet et par la réputation de l’auteur.

Conclusions de ce rapport :

 1. Le contact des pouces ou des mains, les frictions ou certains gestes que l’on fait à peu de distance du corps et appelés passes, sont les moyens employés pour se mettre en rapport ou, en d’autres termes, pour transmettre l’action du magnétiseur au magnétisé.

 2. Les moyens qui sont extérieurs et visibles ne sont pas toujours nécessaires, puisque dans plusieurs occasions la volonté, la fixité du regard ont suffi pour produire les phénomènes magnétiques, même à l’insu des magnétisés.

3. Le magnétisme a agi sur des personnes de sexe et d’âge différents.

4 Le temps nécessaire pour transmettre et faire éprouver l’action magnétique a varié depuis une demi-heure jusqu’à une minute.

 5. Le magnétisme n’agit pas, en général, sur les personnes bien portantes.

 6. 11 n’agit pas non plus sur tous les malades.

 7. Il se déclare quelquefois, pendant qu’on magnétise, des effets insignifiants et fugaces que nous n’attribuons pas au magnétisme seul, tels qu’un peu d’oppression, de chaleur ou de froid, et quelques autres phénomènes nerveux dont on peut se rendre compte sans l’intervention d’un agent particulier, savoir : par l’espérance ou la crainte, la prévention et l’attente d’une chose inconnue et nouvelle, l’ennui qui résulte de la monotonie des gestes, le silence et le repos observés dans les expériences, enfin par l’imagination, qui exerce un si grand empire sur certains esprits et sur certaines organisations.

 8. Un certain nombre des effets observés nous ont paru dépendre du magnétisme seul et ne se sont pas produits sans lui. Ce sont des phénomènes physiologiques et thérapeutiques bien constatés.

 9. Les effets réels produits par le magnétisme sont très-variés : il agite les uns, calme les autres ; le plus ordinairement il cause l’accélération momentanée de la respiration et de la circulation, des mouvements convulsifs fibrillaires passagers ressemblant à des secousses électriques, un engourdissement plus ou moins profond, de l’assoupissement, de la somnolence, et, dans un petit nombre de cas, ce que les magnétiseurs appellent somnambulisme.

 10. L’existence d’un caractère unique propre à faire reconnaître dans tous les cas la réalité de l’état de somnambulisme n’a pas été constatée.

 11. Cependant, on peut conclure avec certitude que cet état existe quand il donne lieu au développement des facultés nouvelles qui ont été désignées sous le nom de clairvoyance, d’intuition, de ‘prévision intérieure, ou qu’il produit de grands changements dans l’état physiologique, comme l’insensibilité, un accroissement subit et considérable de forces, et quand cet état ne peut être rapporté à une autre cause.

 12. Comme parmi les effets attribués au somnambulisme il en est qui peuvent être simulés, le somnambulisme lui-même peut quelquefois être simulé et fournir au charlatanisme des moyens de déception. Aussi, dans l’observation de ces phénomènes qui ne se présentent encore que comme des faits isolés qu’on ne peut rattacher à aucune théorie, ce n’est que par l’examen le plus attentif, les précautions les plus sévères et par des épreuves nombreuses et variées qu’on peut échapper à l’illusion.

 13. Le sommeil provoqué avec plus ou moins de promptitude et établi à un degré plus ou moins profond est un effet réel mais non constant du magnétisme.

 14. Il nous est démontré qu’il a été provoqué dans des circonstances où les magnétisés n’ont pu voir et ont ignoré les moyens employés pour le déterminer.

 15. Lorsqu’on a fait tomber une fois une personne dans le sommeil magnétique, on n’a pas toujours besoin de recourir au contact et aux passes pour la magnétiser de nouveau. Le regard du magnétiseur, sa volonté seule, ont sur elle la même influence. Dans ce cas on peut non-seulement agir sur le magnétisé, mais encore le mettre complètement en somnambulisme et l’en faire sortir à son insu, hors de sa vue, à une certaine distance et au travers des portes fermées.

 16. Il s’opère ordinairement des changements plus ou moins remarquables dans les perceptions et les facultés des individus qui tombent en somnambulisme.

A. Quelques-uns, au milieu du bruit de conversations confuses, n’entendent que la voix de leur magnétiseur ; plusieurs répondent d’une manière précise aux questions que celui-ci ou que les personnes avec lesquelles on les a mis en rapport leur adressent ; d’autres entretiennent des conversations avec toutes les personnes qui les entourent; toutefois, il est rare qu’ils entendent ce qui se passe autour d’eux. La plupart du temps ils sont complétement étrangers au bruit extérieur et inopiné fait à leurs oreilles, tel que le retentissement de vases de cuivre : vivement frappés près d’eux, d’un meuble, etc.

 B. Les yeux sont fermés, les paupières cèdent difficilement aux efforts qu’on fait avec la main pour les ouvrir ; cette opération qui n’est pas sans douleur laisse voir je globe de l’œil convulsé ; porté vers je haut et quelquefois vers le bas de l’orbite.

 C. Quelquefois l’odorat est comme anéanti, on peut leur faire respirer l’acide muriatique ou l’ammoniaque sans qu’ils en soient incommodés, sans même qu’ils s’en doutent. Le contraire a lieu dans certains cas, et ils sont sensibles aux odeurs.

16). La plupart des somnambules que nous avons vus étaient complètement insensibles. On a pu leur chatouiller les pieds, les narines et l’angle des yeux par rapprochement d’une plume, leur pincer la peau de manière à l’ecchymoser, les piquer sous l’ongle avec des épingles enfoncées à l’improviste assez grande profondeur, sans qu’ils aient témoigné de la douleur, sans qu’ils s’en soient aperçus. Enfin, on en a vu une qui a été insensible à des opérations plus douloureuses de la chirurgie, et dont ni la figure, pi le pouls, ni la respiration, n’ont dénoté la plus légère émotion.

 17. Le magnétisme a la même intensité, il est aussi promptement ressenti à une distance de six pieds que de six pouces, et les phénomènes qu’il développe sont les mêmes dans les deux cas.

 18. L’action à distance ne paraît pouvoir s’exercer avec succès que sur des individus qui ont été déjà soumis au magnétisme.

19. Nous n’avons pas vu qu’une personne magnétisée pour la première fois tombât en somnambulisme. Ce n’a été quelquefois qu’à la huitième ou dixième séance que le somnambulisme s’est déclaré.

 2O. Nous avons constamment vu le sommeil ordinaire, qui est le repos des organes des sens, des facultés intellectuelles et des mouvements volontaires, précéder et terminer l’état de somnambulisme.

 21. Pendant qu’ils sont en somnambulisme, les magnétisés que nous avons observés conservent l’exercice des facultés qu’ils ont pendant la veille. La mémoire même paraît plus fidèle et plus étendue, puisqu’ils se souviennent de ce qui s’est passé pendant tout le temps et toutes les fois qu’ils ont été en somnambulisme.

 22. A leur réveil, ils disent avoir oublié totalement toutes les circonstances de l’état de somnambulisme et ne s’en ressouvenir jamais. Nous ne pouvons avoir à cet égard d’autre garantie que leurs déclarations.

 23. Les forces musculaires des somnambules sont quelquefois engourdies et paralysées. D’autres fois, les mouvements ne sont que gênés, et les somnambules marchent et chancellent à la manière des hommes ivres, et sans éviter, quelquefois aussi eh évitant, les obstacles qu’ils rencontrent sur leur passage. Il y a des somnambules qui conservent intact l’exercice de leurs mouvements ; on en voit même qui sont plus forts et plus agiles que dans l’état de veille.

 24. Nous avons vu deux somnambules distinguer, les yeux fermés, les objets que l’on a placés devant eux; ils ont désigné, sans les toucher, la couleur et la valeur des cartes ; ils ont lu des mots tracés à la main, ou quelques lignes de livres que l’on a ouverts au hasard. Ce phénomène a eu lieu alors même qu’avec les doigts on fermait exactement l’ouverture des paupières.

 25. Nous avons rencontré chez deux somnambules la faculté de prévoir des actes de l’organisme plus ou moins éloignés, plus ou moins compliqués. L’un d’eux a annoncé plusieurs jours, plusieurs mois d’avance, le jour, l’heure et la minute de l’invasion et du retour d’accès épileptiques ; l’autre a indiqué l’époque de sa guérison. Leurs prévisions se sont réalisées avec une exactitude remarquable. Elles ne nous ont paru s’appliquer qu’à des actes ou à des lésions de leur organisme.

 26. Nous n’avons rencontré qu’une seule somnambule qui ait indiqué les symptômes de la maladie de trois personnes avec lesquelles on l’avait mise en rapport. Nous avions cependant fait des recherches sur un assez grand nombre.

 27. Pour établir avec quelque justesse les rapports du magnétisme avec la thérapeutique, il faudrait en avoir observé les effets sur un grand nombre d’individus, et avoir fait longtemps et tous les jours des expériences sur les mêmes malades. Cela n’ayant pas eu lieu, la commission a dû se borner à dire ce qu’elle a vu dans un trop petit nombre de cas pour oser rien prononcer (le Conseil général de l’administration des hospices avait interdit à la commission de faire des expériences sur le magnétisme dans les hôpitaux de Paris).

 28. Quelques-uns des malades magnétisés n’ont ressenti aucun bien. D’autres ont éprouvé un soulagement plus ou moins marqué, à savoir : l’un, la suspension de douleurs habituelles ; l’autre, le retour des forces, un troisième, un retard de plusieurs mois dans l’apparition des accès épileptiques ; et un quatrième, la guérison complète d’une paralysie grave et ancienne.

 29. Considéré comme agent de phénomènes physiologiques, ou comme moyen thérapeutique, le magnétisme devrait trouver sa place dans le cadre des connaissances médicales, et par conséquent les médecins seuls devraient en faire et en surveiller l’emploi, ainsi que cela se pratique dans les pays du Nord.

30. La commission n’a pu vérifier, parce qu’elle n’en a pas eu l’occasion, d’autres facultés que les magnétiseurs avaient annoncé exister chez les somnambules. Mais elle a recueilli et elle communique des faits assez importants pour qu’elle pense que l’Académie devrait encourager les recherches sur le magnétisme, comme une branche très curieuse de psychologie et d’histoire naturelle,

Ont signé : BOURDOIS DE LA MOTTE, président ; FOURQUIER-, GUÉNEAU DE MUSSY, GUERSANT, ITARD, J. LEROUX, MARC, THILLAYE, HUSSON, rapporteur.

 Nota; MM. Double et Magendie, n’ayant point assisté aux expériences, n’ont pas cru devoir signer le rapport.

L’auteur cite p.140 également les travaux d’autres pays :

Les gouvernements étrangers, ceux du Nord particulièrement, ne sanctionnèrent pas le jugement de la commission française de 1784. On voit en 1815 l’empereur de Russie nommer une commission de médecins, qui déclara que le magnétisme est un agent très important; qui ne doit être mis en œuvre que par des médecins instruits. Un arrêté du Collège de santé du Danemark, du 21 décembre1816, et une ordonnance
du;l4 janvier 1817 statuent dé la même manière. Il en est de même d’une ordonnance royale rendue en Prusse le 7 février 1817. Enfin on a vu par mon mémoire qu’un concours sur le magnétisme animal avait été ouvert devant l’Académie des sciences de Berlin, par un ordre du cabinet de Prusse.

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Un état de conscience très peu étudié et fascinant : la lucidité ou somnambulisme magnétique.

Le somnambulisme magnétique a fait l’objet de nombreux livres et expérimentations au XIXème siècle. Il est possible de trouver des ouvrages datant de cette époque à la BNF. Voici des extraits d’un des ouvrages (à partir des scans de la bibliothèque de France) classés par thématiques.

Application du somnambulisme magnétique au diagnostic et au traitement des maladies, sa nature, ses différences avec le sommeil et les rêves

Source 😐 Gallica https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5810066z/f96.image

  • Date : 1855
  • Auteur : Louis de Séré, médecin
  • Résumé : Témoignage d’un médecin qui utilise des somnambules pour faire des diagnostiques et traitements pour ses patients. La majeure partie concerne des récits de cas de traitements. Un chapitre aborde l’histoire du magnétisme (mesmérisme) en lien avec le somnambulisme, avec le style de l’époque (manque de neutralité et emphase parfois). Il cite un rapport de l’académie des sciences qui décrit les techniques et leurs effets (voir ce rapport ici). Dans un autre chapitre, il décrit les différents types de somnambules et les techniques pour mettre les sujets dans l’état de lucidité, ainsi que les précautions à prendre. Il donne également son avis sur le fonctionnement du « fluide magnétique ». Bien noter qu’à l’époque hypnose et magnétisme se confondent. Le terme d’hypnose n’existe pas encore et on lie l’effet hypnotique à des passes magnétiques, déployant une sorte de « fluide magnétique ».

Les extraits que j’ai choisi concernent essentiellement les différents types de somnambules (personnes aptes à entrer dans cet état particulier), et les techniques employées, ainsi que les effets et précautions à prendre. Ceci dans le but de pouvoir expérimenter. Pour ceux qui ne connaissent pas bien les enjeux historiques du sujet, vous pourrez consulter le très bon livre de Bertrand Meheust, « Somnambulisme et médiumnité ».

Effets du fluide magnétique

p.174 C’est aux expériences admirables, au dévouement chaleureux et désintéressé de MM. de Puységur, Tardy de Montravel, Deleuze, qu’on doit
les premiers faits bien observés sur cet état à part du système nerveux, dont les conséquences, au point de vue de la psychologie, de la physiologie et de la thérapeutique, peuvent être d’une incalculable portée, c’est surtout un précieux et puissant moyen de plus, entre les mains du médecin intelligent et vraiment désireux d’élargir le cercle si restreint de nos moyens de guérir.

P189. Chaque somnambule a sa lucidité propre, lucidité aussi étendue, aussi variée dans ses diverses manifestations que celles de l’intelligence, mais dont la profondeur et la portée dépassent la mesure des cerveaux les plus heureusement organisés : la lucidité qui s’accompagne de la faculté merveilleuse de voir dans l’intérieur de l’organisme humain, et de retirer de cette vision admirable l’instinct des remèdes, est la plus précieuse, comme malheureusement aussi la plus rare.

Chaque organe important de l’économie éprouve un effet distinct. Si c’est le cœur qui est affecté, il y aura des nausées, un malaise indéfinissable, une anxiété très-vive, parfois de l’oppression; si ce sont les poumons, les bronches ou le larynx qui subissent cette influence, il y aura une dyspnée plus ou moins forte, une toux violente ayant lieu par quintes, accompagnées d’un sentiment d’inquiétude très-vive; quand cette action est portée à l’estomac ou aux intestins, on voit se développer des nausées, des vomissements plus ou moins fréquents, ou une véritable purgation accompagnée de coliques, de tranchées plus ou moins pénibles. Si cette action est dirigée vers l’épine dorsale, on verra apparaître des convulsions, ou un état de contraction spasmodique ; si c’est vers le cerveau, il se produira un état d’abattement, de prostration qui pourra aller jusqu’au coma profond, ou bien surgira un délire variable. Ces effets, convenablement dirigés, peuvent servir de moyens curatifs, et avoir une véritable utilité dans Un grand nombre de circonstances ; les moyens propres à produire ces effets curatifs, suivant les indications données, sont l’objet des études des magnétiseurs de profession, études qui devraient être faites par les médecins, seuls aptes à juger des indications que présentent les diverses classes de maladies.

e somnambule naturel, comme le somnambule spontané, livré à lui-même, libre d’action magnétique étrangère, se trouve complètement isolé du monde et des choses qui l’entourent, et reste soumis à la puissance inconnue, à la force aussi étonnante que singulière, qui le fait agir et penser comme un étrange et véritable monomane. La volonté se trouve suspendue dans cet état de l’âme, et ce qui le distingue  une manière très remarquable de l’état de somnambulisme artificiel ou magnétique, c’est que, dans ce dernier, la volonté et les actes même de la pensée du somnambule sont sous la direction du magnétisant, qui peut ainsi tourner les merveilleuses facultés que développe l’état somnambulique vers un but utile déterminé; ce rôle du magnétisant, quoique limité, n’en est pas moins des plus remarquables, et sert heureusement, en évitant les aberrations des sens et du cerveau propres au somnambule naturel et au somnambule spontané, à développer un état de l’âme tout spécial, dans lequel la vie et sa puissance prennent un épanouissement si large et si admirable.

Il y aurait toutefois erreur grave, méprise grossière, à penser que le magnétisant crée par son action la lucidité somnambulique; il lui donne seulement la faculté de se produire et de se déployer dans toutes les manifestations dont elle est susceptible. C’est une illusion profonde partagée malheureusement par presque tous les magnétiseurs de croire qu’ils font des somnambules ; s’ils s’étaient mieux rendu compte de la nature de l’influence qu’ils exercent sur les personnes susceptibles de la pénétration magnétique, ils auraient compris que cette influence se borne à accoutumer l’organisme du somnambule à l’absorption du fluide humain. Quand la disposition à l’état magnétique ou somnambulique n’existe pas chez un sujet, ils travailleront en vain à le faire naître.

Types de somnambules

L’état de somnambulisme magnétique ne se développe que chez les sujets qui présentent un état à part du cerveau et du système nerveux. La quantité de fluide propre à chacun devra varier comme la qualité, non-seulement d’après les aptitudes spéciales de chaque personne, mais encore d’après leur état de santé ou de maladie, et de plus selon la disposition de leur système nerveux, assujetti à être plus ou moins ébranlé par les passions et les mouvements violents et imprévus de l’âme.

P183. Le nombre des personnes qui ont du fluide magnétique et qui sont susceptibles de produire ou de subir l’influence magnétique est assez restreint ; c’est une erreur, trop accréditée chez les magnétiseurs de profession ; de penser que tout le monde à des degrés variables, est susceptible d’éprouver cette influence.

Les personnes susceptibles de lucidité dans l’état magnétique sont fort rares, et dans leur petit nombre il y à un choix à faire parmi celles dont: li lucidité est susceptible d’applications vraiment utiles. Les somnambules dont les facultés peuvent s’appliquer à l’étude des maladies, et rendre par là d’éclatants services, sont malheureusement une exception. Pour être apte à subir l’influence ou l’imprégnation magnétique, et surtout pour être lucide dans cet état, il faut être doué d’une intelligence élevée, d’Une sensibilité et d’une délicatesse spéciales du système nerveux, d’organes des sens d’une finesse de perception exquise, d’une imagination facilement et fortement impressionnable, d’une disposition cérébrale toute spéciale.et d’une quantité variable de fluide magnétique de bonne nature.

Il y a un état de l’économie assez rare, qui résume toutes ces aptitudes au suprême degré, état qui repose sur une disposition des nerfs et du cerveau toute particulière et propre seulement à quelques organisations, c’est celui de somnambulisme naturel ou essentiel.

On naît avec les dispositions au somnambulisme, on peut même naître somnambule ; mais, dans ce dernier cas, cet état n’acquiert un degré de développement bien marqué qu’après la puberté. Il est de remarque qu’une fièvre grave, une couche malheureuse, en modifiant profondément l’organisme, peuvent faire naître ce singulier état, il est plus ordinaire qu’elles le fassent disparaître.

P184. Il n’existe malheureusement pas de signe physique apparent qui puisse faire reconnaître, dans la veille normale l’état de somnambulisme ; on ne peut en constater l’existence que pendant le sommeil, pu par la magnétisation. Quand une personne livrée au plus profond sommeil s’agite, parle, puis bientôt se lève tout à coup, marche et exécute, aussi parfaitement que dans l’état de veille, une action physique ou un travail intellectuel quelconque, elle nous présente, dans l’exercice de pareils actes, le développement d’un état étrange, fort singulier, que personne ne conteste, et qui constitue le somnambulisme naturel ou essentiel.

En général, les somnambules naturels ou essentiels sont les meilleurs somnambules artificiels ou magnétiques ; il y a cependant d’autres états du système nerveux où l’action magnétique détermine le développement de la lucidité, seulement il est assez rare que dans ce cas la lucidité soit de longue durée, elle est subordonnée à la quantité variable d’agent magnétique que possèdent magnétisant et magnétisé.

Technique

Pour magnétiser un somnambule ou une personne susceptible de l’imprégnation magnétique, il faut d’abord fixer ses yeux, pendant un temps variable, et faire sur toute la tête quelques passes, qu’on promène, de haut en bas, le long du corps; pour démagnétiser, il suffit, après avoir fixé de nouveau les yeux du somnambule, de faire quelques passes divergentes sur la tête et le long du corps; tous ces actes doivent être effectués avec la volonté énergique, bien déterminée, du but que l’on se propose; car rien ne fatigue davantage un magnétisé, qu’un manque de précision et de netteté dans l’expression de la volonté des actes qu’on veut ici faire exécuter, et rien ne nuit autant au développement de la lucidité. La volonté est l’agent par excellence, les passes, les attouchements, ne sont que des moyens secondaires, quoique très-efficaces, d’aider son action d’une manière plus rapide, plus douce et plus sûre. Quand cet état est convenablement produit, il donne un sentiment de bien-être très-agréable, et dans lequel le magnétisé aime habituellement ; à exprimer qu’il se complaît. Ce bien-être peut être rapidement troublé par tous les modificateurs qui agissent sur son physique et son moral.

Dès que l’état magnétique est produit, on doit interroger le somnambule et ne le laisser jamais inactif, à moins qu’il ne demande à dormir. Ce singulier et bizarre sommeil, qui a lieu à l’état magnétique dans quelques circonstances particulières, est éminemment réparateur, si l’on doit en croire les somnambules. Ce sommeil ne peut durer plus de trois à cinq minutes, sous peine de déterminer un état de congestion du cerveau plus ou moins forte, j’ai pu constater que je sommeil qui envahit le somnambule dans l’état magnétique, renfermé dans ces étroites limites, n’a lieu, en général, qu’après une assez vive agitation ou une grande fatigue, et qu’il produit, quand il a pris fin, un état de bien-être visible et une grande netteté dans la lucidité. J’ai pu également vérifier que lorsque ce sommeil avait dépassé cinq minutes, le somnambule était lourd, inquiet, agité et peu disposé à suivre la direction de son magnétisant. Il est de toute nécessité que le magnétisant ne perde jamais de vue son magnétisé, il faut que de temps à autre il renouvelle son action magnétique, en ayant grand soin de la distribuer d’une manière égale et uniforme sur tout le corps, sous peine de rendre la lucidité incomplète et de développer des douleurs intolérables, ou la paralysie partielle des membres trop chargés. Il doit étudier avec grand soin les aptitudes diverses de son somnambule, s’assurer avec sagacité de la nature des questions qui le fatiguent par trop et les éviter, comme toute action ou expérience pour laquelle il manifeste une répugnance trop vive. Tout cela est si vrai, si important, qu’il est possible à un magnétisant prudent, attentif, qui a l’habitude de toutes ces précautions, un fluide puissant et sympathique, ainsi qu’une connaissance complète des diverses aptitudes intellectuelles de son somnambule, de le tenir dans l’état de somnambulisme pendant vingt-quatre et même quarante-huit heures. Il devra renouveler son fluide de temps en temps, diriger convenablement les questions et éviter tout ce qui serait de nature à l’agacer. À la suite de cette longue séance, que je considère comme un vrai tour de force dangereux, il en résultera un état de fatigue, de malaise, de courbature même tout à fait comparable à celui qu’éprouvent les personnes qui ont passé une ou deux nuits blanches.

Un fluide nul ou trop faible ne produit absolument rien; un fluide trop fort; au contraire; non seulement peut produire des convulsions ou un état congestionné du cerveau et des principaux organes -qui peut être fort dangereux, mais encore empêcher la lucidité de se développer, même chez un excellent somnambule.

Pour durer, l’état magnétique a besoin d’être soutenu, fortifié par le fluide du somnambule. Ainsi, tout magnétisant qui, doué d’un bon fluide, magnétise habituellement un bon somnambule naturel, reçoit de lui une plus forte proportion de fluide qu’il n’en donne, et voit par là sa puissance magnétique augmenter graduellement ; mais s’il restait un laps de temps plus ou moins long sans le magnétiser, il pourrait très-bien perdre sa vertu magnétique, parce que cet état est factice chez lui. Il n’en serait pas de même du somnambule naturel ; une interruption même longue d’action magnétique lui laisserait la faculté d’être apte à être magnétisé par une personne douée d’un bon fluide qui lui serait sympathique, car cette faculté étant naturelle chez lui, se renouvelle et s’entretient comme toute autre propriété de l’économie.

Du reste, cette puissance magnétique qu’on peut perdre par des causes, la plupart du temps ignorées, qu’on peut épuiser avec plus ou moins de rapidité, en magnétisant des personnes qui ont peu ou pas de fluide, ou qui l’ont de mauvaise nature, peut reparaître d’un moment à l’autre, après avoir été perdue pendant un temps variable, quand les conditions de la santé sont modifiées ; elle peut même acquérir de nouveau une grande force, si on rencontre un bon somnambule naturel qu’on soit à même de magnétiser.

La lucidité n’est pas, en général, susceptible de faire de grands progrès ; cependant, en faisant pénétrer le somnambule qui en est doué dans l’étude plus ou moins approfondie de la science qui fait l’objet spécial de sa lucidité, on le met à même de mieux décrire ce qu’il voit, entend, flaire, goûte ou palpe, et d’appliquer plus facilement le mot propre à chaque chose; par là les résultats sont plus clairs, plus précis pour le consultant, et le somnambule lui-même, débarrassé de la recherche des paroles propres à exprimer sa pensée, se sent moins fatigué, et il expose plus facilement ce qu’il doit dire; il arrive même, à la longue, que le somnambule qui reste renfermé dans la spécialité qui fait le caractère saillant du don qu’il a reçu voit mieux, distingue et surtout explique bien plus clairement ce qui fait l’objet de son examen.

Quand un magnétisant a le bonheur de rencontrer un bon somnambule lucide, il doit user envers lui de très-grands ménagements, le magnétiser à des intervalles d’abord assez éloignés, mais qu’il rapprochera peu à peu, au fur et à mesure qu’il verra l’économie du sujet s’habituer à son influence. Il devra se comporter envers lui comme le médecin prescrivant à son malade un remède dont l’administration exige beaucoup de prudence, le donne à des doses d’abord très-faibles, et ne l’augmente graduellement que d’après les résultats obtenus.

P182. Il est bien essentiel d’avoir toujours présent à la mémoire que la direction de cette lucidité demande de très grands ménagements, une main délicate, exercée, et des soins très attentifs, dont la nature sera indiquée au magnétisant par la disposition cérébrale du somnambule. Il est nécessaire, autant que possible, que l’action magnétique soit toujours exercée par la même personne ; c’est aujourd’hui un fait connu à Paris qu’un somnambule qui a été magnétisé par un grand nombre de personnes n’est plus bon à rien, et divague au bout d’un temps plus ou moins long. Pour que la lucidité ne courre pas le risque d’être altérée et puisse se soutenir, il est nécessaire qu’elle s’obtienne sans trop d’efforts, et surtout qu’il existe une grande sympathie entre les systèmes nerveux du magnétisé et du magnétisant.

Entrée en lucidité par la seule volonté des somnambules

Il existé des exemples positifs de somnambulisme spontané ayant lieu dans la veille, comme le somnambulisme naturel a lieu dans le sommeil ; mais ce qui est plus rare et plus extraordinaire, c’est que quelques somnambules puissent sans aide de magnétisant, en tendant outre mesure les ressorts de leur volonté, entrer, au bout d’un temps variable en état de somnambulisme, et de somnambulisme lucide. Dans ce dernier cas, par la puissance d’une volonté forte et énergique, le somnambule détermine une émanation exagérée de son propre fluide qui se porté au cerveau, en donnant naissance à cet état aussi bizarre que singulier : je n’ai vu que trois cas de cette forme insolite du somnambulisme, dont la durée était fort courte d’ailleurs; et dont la lucidité avait pour curieux caractère de s’exprimer au moyen de figures bizarres, mais saisissantes de justesse et de vérité. Une particularité plus remarquable, c’est ce souvenir de ces figures, de ces images, lequel reste gravé dans la mémoire du somnambule au sortir de cet état, qui est accompagné d’une horrible fatigue ; cette particularité me porte à penser qu’il y a là une forme insolite de l’extase, plutôt qu’un véritable état magnétique.

Somnambulisme spontané

P188. Quant aux exemples beaucoup plus nombreux de somnambulisme spontané qui ont été observés, ils ont lieu absolument comme certains accès des diverses névroses, telles que l’hystérie, la catalepsie, l’extase, dont ils représentent aussi une forme spéciale.

Précautions

Toutes les fois que le magnétisant observera chez son somnambule un état d’agacement nerveux pénible, une forte émotion de l’âme, de quelque nature qu’elle soit, ou une très grande fatigue, il devra s’abstenir de produire l’action magnétique, à moins qu’il ne se propose par là de calmer ces fâcheuses dispositions ; dans ce cas, l’état magnétique ne devra durer que le temps nécessaire pour produire l’effet voulu. En procédant avec cette sage lenteur, le magnétisant est assuré d’accoutumer le somnambule à l’action magnétique, sans trouble et sans péril ; de fortifier peu à peu cet état particulier propre à certaines organisations privilégiées, au point d’arriver à être à même de magnétiser son somnambule tous les jours et même plusieurs fois dans la journée. S’il agissait différemment, non seulement il courrait le risque l’altérer et même de détruire la lucidité, mais il s’exposerait encore à déterminer chez le magnétisé une fièvre nerveuse que rien ne pourrait arrêter. On doit veiller avec attention à ce que le somnambule ne soit pas gêné dans ses vêtements ; ses pieds doivent être à l’aise, les articulations libres ; il doit être commodément assis, et on doit lui éviter les positions pénibles et fatigantes. Il faut s’assurer qu’il n’existe aucune espèce d’odeur forte dans la pièce où l’on se trouve : un air lourd, épais, l’excès de chaleur ou de froid, les courants d’air, sont autant de circonstances qui doivent être soigneusement évitées ; elles sont de nature, comme les conversations à haute voix, ou toute espèce de bruit, à impressionner très-vivement le somnambule.

P196. On ne saurait entourer la personne qu’on soumet à l’action magnétique de précautions trop minutieuses ; on doit observer d’un œil très-attentif les manifestations de l’organisme qui se présentent; on doit veiller avec un soin religieux à ce que le cerveau, un des sens, la poitrine, la gorge, l’estomac, l’épine dorsale, ne soient pas trop chargés de fluide humain, sous peine de voir se produire des accidents graves un état de torpeur ou d’agitation convulsive devra appeler l’attention sur le cerveau ou l’épine dorsale ; l’oppression, la difficulté ou l’impossibilité de parler, devront la porter à la poitrine, au larynx ; tous ces accidents, ainsi que le hoquet, la toux, les éternuements répétés et comme convulsifs, un accès nerveux violent, demandent à être rapidement calmés, et si une action magnétique convenablement dirigée n’y parvient pas, on doit faire immédiatement cesser l’état magnétique par l’action d’une volonté calme, exempte d’émotion, mais ferme et soutenue. Pour compléter les précautions à prendre, on doit toujours tenir à sa portée de l’eau froide, de l’éther, de l’eau de menthe ou de fleur d’orange, et du sel gris, pour être en mesure, par l’administration opportune de l’un ou l’autre de ces moyens, de parer aux accidents de congestion ou de violente perturbation nerveuse qui peuvent se développer chez les magnétisés. Sorti de l’état magnétique, il sera bon que le somnambule prenne un peu de vin sucré coupé d’eau, ou une tasse de bouillon froid, pour relever la perte de forces produite ; on devra substituer à ces moyens un peu d’eau aromatisée de menthe anglaise, d’eau de fleurs d’oranger ou d’éther, s’il y a eu un peu d’agitation nerveuse.

Si un second magnétisant veut produire une action nouvelle sur le magnétisé, celui-ci est de suite très-vivement agité, la perturbation peut être telle qu’il survienne des convulsions. Le seul moyen de mettre fin à ce désordre est d’abord d’éloigner le second et malencontreux magnétisant ; le premier magnétisant doit ensuite soumettre de nouveau le magnétisé à une influence des plus énergiques, et s’il ne peut arriver à calmer assez rapidement son agitation, il doit mettre toute sa volonté à faire cesser la crise magnétique.

L’état magnétique n’est nullement un sommeil, c’est un état de veille particulière et de veille exagérée, qui, au lieu de dispenser du sommeil normal, en demande, au contraire, une plus forte dose, en raison de l’extrême fatigue cérébrale qui en est la suite. Ce tour de force ne pourrait être supporté que par un bon somnambule naturel, et je suis loin d’en conseiller l’essai. J’ai fait une fois cette longue et intéressante expérience chez un excellent somnambule, habitué depuis plusieurs années à être magnétisé plusieurs fois par jour; il en est résulté chez lui une telle fatigue, que lorsque je l’ai démagnétisé, il est resté pendant plus de vingt minutes dans un état d’hébétude indiquant un état congestionnel du cerveau, qui a été suivi d’une fièvre nerveuse, caractérisée par une agitation singulière du moral et du physique. J’ai calmé cet état, qui n’a pas été sans me donner des inquiétudes assez vives, par des bains, une nourriture très succulente, du bon vin de Bordeaux et un séjour de deux semaines à la campagne.

Explication de l’auteur sur le fonctionnement du fluide magnétique

P 175. Quand, par exemple, quelqu’un soumet à l’action magnétique une personne douée d’une organisation somnambulique prédisposée à subir son influence, le regard animé d’une volonté forte, énergique, il se produit, par la stimulation que donne cette volonté puissante, nettement et vigoureusement formulée, une émanation spéciale du sang qui est respirée par le somnambule, transmise à son cerveau, où elle provoque l’éveil de facultés particulières et sans analogues dans la vie normale. L’influence magnétique est l’action la plus puissante qu’il soit possible d’exercer sur je système nerveux, et c’est à coup sur celle qui est susceptible de développer la plus, grande variété d’effets ; cette variété tient à la différence du fluide propre à chacun, et il est exact de dire qu’il y a autant de fluides que d’individus. On a la preuve de ce fait en observant la variété d’effets que déterminent plusieurs magnétiseurs agissant sur un même somnambule.

Il devient ainsi facile de concevoir que la quantité de fluide propre à chacun devra varier comme la qualité, non-seulement d’après les aptitudes spéciales de chaque personne, mais encore d’après leur état de santé ou de maladie, et de plus selon la disposition de leur système nerveux, assujetti à être plus ou moins ébranlé par les passions et les mouvements violents et imprévus de l’âme.

La cause du somnambulisme naturel paraît tenir à un dégagement d’excès de fluide et au besoin qu’éprouve l’économie d’exercer des facultés qui ne trouvent pas le moyen ou l’occasion de se développer à l’état normal. Ce qui le prouverait, c’est que le somnambulisme naturel, le somnambulisme spontané, qui se développent, le premier pendant le sommeil, le second dans l’état de veille, sont calmés tous deux par l’action magnétique, qui a encore le mérite de provoquer l’exercice des facultés nouvelles qui constituent la lucidité, en imprimant à ces facultés la direction que Veut leur donner le magnétisant.

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Tableau synthétique de correspondance entre niveaux de conscience, enveloppes (koshas) et mémoires

Tableau synthétisé par Damien Roy à partir de sources diverses du yoga, de l’ayurveda et des traditions occidentales

Quelques questions posées à Damien Roy et réponses associées :


Le corps bouddhique n’a pas de dénomination dans la terminologie indienne ?
– Le corps bouddhique est l’entrée vers la conscience supérieure; il est la dernière couche avant le corps divin ou la conscience universelle. Le corps bouddhique correspond à Karana Sarira mais avec des pincettes. Karana, dans la terminologie, se limite au corps Causal. Cependant, il est aussi considéré comme étant le corps (Sarira) le plus élevé – ou le plus interieur -. Donc dans cette synthèse, pour faire le parallèle entre Indouisme et occident, j’ai choisi d’inclure le corps bouddhique dans le concept de Karana Sarira.

Le corps mental n’a pas d’activité cérébrale associée ?

– Le corps mental inclut toutes nos pensées : l’intuition aussi bien que le jugement. Il est ainsi présent dans toutes nos activités cérébrales. Je devrais sans doute préciser, qu’il est, pour moi, plus facile d’accéder aux informations de tel corps en fonction de l’activité cérébrale que je lui ai associé. Ainsi, en mode Theta, il est plus aisé d’aller explorer nos mémoires personnelles – notre corps astral. Le corps mental est toujours présent, c’est la carapace la moins évidente à percer, le corps le moins évident à ralentir, mais c’est aussi lui qui nous permet de « comprendre » la concept que nous explorons. 


Mais évidemment ces deux questions en ouvrent de nombreuses autres… Faut-il considérer deux pôles : l’activité cérébrale et le flux de nos pensées ; en admettant que la méditation, notamment, permet d’apaiser notre flux de pensées afin de nous laisser accéder aux informations accessibles par telle ou telle activité cérébrale ? Et dans ce cas, les ondes gamma ne sont-elles accessibles que lorsque notre corps mental est en observateur, lorsque notre flux de pensées est parfaitement apaisé ?Est-ce qu’il est légitime de parler de « corps » bouddhique ? ou faudrait-il ne parler que d’un état d’être, un état transitoire vers la conscience universelle ?

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Une Révolution silencieuse – Pierre Weil

Pierre Weil, un homme de paix

Pierre Weil (1924-2008) était docteur en psychologie, fondateur de la première chair de psychologie transpersonnelle, écrivain, éducateur et conférencier, il s’est intéressé avec passion aux questions fondamentales de notre existence, grâce, notamment, à l’étude des états de conscience.

Les numéros de pages inscrits dans cet article correspondent à l’impression d’une révolution silencieuse aux Editions du Rocher.

Dans cet article, je souhaite retracer les grandes lignes de son parcours, évoquer certains passages de son autobiographie : Une révolution silencieuse. 

« Ma vision du monde est en avance sur mon époque, et c’est pour cela que je suis incompris par bien des gens, et considéré comme un rêveur ou un poète par d’autres. Je suis devenu très tôt un homme universel. » p55

Si cet homme a été considéré visionnaire, peut-être même futuriste pour son temps, considérant l’importance de notre reliance à la nature, il est aujourd’hui encore, très contemporain. D’une certaine manière, Pierre Weil devance et influence notre volonté en créant Phusis :
« … je suis convaincu que, si nous voulons renverser la situation extrême dans laquelle nous nous trouvons, nous pouvons encore le faire. Il suffit qu’une grande majorité des habitants de cette planète prennent soin de leur propre révolution silencieuse et se comportent, à l’extérieur, en accord avec leur propre métamorphose, en cultivant l’art de vivre en paix avec eux-même, avec les autres et avec la nature. Ainsi se formera un champ morphogénétique, ce que l’on appelait autrefois egregora, dont l’influence bénéfique pourra encore sauver la vie sur cette planète. » p528

Plutôt que d’interpréter les propos de Pierre Weil, j’ai souhaité le citer, simplement, pour que chacun de vous puisse le comprendre à sa manière. Les passages sont regroupés en fonction de thématiques qui m’ont interpellées : La notion d’égalité, la volonté d’harmonie et la vision holistique, psychologie, philosophie, pouvoirs psychiques et fascination, méditation, transcendance et états de conscience, religion, spiritualité et retraite, créativité et formation. Vous noterez que durant toute sa vie, Pierre Weil a voulu harmoniser les concepts, « transversaliser », il sera donc évident que certaines citations auraient pu être placées dans d’autres thématiques.

1) La notion d’égalité, la volonté d’harmonie et la vision holistique

1: « Dans mes pensées écrites quand j’avais dis-sept ans, je disais : ‘Ma patrie n’est pas uniquement la France, c’est la Terre. Mes compatriotes ne sont pas seulement les Français, ce sont tous les hommes de la planète… » p55

2: « Chaque fois je me persuadais que tous les processus, tant orientaux qu’occidentaux, sont valables : chacun d’eux est fait pour un type d’homme ou de situation déterminés ; il ne faut écarter aucun chemin. » p100.

3: « …la vision holistique dépend de deux approches complémentaires, complémentaires comme les ailes d’un oiseau. » p447

4: « Nous sommes arrivés près d’une ferme où un paysan labourait sa terre comme si de rien n’était. Quel beau spectacle : un symbole de paix contrastant avec la bataille au début de laquelle nous avons assisté. Cette scène, accompagnée d’un beau couché de soleil, avait pourtant en arrière-fond le lointain écho des canons et des mitrailleuses.
C’est toujours avec émotion que je me rappelle cette vision champêtre de sérénité. C’était là un modèle du niveau auquel l’humanité aurait dû rester : vivre de la terre, être en contact avec elle, oublier l’ambition et les passions démesurées pour lesquelles nous, membres de la civilisation industrielle, nous avons été conditionnés.
Ah! Si je pouvais combiner le savoir intellectuel et la spiritualité du mystique avec la simplicité du paysan dans cette nouvelle ère qui arrive! » p49

5: « En jetant maintenant un regard sur l’histoire que je viens de raconter, je suis forcé de reconnaître qu’il m’est bien difficile de dire quelle y fut la part de ma participation effective, en tant qu’ego pensant et celle de mon « destin » : qu’est-ce qui a fait que je suis né dans une famille de trois religions différents et deux cultures traditionnellement ennemies ? Sans nul doute ce sont ces antagonismes qui ont constitué la force principale de ma recherche progressive de l’unité. J’ai d’abord cherché cette unité hors de moi. Dans le Sphinx, j’ai trouvé le symbole de mon propre conflit, mais aussi une perspective de solution. Ma formation scientifique m’a permis d’étudier plus systématiquement les variables qui m’ont amené à des expériences intérieures vraiment exceptionnelles et, encore que loin d’être unificatrices, elles l’ont suffisamment été pour me convaincre définitivement que le plus grand obstacle à la réalisation suprême c’était mon propre ego pensant. » p253

6: « ….la déclaration de Venise de l’Unesco, qui venait d’être divulguée à Paris. 

J’ai expliqué que ce document proclamait que la science ne peut plus assister impassible aux applications irresponsables de ses découvertes et que le temps était venu d’établir la complémentarité, et non l’antagonisme, de la science, de l’art et de la philosophie d’un côté, et des grandes traditions culturelles de l’humanité de l’autre. Cette relation entre l’Orient et l’Occident correspondrait au rétablissement de l’équilibre entre les hémisphères, gauche rationnel et droit intuitif, du cerveau. » p443

7: « Science, philosophie, art et traductions spirituelles se rencontrent afin de chercher ce qui les unit. » p433

2) Psychologie

8: « J’ai mis pas mal de temps à comprendre qu’une rancoeur gardée cachée par peur de blesser est plus nocive dans les relations interpersonnelles qu’un ressentiment exprimé. L’expression d’un ressentiment, quand elle est faite avec amour et respect de l’autre, rapproche les gens au lieu de les éloigner. 

C’est un chapitre de la pratique de la non-violence qui m’a value beaucoup de souffrance et beaucoup d’échecs, particulièrement dans mes relations amoureuses. Je me surprends, encore aujourd’hui, à renoncer à exprimer mes ressentiments par peur de blesser la personne qui est en face de moi. C’est une forme d’ahimsa, c’est-à-dire une façon de ne pas répondre à la violence par la violence. Mais il y en a une autre, plus efficace : celle d’exprimer son ressentiment, autrement dit, la violence la contre-attaque cachée en nous, de manière clame, objective et sans juger autrui. Quand nous y parvenons, l’amour jaillit de ce geste. » p42.

9: « De toute façon, ces forces (malignes) ont un aspect positif : elles mènent, à travers la souffrance qu’elles engendrent, à prendre conscience de la nécessité de rester pleinement lucide au cours de son évolution. Quand elles sont bien traitées, elles peuvent se transformer en alliés puissants de la révolution silencieuse puisque, qu’elle soit positive ou négative, l’énergie est seulement une. »

10: « La psychologie transpersonnelle a pour finalité l’étude des différents états de conscience par lesquels passe l’homme et de ses relations avec la réalité, le comportement et les valeurs humaines. » p138

11: « L’ego définit par l’absence de connaissance de ce que nous sommes réellement et comme la propre conséquence de cette absence de connaissance : une tentative, condamnée à l’échec, de nous accrocher désespérément à une image de nous-mêmes, fabriquée morceau par morceau ; une image aléatoire; un moi inévitablement charlatan et caméléon obligé à changer constamment pour garder vivante la fiction de son existence. » Sogyal Rimpoché p347

12: « Il existe une légende selon laquelle Chenrezi pleurait beaucoup devant la souffrance de l’humanité. Ce qu’il y avait de surprenant, c’est que chacune de ses larmes se transformait en Tara, le bouddha féminin de la libération. Cela signifie que cette façon de s’exprimer à un pouvoir libératoire, qu’elle permet à chacun de nous, grâce à de constants actes de compassion, de se libérer totalement de ses illusions et du poids de samsara. » p383

13: « A présent, je dirais qu’il est préférable de chercher à déterminer qui nous sommes sans changer de situation ni de relation, en profitant de la frustration pour apprendre sur nous-mêmes et pour évoluer. » p225

14: « aujourd’hui je sais que le magnétisme qui émane de ma personne est le résultat de ce travail sur moi-même, encore que certains disent que j’ai développé cela dans une autre existence où j’aurais été un expert en magie. Qui sait ? La subpersonnalité de leader, sous l’influence de la supraconscience, m’a transformé en leader charismatique. Cela augmente infiniment ma responsabilité quand je dirige les autres ! » p262

15: « Pemala ajouta quelques recommandations. Au début, on ne prend conscience que lorsque l’émotion a déjà fait des ravages. Mais peu à peu on progresse, on se surprend au milieu d’une crise de colère. L’idéal, c’est de voir la voir approcher. Alors elle se transforme en amour et compassion. » p358

16: « Au fond, la colère est passée quand j’ai réussi à rétablir, dans mon esprit, la situation telle qu’elle était, en éveillant en moi l’une des cinq formes de sagesse : la sagesse dans le miroir. Le miroir a la possibilité de refléter les choses telles qu’elles sont, sans prendre parti ni comparer ni juger. Quand on retrouve cette version impartiale, la colère disparaît complètement. »  p359

3) Philosophie

17: « Quand nous vivons intensément chaque moment de notre vie, nous établissons avec les autres des contacts aussi profonds que si nous avions vécu une éternité ensemble. C’est dans le moment présent que se trouve l’éternité… » p119.

18: « En premier lieu, comme je l’ai déjà dit, ce fut une bonne occasion de réaliser à quel point je suis imprégné de la philosophie de la non-violence, de l’ahisma de Gandhi, que je ne connaissais d’ailleurs pas à cette époque. Or l’ahisma est l’une des conditions préliminaires, décrites par les traités de yoga, à intégrer une armée sans tirer un coup de fusil. Même si ma participation a été insignifiante, j’ai été un élément parmi les milliers d’autres à avoir constitué l’obstacle dont les Alliés avaient besoin pour retarder les Allemands. Gandhi, lui aussi, a expulsé les Anglais de l’Inde sans qu’un coup de feu ne soit tiré, ou presque. » p50

19: « C’est alors que je suis entré dans ma grande crise existentielle. Elle se caractérisa avant tout par l’ennui. Je m’ennuyais quand j’étais seul et, bien pire encore, quand nous étions deux. Un ennui et un vide provoqués paradoxalement par la satisfaction de tous mes désirs. » p68

20: « Il (Rimpoché) m’a dit que pour rester dans le domaine de la vérité, il faut éviter deux extrêmes : d’un côté le « nihilisme », selon lequel il n’existe rien, car cette idée erronée a mené beaucoup de gens au désespoir, à la dépression et au suicide. De l’autre, ce qu’il appelle l’ « éternalisme », qui consiste à croire qu’il existe quelque chose de solide, concret et éternel. Le mot le plus adéquat dans notre langage occidental serait « matérialisme ». Cette attitude mène à l’attachement, à la possessivité, avec toutes les conséquences déjà décrites. » p376

21: « Ce que je perçois à présent, c’est que mon existence a un sens très clair : je suis ici pour apprendre à me connaître, à connaître ma place dans l’univers et pour transmettre ce que j’ai appris aux autres. Une force irrésistible de plus en plus grande m’y amène. Le présent document est un réalisation de plus en ce sens. J’espère que ce témoignage servira de stimulant et de réconfort à tous ceux qui suivent le même chemin et qui passent, ou sont passés, par les mêmes doutes. » p254 (et fin de la première partie)

22: « la recommandation du swami Chidananda, (…). En se dirigeant vers un groupe de Brésiliens, il avait dit : « Faîtes attention à vos désirs ! Si vous désirez des choses nobles, vous obtiendrez des choses nobles ; si vous désirez des choses basses, vous aurez des choses basses ! Prenez garde à vos désirs! » p314

23: « Compassion et sagesse sont indissociables : la sagesse sans compassion est froide et la compassion sans sagesse peut nous mener à porter préjudice au lieu d’aider. Avoir de la compassion signifie aussi savoir écouter et se mettre à la place de l’autre pour l’aider réellement dans ce qu’il attend de nous. » p384

24: « Suit une longue réponse de plus de deux pages, démontrant que la psychologie et la science ne peuvent être dissociées de la philosophie, d’une philosophie au sens étymologique du terme : « ami de la sagesse ». p395

4) Pouvoirs psychiques et fascination

25: « Jésus affirmait qu’il faisait des miracles pour que le peuple puisse avoir des preuves suffisantes de l’existence d’une force suprême qu’il appelait Dieu le Père, ou Père. En réalité, il n’accordait personnellement pas de valeur à ces miracles, de la même manière que les grands sages yogis de l’Inde n’accordent pas de valeur aux siddhi : ils prouvent seulement qu’une autre dimension existe. » p131

26: « Que le public ne se laisse pas fasciner par les pouvoirs ; dans la plupart des cas, ils ne mènent pas à grand chose. Ils ne sont qu’un détournement important de l’énergie au service de la vanité, de l’orgueil ou de la cupidité… » p131

27: « A propos de la communication de messages par l’intermédiaire de la conscience. Comme une évidence télépathique. 
« Ce que je trouve bizarre, c’est que j’ai la sensation curieuse de ne pas avoir de mérite à faire cela. Moins je fais d’efforts et plus le message vient facilement. Quelle leçon pour mon ego… Ce n’est pas moi qui dirige le processus. » p137

28: « J’ai petit à petit cessé de m’intéresser à la parapsychologie, c’est-à-dire à l’étude des pouvoirs psychiques enfermés dans des moules scientifiques. Quand je dis que j’ai cessé de m’intéresser je veux plutôt dire de me consacrer le reste de mon existence à cette investigation. Je continue cependant à lire des articles sur le sujet et, s’il se présente un cas extraordinaire, j’accepte l’invitation à assister et à observer. Mais mon enthousiasme est passé. Ce que je veux, c’est poursuivre mon évolution intérieure en utilisant pour cela tous les moyens dont je dispose, dans le sens de la psychologie transpersonnelle. » p185

29: « Non seulement certaines traditions spirituelles ont oublié leur raison d’être, appliquent des rituels et recommandent des dogmes dépourvu de sens, mais nombre d’entre nous pouvons nous attarder sur une pratique, ou sur un sujet, qui nous a enchantés, et oublier l’essentiel : la découverte de notre propre nature. Des sujets comme le voyage astral ou la magie fascinent en général certaines personnes qui restent bloquées sur étude et l’utilisation de ces pratiques. » p504

5) Méditation

30: « Je veux avertir tout de suite le lecteur tenté de méditer dans le but de développer des pouvoirs psychiques, comme la clairvoyance ou la télépathie : je lui déconseille ce procédé. La méditation est faite pour servir d’instrument à l’évolution de l’être humain vers l’intérieur de lui-même, pour découvrir qui il est en réalité ultime. Vouloir développer son pouvoir ne mène qu’à la vanité et à renforcer les barrières mentales qui empêchent d’évoluer. » p76.

31: « Si tu veux capter l’eau d’un puit, tu n’y jette pas de l’eau, n’est-ce pas ? Tu dois creuser jusqu’à ce qu’elle jaillisse. »p123 – ou l’importance du facteur personnel dans la pratique de la méditation.

32: « L’expérience fondamentale part de la méditation quotidienne. Je choisis un lieu, si possible toujours le même. Je m’installe en posture physique décontractée, la colonne vertébrale droite, sans forcer. Je m’imprègne d’abord de l’idée que je suis au moment le plus important de ma journée. Je médite de préférence après mon bain matinal, qui me met en condition énergétique favorable, et avant mon petit déjeuner, ce qui évite le gaspillage énergétique de la digestion. Une fois détendu, je me concentre sur l’air qui entre et sort de mes narines et je le suis dans son évolution en récitant intérieurement le mantra HAM SA : HAM correspond à l’inspiration et SA à l’expiration. Si des pensées se présentent – et il s’en présente toujours -, j’en prends conscient. Je ne lutte jamais contre leur présence car elles expriment en général mes problèmes non résolus, du passé ou de l’avenir. C’est une bonne solution d’attendre la solution, qui en général accompagne ma méditation car nous sommes là dans la dimension de la créativité. »  p232 

33: « Rimpoché m’avait recommandé de rester assis, de regarder les idées passer et de revenir me concentrer sur la respiration ou sur l’objet qui retenait mon attention. J’entrais dans un dilemme terrible : ou je méditais et je laissais s’envoler de précieuses idées pour mes livres, ou j’écrivais et je perdais ainsi l’occasion de m’éveiller. Je ne percevais pas que l’impasse dans laquelle je me trouvais était le ferment de la découverte du processus d’attachement à mes propres idées. Je ne percevais pas que j’étais entré dans un processus d’apprentissage ! Je ne voyais pas de porte de sortie, il ne me restait qu’à soumettre la question à Rimpoché et à lui demander de m’indiquer un moyen de méditer et à la fois de ne pas perdre les bonnes idées qui me venaient à l’esprit. 
Rimpoché, consulté, me répondit que je ne pouvais prendre des notes que pendant le cinquième de temps de méditation, au maximum. Ce fut donc grâce à cette orientation que se maintint la tension créée par l’attachement aux idées naissantes. C’est donc grâce à cette grené que j’ai pris conscience du processus de formation de l’attachement dès sa naissance. » p363

34: « Tant dans ses cours collectifs que lors des entretiens particuliers, Pemala attirait notre attention sur le fait qu’il n’y avait aucune différence entre le processus de méditation assise et les différents actes quotidiens, par exemple celui de faire le chemin vers sa chambre. » p371

35: « Il n’est pas nécessaire de s’isoler dans une grotte ou dans un monastère pour pratiquer le sida yoga. C’est dans le monde, à l’endroit où nous sommes que nous pouvons parfaitement combiner la vie quotidienne avec ses pratiques. » p203.

36: « Les mouvements spontanés, ou krya, augmentaient au cours de ma méditation. Un des swami m’a expliqué que cela servait à fortifier mon appareil subtil, me permettant une meilleure méditation. » p216

37: « Ce qui m’aida beaucoup, ce fut la méditation avec équanimité qui est toujours l’une de mes préférées. Elle consiste à s’assoir en état de relaxation et de laisser passer tout ce qui se présente dans le champ de la conscience, sans montrer la moindre préférence ou émettre le moindre jugement. En d’autres termes, accepter tout également, que ce soit les voix qui viennent du dehors, les pensées, les sentiments ou les émotions intérieures. Laisser passer simplement sans avoir de préférences. » p406

38: « J’ai découvert peu à peu, comme je l’ai raconté dans l’entretien avec Khempô sur les résultats de ma méditation, que j’étais une pensée : je n’étais qu’une pensée qui, lorsqu’elle observait une pensée, n’était qu’une pensée se rappelant une pensée précédente. J’ai alors découvert que je ne suis qu’une mémoire… Alors l’intérieur est devenu pensée et l’extérieur, espace d’où provient la pensée. Mon refuge est donc devenu l’espace d’où provient la pensée. » p425

6) Transcendance et états de conscience

39: « Ce n’est que parvenu à l’âge adulte que j’ai commencé à comprendre que ce ‘ciel’ et ce ‘royaume des cieux’ sont des métaphores pour désigner un certain état de conscience. »p32

40: « La perception que l’homme a de son importance propre est peut-être l’une des preuves qu’il est lui-même l’univers…ou Dieu. » p213

41: « ce qui différencie réellement l’état de rêve de celui de veille c’est que dans la veille il existe un objet – soit une chose, soit une personne – vu comme extérieur. Quelque chose que l’on peut toucher, regarder, voir, sentir, etc. » p372

42: « Il (Muktananda) y décrit aussi d’innombrables expériences fondamentales où il a tout appris sur nos différents corps : le corps physique que nous appréhendons en état de conscience et de veille , le corps subtil que nous expérimentons en état de rêve ; le corps causal qui correspond à l’état de sommeil profond ; enfin le propre self dont nous vivons la présence en état de superconscience. » p206

43: « Les centaines d’ashram, ou communautés, qu’il a organisées plus particulièrement en Inde et aux états-Unis, reflètent ses qualités : grande efficacité, ordre et respect de la personne humaine. » p207

44: « Résumé des fonctions liées aux chakras : « sécurité, sensualité, pouvoir, amour, inspiration et transpersonnel. » p308

Extrait de son journal intime pendant la retraite
45:  « Après les séances de prosternation, quelque chose bouge en moi. J’aime tout le monde. Point final. C’est inexprimable ce qui se passe à l’intérieur de mon être. Mon coeur est surchargé de larmes d’Amour universel. Et elles n’ont pas fini de couler…
Il ne sert à rien d’annoncer cela aux quatre vents, je courrais le risque de ne pas être compris. Il faut traduire tout cela en actes quotidiens, concrets, spontanés, ici et maintenant, pleinement conscient de ce que je suis en train de faire. C’est ce que font les lamas. Ils agissent en donnant leur amour et parlent très peu. Ils s’expriment par leurs actions. » p381

46: « Ce que j’ai compris, c’est que ce que nous appelons « état de veille » est un rêve que nous appliquons aux objets et aux personnes. Donc, l’entrainement auquel je me suis soumis consistait à voir les choses et les personnes – tous les phénomènes – comme elles sont et non pas comme nos vieilles habitudes nous ont accoutumés à les voir. » p423

47: « Dans une première phase, alors que j’étais encore tourné vers la satisfaction de ma sensualité et sensible à la beauté physique, je recherchais la compagnie de femmes belles et sensuelles. Dans une deuxième phase, où je m’attachais avec force à la forme sentimentale de l’amour, je cherchais des compagnes féminines « bonnes » et maternelles. Dans une troisième phase, au cours de laquelle ma créativité et ma sensibilité artistique s’épanouissaient, je recherchais des compagnes créatives, artistes, musiciennes, poétesses. Quand je suis entré dans la phase de la découverte des pouvoirs psychiques, j’ai recherché des femmes intéressées par ses pouvoirs ou qui les possédaient. Et à présent que je suis dans la phase où je transcende mon égo, je cherche des compagnes qui ont le même idéal. Et durant toutes ces phases, tout en cherchant une femme, je cherchais en réalité l’autre moitié d’une bipartition dans laquelle je n’avais aucune responsabilité. »  p226

48: « De la même façon qu’en état de conscience de veille nous considérons le rêve comme une illusion, quand nous serons en état de super-conscience nous découvrirons que c’était notre état de conscience de veille qui n’était qu’un rêve. » p230

49: Pierre Weil nous donne sa formule des états de conscience :
VR = f(EC)
VR : Vécu de la Réalité
EC ; Etat de Conscience

50: « Un jour, Pemala, en parlant avec moi du processus de l’illusion et de l’affirmation orientale que tout n’est qu’illusion, me déclara que cela ne signifiait pas qu’il n’existe rien en face de nous, mais plutôt quelque chose de différent de ce que l’on perçoit en raison de nos projections de mémoires, concepts, préjugés et émotions passées. » p375

51: « Et celui qui est dedans n’est plus celui qui a fait le mouvement inverse, de dedans vers dehors. Celui qui sort n’est plus un « Je » identifié à son corps. Celui qui sort est plus libre, plus détaché, ouvert pour l’Ouvert, pour utiliser une expression de Jean-Yves Leloup, dont il fait partie et qui l’intègre. En somme, celui qui est maintenant dehors, c’est le dedans de Pierre ! » p427

52: « Je me souviens maintenant de l’affirmation du maitre Pai Lin. Parlant de pratique de longévité, il disait que notre travail sur nous-mêmes au moyen des exercices de tai-chi a sa justification, car il nous donne l’occasion de nous éclairer davantage durant ce qui nous reste d’existence. C’est la raison principale pour laquelle je cherche à prolonger ma propre existence par une vieillesse la plus saine possible. » p500

53: « L’un des moyens de parvenir à pénétrer et à vivre notre véritable nature, que nous retrouvons dans toutes les traditions spirituelles, c’est la désautomatisation. Elle exige des qualités particulières, comme la persévérance et la patience, pour affronter tous les obstacles – habitudes, manières de penser, concepts et préjugés – qui nous empêchent de l’atteindre car ils sont une sorte de voile difficile à écarter du jour au lendemain. » p401

7) Religion, spiritualité et retraite

54: « … il a réussi à me réconcilier avec le Christ.
Comment cela est-il arrivé ? De façon extrêmement subtile. Il a utilisé mon intérêt très développé pour l’expérience mystique. Il m’a donné à lire le vieux livre de Tanquerey sur la théologie ascétique et mystique : ce livre m’a convaincu. Il est clair que des liens unissent le yoga et l’Eglise catholique. » p191.

55: « En passant devant la Vierge Marie, il (Muktananda) dit : ‘Nous aussi, nous avons Shakti’ » p209

56: « Un jour, on demanda à Muktananda comment Dieu, qui est un, peut se trouver dans toutes les choses de l’univers. Il répondit : ‘Dieu est un, mais il a voulu avoir la sensation de ne pas être seul ; alors il a créé la pluralité de lui-même. Ainsi il est à la fois un et multiple. » p212

57: « J’appris petit à petit que l’une des façons de lire le livre de la vie était d’aller dans la direction où les choses facilitent votre tâche et surtout de ne pas insister si tout conspire contre vous. » p441

58: « Le dernier regret
C’est celui du paradis perdu
Celui qu’on a vécu »
p224 – extrait de son poème Le dernier regret.

59: « Pour moi, le yoga n’est pas une religion et peut être pratiqué par des gens de n’importe quel courant religieux. Le yoga, pour moi, est au-delà de toutes les religions. Je me considère donc dans une position spirituelle transreligieuse.
La pratique du yoga m’a amené, à travers vécus et expériences, à mieux comprendre ce que les grandes traditions entendant par Dieu et la raison de la réticence du bouddhisme, du judaïsme et du taoïsme à le nommer. » p509

60: Programme de la forme la retraite de trois ans suivit par Pierre Weil.
« Le matin, lever à 4 heures et méditation jusqu’à 7 heures. Après la douche, réunion au temple pour les rituels et les célébrations matinales. Celui qui avait préparé le temps sonnait la cloche, et cela se faisait par roulement. Après le temps, à 8 heures, petit déjeuner matinal. De 9 heures à midi, chacun de nous se retirait dans son coin afin de procéder à des pratiques méditatives, jusqu’à ce que la cloche nous appelle pour le repas de midi, que nous prenions à la cuisine. » p351

61: programme du fond de la retraite
« trois grandes écoles tibétaines dont les enseignements : hinayana, mahayana et vajrayana. Le hinayana, ou « Petit Véhicule », est l’enseignement d’initiation pour les personnes qui désirent accomplir les premiers pas. Il s’agit d’enseignements basiques du Bouddha. La deuxième année est réservée au mahayana, ou « Grand Véhicule », où l’on développe surtout la compassion. Et durant la troisième année sont transmis les enseignements du dzog chen, réservés aux disciples ayant déjà parcouru les deux premiers degrés. » p340

62: D’après Rimpoché : « les quatre sentiments pour parvenir à l’éveil : la joie, l’amour, la compassion et l’équanimité. (…) l’équinanimité se réfère en particulier aux trois autres sentiments : la joie, l’amour et la compassion envers tous les êtres humains. p342

63:« les trois venins de l’existence : l’attachement, la colère et l’ignorance » p344

64: « Se détacher, c’est libérer la mémoire du plaisir lié à l’objet de l’attachement, dans notre propre esprit. » p362

65: « Chaque doigt de notre main symbolise un attribut de la divinité. Les trois premiers à partir du petit doigt symbolisent les trois guna ou attributs de matière énergie : inertie, dynamisme et lumière. L’index symbolise l’atman, ou le moi intérieur individuel et le pouce signifie brahman, ou l’Être suprême et le moi universel. Ainsi la figa symbolise brahman pointant son doigt vers le haut, c’est-à-dire montrant qu’il est le point de jonction entre le moi individuel et les trois forces naturelles en nous : Brahmâ, Vishnu, S’hiva. Le tout est un encouragement à diriger toutes les forces de notre être individuel vers le haut. » p112.

66: « Dans le langage du bouddhisme tibétain, comme dans l’hindouisme, le judaïsme et le christianisme, on parle de purification. Comme ce terme a provoqué de nombreuses réactions défavorables en raison de son caractère moraliste et de sa connotation de péché, j’ai préféré utiliser le terme déconditionnement, plus adéquat en raison de sa neutralité et de son côté psycho-physiologique plus en accord avec la véritable nature de ce processus. » p402

67: Le mot de Khempô, professeur de pratique durant la retraite « Vous n’avez chaque jour rien à faire de plus que manger, faire votre toilette, méditer et dormir!… » p351

68: « Est morte aussi toute la conception réifiée, chosifiée, solidifiée, tant de Dieu que de moi. C’est pour cela que j’ai abandonné les concepts de self individuel, ou atman en sanskrit, et de self universel, ou brahman en sanskrit, que j’utilisais facilement à la fin de mon livre sur la révolution silencieuse. Cela signifie aussi que j’ai abandonné le concept d’un Dieu et d’un moi solide séparés l’un de l’autre dans une problématique de dualité. »

69: « Tout est Bouddha », c’est-à-dire que chacun de nous, comme chaque particule de l’univers, est imprégné d’une force cosmique à la fois immanente et transcendante.
Si nous sommes pénétré de cette vérité, l’attrait ou le rejet deviennent impossible. En effet, comment, le Tout pourrait-il se rejeter ou s’attirer lui-même? »p124

8) Créativité et formation

70: « Ils avaient découvert la même chose que moi : l’idée que la force sexuelle peut, dans le couple, être transformée en expérience extatique à deux ; que le sexe peut être un chemin pour la réalisation de la conscience cosmique à deux. Il y a différents types de couple : le couple traditionnel, le couple occasionnel, le couple évolutif et le couple qui s’est transcendé. Le couple évolutif est justement celui où chaque partenaire aide l’autre à se transcender, et celui qui s’est transcendé et est parvenu à la conscience cosmique aide les autres à le faire à leur tour. » p142

71: « mon corps a été pris de tremblements et de petites convulsions. Ma bouche a bredouillé des sons, des sortes de « blblblblb… ». Je ne pouvais arrêter ces mouvements appelés krya en sanskrit, c’est-à-dire purification des nadi ou courants d’énergie subtile, qui se manifestent particulièrement dans la moelle épinière. Ama, une swami qui accompagne Muktananda depuis de longues années, m’a alors expliqué que cela arrive quand ida et pingala, les deux énergies opposées, positive et négative, se fondent dans la colonne vertébrale, ou sushumna. Un courant immense d’énergie a commencé à fluer de la partie inférieure de mon corps ; je ne pourrais dire d’où exactement mais j’ai vu des boules de lumière s’en échapper, de façon ininterrompue, pendant de nombreuses heures. La lumière était blanche. Les boules surgissaient comme si elles venaient du fond de l’eau. » p214

72: « Durant ces années de retraite, j’ai découvert que cette créativité – produit de l’intuition et de l’inspiration – n’est pas seulement une manifestation intellectuelle. C’est aussi un phénomène spirituel accompagné d’une immense gratitude. Je suis entré plusieurs fois dans un véritable état de grâce. » p397

73: « La « ronde de la destruction » est le nom que nous donnons à ce processus de suicide. Il montre qu’il est urgent d’agir en même temps sur l’individu, sur le plan physique, émotionnel et spirituel, sur la société, sur le plan économique, sociopolitique et culturel, et sur la nature, sur le niveau de la matière, de la vie et de l’information. Ce processus de sauvetage, nous l’avons appelé « ronde de la paix ». Elle sert de modèle aux différents programmes de l’université. Le règlement interne de  l’université est conforme à la théorie fondamentale. L’université fonctionne sur trois niveaux : l’éducation, les études et la recherche, et l’action réparatrice. Le niveau de l’éducation se divise lui-même en trois aires : la sensibilisation, la formation et la post-formation. » p461

74: « L’éveil de la kundalini se manifeste de façon très différente, selon le caractère de chacun. Les uns ressentent une décharge électrique le long de l’épine dorsale ; d’autres voient des lumières ou des êtres d’une autre dimension, certaines personnes commencent à prendre des postures ou à faire des mouvements de haha yoga sans jamais les avoir appris, chez d’autres encore, ce sont des mouvements respiratoires spontanés, les pranayama, qui apparaissent bien qu’ils soient totalement inconnus par le pratiquant, parfois enfin, des maladies latentes font leur apparition et sont très vite éliminées. Il s’agit de la préparation du terrain vers une évolution postérieure. » p202

Si vous souhaitez en apprendre davantage, je vous invite à lire l’intégralité d’une révolution silencieuse. Et, dans un premier temps, n’hésitez pas à commenter l’article, en utilisant la numérotation des citations, afin de partager vos impressions et de poser vos questions. 

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Devenir superconscient ?

Quelques réflexions autour de l’ouvrage de Joe Dispenza (2017) et deux exercices à mettre en pratique

Voici un retour sur le livre de Joe Dispenza “Devenir superconscient”, dont le titre français n’est pas des meilleurs mais qui concerne des sujets passionnants tels que l’équilibrage de l’énergie et de l’information dans le corps et le cerveau. J’ai décortiqué certains passages pour vérifier leur cohérence avec l’état des connaissances en science, neuroscience et ma propre expérience théorique et pratique du yoga. Certains passages font des raccourcis peu rigoureux, mais globalement, il y a un message et une analyse riche et constructive, avec des techniques qui méritent d’être expérimentées. Je souhaite quand même indiquer que ces techniques ne sont pas sans effet, et méritent d’être encadrées. Malgré le ton « à l’américaine » du livre (avec des récits de succès et de la promo pour ses séminaires), j’en conseille la lecture. Voici ma propre interprétation de ce livre pour les pages 104 à 130 qui concernent les centres énergétiques et les ondes cérébrales, ainsi que des compléments.

Passer des ondes bêta aux ondes alpha pour accéder au subconscient et au système nerveux autonome

Dans les années 70, le docteur en psychologie Les Fehmi s’est aperçu que le moyen le plus efficace de faire passer le cerveau des ondes beta (pensée courante), aux ondes alpha (détente, créativité, subconscient) consistait à demander aux gens de prendre conscience de l’espace ou du néant en ayant une attention ouverte. La tradition bouddhiste utilise cette méthode depuis des centaines d’années (par exemple la méditation Body space and awarness, Mingyour Rinpoché, voir mon article dédié).

En élargissant l’attention pour percevoir l’information plutôt que la matière, les ondes cérébrales ralentissent et passent de beta en alpha (du mental au ressenti) (pour mieux comprendre les ondes cérébrales voir mon article sur le sujet).

Lorsque les ondes cérébrales du néocortex ralentissent (de beta, elles deviennent alpha) la frontière (le mental analytique) entre le cerveau pensant et le subconscient s’ouvre.

Figure 1 : Un des buts de la méditation est de transcender le mental analytique qui sépare le mental pensant du subconscient.

Accéder aux systèmes de gestion des centres énergétiques du corps grâce à la méditation

La proposition de Joe Dispenza est d’agir sur les centres énergétiques du corps (les roues/carrefours énergétiques ou « chakras » dans les traditions orientales) pour les réharmoniser et supprimer les blocages porteurs d’instabilité, de mal-être et de maladies.

  • Un des moyens d’accéder à ces centres est de ralentir les ondes cérébrales (passer de bêta à alpha) pour accéder au système nerveux autonome et au subconscient.
  • En méditant sur l’espace situé autour des centres énergétiques, on parvient à accéder à l’information générée par ces centres.
  • Le fait de porter une attention ouverte et bienveillante dessus rendrait ce champ d’information plus ordonné, plus cohérent (ondes en phases), ce qui activerait les organes, tissus et cellules de la zone correspondante, produisant les hormones propres à chaque centre.

Le fonctionnement des centres énergétiques

Chaque centre énergétique (chakra) est un centre d’informations. Chacun est associé à une ou plusieurs glandes, à des hormones et à un réseau neuronal. Un centre énergétique est une sorte de mini-cerveau même si ce qui s’y passe échappe en partie à votre conscience.

Quand chaque centre s’active, cela provoque une succession de réactions hormonales, tissulaires, chimiques et cellulaires : il émet alors de l’énergie. Votre corps se modifie et donc votre énergie aussi.

Un centre s’active lorsque vous avez une pensée, une émotion ou une envie spécifique. On peut considérer que les neuropeptides sont les molécules des émotions. Ils envoient des signaux aux centres hormonaux qui activent les glandes correspondantes.

  • Par exemple, si vous avez une pensée d’ordre sexuelle, il y a alors d’avantage d’énergie dans le chakra correspond (pour Joe Dispensa, il s’agit du premier chakra, mais dans la tradition, il s’agit du second, le plexus sacré (svadistana)). Les glandes correspondantes secrètent alors des substances chimiques et des hormones : votre organisme vous prépare émotionnellement à avoir des rapports sexuels. En résumé, le mental cérébral influence le réseau neuronal du centre correspondant, et agit au niveau subconscient par l’intermédiaire du système nerveux autonome. Vous émettez alors à l’extérieur de ce centre une énergie très spécifique, une énergie propre à une personne animée d’un vif désir sexuel (que l’entourage peut alors percevoir !).
  • Il en est de même avec le centre énergétique associé au plexus cœliaque ou plexus solaire (manipura chakra). On peut dire de lui aussi qu’il est un mini cerveau aussi, il est même appelé le deuxième cerveau en raison des centaines de millions de connexions neuronales qui s’y trouvent (chiffre supérieur à celui de la moelle épinière ou du système nerveux périphérique). 95% de la sérotonine (l’hormone du bien-être) se trouve non pas dans le cerveau mais dans les intestins. Et quand on écoute son instinct, c’est comme si on pouvait contourner son mental analytique. Ce centre se trouve au niveau du creux de l’estomac. Il gouverne l’intestin grêle, l’estomac, la rate, le foie, la vésicule biliaire. Les hormones associées comprennent l’adrénaline, le cortisol, les enzymes stomacales, hépatiques, etc. Ce centre est associé aux pensées et émotions liées au pouvoir, au contrôle, à la domination, à l’esprit de compétition, l’estime de soi et l’attention dirigée. Quand il est équilibré, vous vous vous servez de votre volonté pour surmonter les difficultés. Il s’active lorsque vous percevez une insécurité ou lorsque vous voulez obtenir ou maîtriser quelque chose. Par exemple, si vous pensez que vous êtes colérique, ou si une pensée vous énerve, les neurotransmetteurs envoient l’information commencent à influencer les neuropeptides qui envoient l’info au système hormonale lié à votre 3ème centre (manipura, plexus solaire). Il secrète les hormones correspondantes et immédiatement vous vous agacez. Il émane alors de vous et en particulier de votre 3ème centre, une signature énergétique spécifique, une fréquence particulière porteuse du message suivant : « qu’on m’envoie une autre raison d’être en colère ! ». Et vous restez enfermé dans cette boucle psycho-émotionnelle.
  • Qu’en est-il de votre plexus cardiaque (anahatha chakra) ? Le cœur a une fréquence, des hormones, des émotions qui lui sont propres. Lorsqu’il prend le dessus, vous avez tendance à être plus à l’écoute, bienveillant, inspiré, altruiste, compatissant, ouvert, confiant… Il se situe derrière le sternum. Il gouverne le cœur, les poumons et le thymus (l’une des principales glandes immunitaires). Les hormones associées sont l’hormone de croissance, l’ocytocine, ainsi qu’un ensemble de plus de 1400 substances chimiques stimulant le système immunitaire par l’intermédiaire du thymus. Les trois premiers centres tournent autour de notre survie. Dans le quatrième centre, on passe de l’intérêt égoïste et de la survie au désintéressement, à l’amour, la bienveillance, la gratitude, la confiance. Quand il est équilibré, on cherche à œuvrer pour le bien d’autrui, en coopération. Quand ce mini-cerveau reçoit des informations, il envoie des instructions et des messages aux organes et tissus situés dans cette partie du corps et vous vous mettez à émettre de l’énergie d’amour.
  • Le cinquième centre énergétique se situe au niveau de la gorge (vishudda chakra). Il régit la thyroïde et les glandes salivaires notamment. Les glandes thyroïdiennes régissent le métabolisme du corps. Il est associé à l’amour ressenti dans le 4ème centre, ainsi qu’à la communication sincère, le langage et les sons. Lorsqu’il est équilibré, on peut exprimer nos vérités avec amour. On est heureux de partager nos pensées et sentiments.

L’idée est de nous servir de notre énergie pour autre chose que notre seule survie. Que se passe-t-il si, au lieu de diriger toute cette énergie vers l’extérieur (afin de procréer, de digérer, de fuir un danger) nous commençons à faire régulièrement monter une partie de cette énergie vers le centre suivant ? Pour que les premiers centres sont harmonieux, il faut se sentir suffisamment en sécurité (1er centre), triompher de nos difficultés (2ème), nous sentir plus libres et satisfaits (3ème). Alors nous pouvons éprouver un amour plus authentique à l’égard de nous-même et d’autrui (4ème), l’exprimer et le partager (5ème) ce qui nous permet de soulever le voile de l’illusion…

Mais trop souvent, les évènements et la manière dont nous y réagissons bloque l’énergie dans les centres associés à vos problématiques. Les émotions et l’énergie demeurent bloquées dans ces centres et nous ne pouvons évoluer.

Les blocages dans les centres énergétiques en lien avec les maladies

Par exemple, si une personne a tendance à être dans le contrôle, à dominer les autres, à être en colère, à rivaliser excessivement, à faire preuve d’amertume, son énergie se bloque dans le troisième centre. Elle ne pourra pas ouvrir son cœur et ressentir de l’amour et de la confiance. Si une personne a peur d’exprimer ses sentiments, son énergie est certainement bloquée dans le 4ème centre. Mais lorsque l’énergie se bloque c’est plus souvent dans l’un des trois premiers centres. Alors elle ne peut évoluer et s’écouler en continu vers les centres supérieurs qui nous permettent d’éprouver la joie de vivre et d’avoir envie de partager. La méditation de circulation des centres énergétiques (j’ai changé son nom) a pour but de refaire circuler correctement l’énergie.

Si nous nous contentons de survivre et en nous adonnant aux excès en matière de sexualité, de consommation et de stress (3 premiers centres), nous puisons dans notre champ énergétique global et cela diminue la fréquence de l’énergie transmettant des informations vitales au corps. Des maladies peuvent s’ensuivre. On pourrait dire que, du point de vue énergétique, toute maladie est une diminution de fréquence et un message incohérent.

Une personne prise dans la culpabilité ou la victimisation et qui s’accroche aux émotions du passé souffre constamment et dépense un excès d’énergie en provenance de son deuxième centre. Ou encore, une personne qui aime trop contrôler les choses ou qui est trop stressée s’alimentera trop en énergie dans le champ qui entoure son troisième centre. Son énergie fait du surplace. Sa conscience aussi. Dans ces situations de blocages énergétiques, le champ énergétique de la personne diminue et le corps ne peut procéder à une bonne régénération. Les centres énergétiques ne produisent et ne reçoivent plus l’information appropriée à l’équilibre.

Joe Dispenza assimile les informations et l’énergie produite par les centres énergétiques à des ondes. Il parle d’ondes cohérentes et inconhérentes. J’ai, pour ma part un peu de réticence à ce raccourci, ayant été physicienne. Je pense que ces centres produisent certes des ondes (les cellules vibrent et rayonnent donc, il est bien question de champ électro-magnétique émis), mais les sources (cellules) sont tellement multiples et complexes que je ne vois comment elles peuvent émettre des ondes cohérentes entre elles. Peut être peut on parler de tendance à avoir des ondes plus cohérentes globalement dans un plexus concerné. Mais parle-t-on alors de cohérence spatiale ou temporelle ? Mettons que ce soient les deux.  S’il y a un point qui semble logique c’est que l’énergie est plus haute lorsque des ondes sont en cohérences, leur niveau d’énergie est plus élevé car l’amplitude des ondes en phases augmente proportionnellement. (rappel de physique : Pour 2 sources indépendantes, l’intensité du rayonnement produit en M est la somme des intensités que chaque source produit en ce même point  : I=I1+I2.  Pour 2 sources cohérentes, l’intensité produit en M s’écrit I=I1+I2+2√I1I2cosΔϕavecΔϕ=2πλ(L2−L1)=2πλδ ).

Si l’on s’extraie de la physique et que l’on revient au ressenti, il paraît logique de considérer que lorsqu’une personne est soumise au stress (ou d’autres excès tels que ceux évoqués plus haut), le système nerveux émette des messages plus incohérents que lorsque la personne est posée et calme. Et cela peut en effet rejoindre la théorie de Joe Dispenza qui dit qu’alors les centres énergétiques, sortes de mini cerveaux, reçoivent des informations incohérentes ce qui affecte la conductivité nerveuse et l’expression hormonale dans les différents organes, sources de déséquilibres ou des maladies dans ces zones.

Exercice pour dissoudre les blocages énergétiques et élever son énergie

En plaçant votre attention sur ces zones du corps que sont les centres énergétiques, le cerveau passe en ondes alpha et est plus réceptif aux activités inconscientes qui s’y déroulent.

De même en plaçant votre attention sur ces centres, l’énergie suit. Là où va la conscience, va l’énergie écrit Joe Dispenza.

Puis l’idée est de placer son attention sur l’espace qui entoure ces centres énergétiques. Là encore, de ce que j’en comprends, l’intérêt est de passer en ondes alpha. Pour Joe Dispenza, placer l’attention sur l’espace autour de ces centres permet d’induire des ondes cohérentes (mais comme on l’a vu plus haut, je ne suis pas tout à fait en phase avec cette explication, même si je trouve l’exercice très intéressant par ailleurs). Pour lui, une fois que le champ énergétique autour d’un centre devient cohérent, alors ce dernier reçoit les bonnes instructions. Et une énergie plus élevée y circule. Il s’agit pour lui d’amplifier le champ lumineux et la puissance du signal autour de ce centre. Il propose d’utiliser les émotions pour amplifier ce champ. Car une émotion véhicule une énergie, et plus cette émotion est élevée (amour, gratitude, etc.), plus l’énergie qu’elle véhicule est élevée.

Pour que cela fonctionne, il faut basculer en ondes alpha ou même thêta grâce à la méditation, plus ce sera efficace car vous accédez au système nerveux autonome.

Donc, l’exercice consiste à

Ralentir les ondes cérébrales + Y associer une énergie élevée

Ce qui se fait par :Ralentir les ondes cérébrales pour accéder au système nerveux autonome + augmenter l’énergie et l’information

=

Ressentir les centres énergétiques et mediter sur l’espace autour + associer une émotion élevée (amour, gratitude, etc.)

Attention sur le champ entourant le corps

Détente 15 min (intégration)

Exercice de reconditionnement du corps et du mental (et d’ascension de l’énergie dans les centres énergétiques)

Joe Dispenza part du principe que ce sont les 3 premiers centres qui sont le plus souvent problématiques (ils absorbent tout l’énergie et la bloquent) pour la plupart des gens (et du coup, les autres centres ne sont pas innervés correctement).

Il s’agit de faire s’élever le liquide cérébrospinal le long de la colonne, à l’intérieur du système nerveux central.  Ce liquide agit comme un conduit propice aux charges électriques dans le système nerveux.

Pendant la respiration, le mouvement du sacrum (presque imperceptible) ainsi que l’ouverture des sutures crâniennes, propagent une onde dans le liquide cérébro-spinal qui est lentement pompé vers le haut de la colonne (dans une respiration quotidienne il faut 12 h pour accomplir tout le circuit, donc le cerveau est purgé 2 fois par jour).

En contractant les muscles dans les 3 premiers centres énergétiques, le liquide s’élève.

Figure. Joe Dispenza, Devenir Superconscient, Guy Trédaniel Editeur (2017),
p 144

Cet exercice est assez connu en yoga, il consiste à « faire monter » la kundalini, l’énergie stockée dans les premiers centres énergétiques. Joe Dispenza propose une variation sur la respiration, mais l’idéé est la même. Voici sa proposition :

  • Assis le dos droit, mains sur les genoux.
  • Inspirez et
    • contractez le périnée (plancher pelvien) + les muscles du bas du tronc + les muscles de la partie supérieure de l’abdomen
    • Posez l’intention de faire remonter l’énergie de ces centres jusqu’au sommet du crâne.
    • Faîtes remonter la respiration le long de chaque centre progressivement.
  • Une fois atteint le sommet de la tête, retenez votre souffle et maintenez votre attention à cet endroit, les muscles du bas du corps toujours contractés. Tenez 10 sec.
  • Relâchez sur l’expiration.

Pratiquez sur une musique inspirante qui dure entre 4 et 7 minutes.

Puis concluez avec la première méditation pour dissoudre les blocages.

Cette énergie qui remonte jusqu’aux centres supérieurs vous pouvez l’utilisez pour guérir votre corps ou créer quelque chose de nouveau au lieu de vous contenter de survivre.

Grâce à cette circulation, votre corps a intensifié son champ énergétique. Vous avez recrée une polarité entre le haut et le bas du corps.

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UNE CLASSIFICATION DES ÉTATS DE CONSCIENCE

Ceux qui ont exploré différents états de conscience ont peut-être remarqué que certains états se ressemblent par exemple l’hypnose légère et la relaxation, certaines formes de méditation et l’état précédant le sommeil. Mais quelles sont les critères qui permettent de les différencier ?

Si nous pouvions cartographier avec précision les différents états de conscience, nous pourrions être en mesure de prédire comment passer d’un état à un autre, ou comment éviter de tomber dans des états désagréables ou indésirables à partir d’états plus souhaitables à proximité, par exemple en passant de la paralysie du sommeil à une expérience hors du corps, ou un rêve éveillé.

Mais en dehors de l’aspect pratique de cette cartographie, elle nous permettrait de mieux comprendre la conscience. Nous serions mieux à même de comprendre les liens entre différentes traditions et les connaissances actuelles sur la conscience

Plusieurs chercheurs et plusieurs traditions se sont déjà penché sur cette question, mais avec des indicateurs parfois fort différents et je n’ai pas trouvé de synthèse qui permette de mettre ces analyses ensemble. Je me suis donc essayé à rassembler quelques unes de ces classifications, en m’appuyant aussi sur ma propre expérience, ainsi que sur les traditions du yoga et du bouddhisme, experts des états de conscience depuis fort longtemps ! Je n’ai pas prétention à une analyse scientifique, mais à une forme de clarification, qui moi me sera utile, et sûrement j’imagine à d’autres personnes intéressées par les états de conscience.

Voici les éléments sur lesquels je m’appuie :

  • le neurologue Steven Laureys[1] a utilisé le «niveau de conscience» et le «contenu de la conscience»; (plus de détails et schémas ci-dessous)
  • l’expert du sommeil, J. Allan Hobson a développé un «modèle AIM» 3D dont les dimensions sont «activation», «déclenchement entrée-sortie» et «modulation». Son analyse est basée sur les effets de différents neurotransmetteurs. La conscience subit des changements d’intensité, de concentration et de mode de fonctionnement au fur et à mesure que le cerveau passe du réveil au mouvement paradoxal (NREM) en passant par le sommeil paradoxal. La base cérébrale de ces changements de conscience implique la régulation du niveau d’activation (A), qui régit l’intensité; la porte d’entrée-sortie (I), qui régit la focalisation de l’information; et la modulation chimique (M), qui régit le mode de fonctionnement. Ces trois facteurs peuvent être quantifiés à l’aide de données neurobiologiques. À partir de ces données, il est possible de construire un modèle tridimensionnel d’activation / information / mode (AIM), qui décrit un espace cerveau-esprit qui est utile pour comprendre et visualiser les changements de conscience dépendant de l’état. Hobson, J.A. 2010,  The AIM Model of Dreaming, Sleeping, and Waking Consciousness
  • Les chercheurs Lutz, Jha, Dunne et Sharon ont cartographié deux pratiques standard liées à la pleine conscience : la méditation de l’attention focalisée (FA) et la méditation ouverte (OM), ainsi que trois états mentaux (Rumination, Errance mentale et Addiction) Leurs critères sont la focalisation, la déréification, la méta-conscience, les qualités d’ouverture, de clarté, de stabilité et d’effort. (Investigating the Phenomenological Matrix of Mindfulness-Related Practices From a Neurocognitive Perspective Antoine Lutz, Amishi P. Jha,  John D. Dunne,  Clifford D. Saron). Voir plus d’explications et schema ci-dessous.

Le classement des états de conscience selon les ondes cérébrales (alpha, beta, gamma, theta). De nombreuses recherches y font référence, j’avais déjà établi une forme de classification (voir article sur mon site xx et ci-dessous)

  • La tradition du yoga classe plusieurs instruments ou niveaux de conscience dans l’esprit humain (voir article sur site xx) ainsi que des états de méditation. Instruments ou niveaux de conscience :
  • Buddhi ou Mahat: l’intelligence, la raison ou le système de prise de décision qui permet la distinction entre les choses. C’est la contrepartie individuelle de Mahat, l’intelligence cosmique.
  • Ahamkara: principe d’individuation ou ego qui unie l’âme et le corps, le «je», le moi actif, celui qui constate que « je sais ».

Voici ma synthèse en tableau (vous trouverez plus d’informations sur ces différentes études plus bas dans l’article). Il s’agit pour moi d’y voir un peu plus clair, ce tableau n’a pas d’ambitions académique ni d’exhaustivité, mais je serai ravie d’avoir des commentaires constructifs pour peaufiner cette première proposition.

Note de 1 à 10Etendue de la conscience – perception focalisée 0 ou globale/ouverte 10Prise de recul -dereification forte 10 faible 0Ondes alpha/beta/gamma/thetaNiveau de vigilance – effort Passif 0/ Actif 10Capacité de recognition (mémoire) Aucun souvenir 0 tous les souvenirs 10Perception d’un soi distinct – Ego (Ahamkara) Avec Ego fort 0 Pas d’ego 10Manas (gestion et impression des 5 sens) Manas fort 0, manas absent 10Intervention de la raison (Buddhi) et des présupposés (croyances, représentations, souvenirs.)   Sans intervention 0 Avec maximum  10  
Hypnose IV (Lucidité)52Theta52804
LSD106 58802
Coma 0 018100
Niveau I à IV anesthésiedécrire les 4 niveaux       
Sommeil profond 0Delta118100
Sommeil paradoxal – rêve53Theta35585
Transe chamanique66Theta86724
Hypnose I (thérapie, transe légère)54Alpha46756
Hypnose II (transe spectacle)53Theta36756
Hypnose III catalepsie, léthargie 2Theta2 884
NDE (Near Death Experiment)8 Theta 7584
OBE (Out of Body Experience), voyage astral10 Theta57585
Veille, activité courante, automatique35Beta990310
Veille absorption, création (musique, peinture, artisanat, examen, réflexion intense, heuristique, etc.)16Gamma10104810
Clairvoyance86Gamma86428
Saṃprajñāta-samādhi (sans support avec mental)810Gamma10104105
Savitarka-samādhi (avec support grossier et mental)610Gamma1010485
Savicāra-samādhi (avec support subtil et mental)610Gamma1010455
Asaṃprajñāta ou nirbīja samādhi (sans support sans mental)10 Theta6510100
Nirvitarka-samādhi (avec support grossier, sans mental)6 Theta651080
Nirvicāra-samādhi (avec support subtil, sans mental)8 Theta651050
Relaxation légère66Alpha57488
Yoga nidra (yoga du rêve)44Theta57446
  • Manas: reçoit et relie toutes les impressions reçues des sens. Il supervise les 5 indriya (les sens) les 5 jñānendriya  (les organes des sens – l’oreille, la peau, l’œil, la langue et le nez) et les 5 karmendriya (la voix, la main, le pied, l’anus et l’organe génital).

États de méditation (cf. Yoga sutra) (voir article sur site xx). Ses critères sont la place de la mémoire et de l’activité mentale (raisonnement), et la focalisation sur un objet.

Avec mémoire /raisonnementSans mémoire/ raisonnement
sans support Yoga Sutra. 1-17 & 1-18saṃprajñāta-samādhiasaṃprajñāta ou nirbīja samādhi
avec support Yoga Sutra. 1-42, 1-43 & 1-47Support grossiersavitarka-samādhinirvitarka-samādhi
Support subtilsavicāra-samādhinirvicāra-samādhi

Les Bouddhistes ont aussi bien sûr distingué différents instruments et états de conscience. Ils sont assez proches du yoga (voir article xx).

Schéma issu du site yoga.rabourdin.com

Légende : La perception (l’étendue de la conscience, en ordonnée) est corrélée à la vigilance (le degré de conscience – level of Arousal, en abscisse). Les humains connaissent un continuum le long de cette corrélation (ligne rouge), allant de ~ 3,3 (x, y) à 9,9 (délimité par des lignes doubles), incluant également un état de rêve paradoxal pendant le sommeil paradoxal REM (~ 3,5 à 5 , 9). Les états pathologiques (ovales en pointillés) incluent une gamme de conditions qui se produisent souvent lorsque la perception et la vigilance ne sont plus corrélées, ou existent aux extrémités du continuum de corrélation (c’est-à-dire <3,3 ou> 9,9). L’anesthésie (ovale à une seule ligne) couvre un large éventail du continuum de corrélation et peut être quantifiée à l’aide de mesures de perte de réponse, telles que la perte de rappel (6,6) et la perte de conscience (L de C; 5,5) ainsi que d’autres mesures comme l’EEG et ont évoqué des potentiels pour des niveaux plus profonds d’anesthésie, tels que la perte de réponse à la douleur chirurgicale (immobilité; <2,2). Il est possible de quantifier certains de ces niveaux en utilisant les classifications de Guedel (I, II, III à IV) ou en utilisant l’EEG de reconnaissance de nom ou de visage, les potentiels évoqués, l’IRMf et l’examen neurologique. Notez que certains états physiologiques, pathologiques et anesthésiques normaux semblent coexister le long du continuum, tels que: sommeil profond, coma et anesthésie, il reste donc à découvrir des différences mécaniques qui discriminent ces états à un niveau plus fondamental. Un objectif important des neurosciences est de caractériser les états conscients au niveau des circuits des neurones, des synapses et des molécules. Adapté de Laureys et al 2007 (Consiciousness and Cognition).[2]

Cette figure issue de (Investigating the Phenomenological Matrix of Mindfulness-Related Practices From a Neurocognitive Perspective Antoine Lutz, Amishi P. Jha,  John D. Dunne,  Clifford D. Saron) cartographie deux pratiques standard liées à la pleine conscience : la méditation de l’attention focalisée (FA) et la méditation ouverte (OM), et trois états mentaux (Rumination, Errance mentale et Addiction) pertinentes pour la psychopathologie dans un espace phénoménologique multidimensionnel. Exp et Nov représentent les pratiquants Experts et Novices.

Dans les contextes traditionnels et cliniques, la capacité de maintenir une conscience accrue des pensées, des comportements, des émotions et des perceptions est considéré comme une caractéristique centrale de la méditation de pleine conscience. Le processus cognitif de méta-conscience a un rôle central dans de nombreuses pratiques de méditation. Les auteurs proposent deux catégories principales de méditation attentionnelle, ainsi que deux sous-catégories.

  • Les pratiques d’attention focalisée (FA) qui impliquent un rétrécissement de l’attention et la concentration sur un seul objet. La présence d’une méta-conscience distingue la stabilité attentionnelle obtenue grâce à cette forme de méditation d’autres formes d’absorption, telles que l’attention constante qui se produit lorsque l’on est engagé dans une conversation captivante ou jouer à un jeu intéressant.
  • Les pratiques de conscience ouverte (OM) impliquent aussi la méta-conscience, mais elles ne consistent pas à sélectionner un objet spécifique pour orienter son attention. Le champ d’attention est élargi pour intégrer le flux des perceptions, pensées, contenu émotionnel et / ou la conscience subjective. Elles peuvent être divisées en «OM orienté objet», ce qui implique diriger son attention sur les pensées, les perceptions et les sensations qui entrent dans le champ de la conscience, et « OM de reconnaissance de la qualité la conscience elle-même ». (source : Reconstructing and deconstructing the self: cognitive mechanisms in meditation practice Cortland J. Dahl, Antoine Lutz, and Richard J. Davidson)

Les trois dimensions principales de cet espace euclidien sont l’Orientation de l’objet, la Déréification et la Méta-conscience. Les quatre dimensions secondaires correspondent aux qualités d’ouverture, de clarté, de stabilité et d’effort. Ces quatre qualités sont représentées, respectivement, par le diamètre d’un cercle, la couleur de remplissage du cercle, la couleur du périmètre du cercle et par la largeur d’une tige de support.


Ici, l’errance mentale est représentée comme un état d’absorption sans effort (ligne pointillée) (faible méta-conscience) où le contenu de l’expérience est phénoménalement
interprété comme une représentations précises de la réalité (faible déréification).

Le désir addictif est représenté comme un état fortement et à plusieurs reprises orienté vers l’objet de dépendance (orientation élevée des objets).

La rumination est représentée comme un état où la personne est consciente de pensées intrusives stables (méta-conscience) qui sont, cependant, toujours perçues comme «réel» (faible déréification).

La dimension de la dérérification reflète la mesure dans laquelle
les pensées, les sentiments et les perceptions sont interprétés de façon phénoménale
comme des processus mentaux plutôt que comme des représentations précises
de la réalité. Une faible déréification est une faible capacité à avoir du recul sur ses propres schémas et pensées. Une forte réification témoigne d’une plus grande prise de recul.


[1] Conscience and cognition Self-consciousness in non-communicative patients, Steven Laureys, Fabien Perrin, Serge Bredart p724, 2007

[2] https://web.stanford.edu/group/maciverlab/Laureys_C&C2007.pdf

Stanford Institute for Neuro-Innovation & Translational Neuroscience https://web.stanford.edu/group/maciverlab/Concious.html


Article écrit par Sabine Rabourdin et publié le 13 avril 2020 sur https://yoga.rabourdin.com/une-classification-des-etats-de-conscience/