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Action pour le vivant

Compensate for your journeys by supporting the planting of trees in the Sahel!

Contribute to the Ko Neere Project in Burkina Faso

Support the Ko Neere community reforestation and climate protection project in Burkina Faso.

Like us, support this project, while offsetting the climate impact of your journeys by plane or car.

Reforestation has many advantages:

  • reduced drought and improved rainfall
  • fight against climate change and improve climatic conditions
  • increased biodiversity
  • economic benefits for local populations and fight against population displacement, reduction in the number of refugees

How much to pay (how many trees) in compensation for your plane or car trip?

Amount of compensation = 0.0066 euros x number of km traveled (by plane or car)

The price per tonne of CO2 equivalent (1000 Kg) is 22 € (Good Planet reference). The distribution of funds goes totally to the Ko Nere project.

Count 0.3 Kg CO2 / km by car (average on the fleet of cars, knowing that this figure varies according to the fuel and the power of the vehicle) (to be divided by the number of passengers).

And 0.3 Kg of CO2 / km per passenger by plane (average over all journeys, knowing that this figure varies according to the distance large flight or domestic flight)

So multiply your km by (22 euros x 0.3 divided by 1000 = 0.0066) and you will have the amount to compensate.

Payment is made via the A MURT association , by Paypal or online bank card (indicate that it is for the Ko Neere project).

This sum will be very beneficial to the Ko Nere project, so for example, for 1000 km traveled, you donate 66 euros to Ko Nere, which allows for example to contribute to the daily remuneration of a local trainer for the planting of trees in areas which otherwise risk becoming more and more desert. See below for more information.

“Ko Nere” is the product of several years of experience with the rural communities of Kombissiri, province of Bazega and Tanghin Dassouri, province of Kadiogo in the Sahel. To see images of the project, it’s here . For the moment the project has focused on the study of water accessibility and community organization of target villages, training / awareness raising around the use of water such as community market gardening, the establishment of tree nurseries (with a view to reforestation and fruit production), hygiene, organization of training for women, etc. It is the village associations that determine the needs and the strategy to be adopted, particularly in terms of boreholes, training needs, etc.

The project is now passing the stage of reforestation. The idea is to develop groves in these villages, small forests (of local trees, resistant) of 1 to 2 Ha protected from the wandering of animals where the fauna and flora can regenerate, then to deploy them gradually. . At this stage, the project concerns 8 places and 20,000 trees.

The budget concerns plantations, water management, nursery protection, tools, training / awareness, maintenance. 

Impacts:
 8 equipped boreholes;  1 solar oven installed;  10 training courses in organic market gardening and drying offered to the women’s group;  Production of tomatoes, parsley, cucumbers and other vegetables;  Drying of vegetables and mangoes;

Participate in the project budget to allow the Sahel to fight against drought, and increase the forest area in Africa. Good for biodiversity, good for communities, good for the climate!

Trees
Néré
Baobab
Shea
Acacia
Albizia
Mango
Guava
Lemon
Tangelo(local orange tree, actually a hybrid of lemon and grapefruit)
Bell(wood apple)
Weda(fruit liana)
Tamarind
Moringa
Reforestation budget
Closure (for 1 group)
DesignationAmountCFA Unit priceTotal CFA FrancPrice Euro
Wire mesh roller225,00050,00075
iron stake15400060,00090
cement1600060009
door120,00020,00030
galvanized wire + tensioner110,00010,00015
transport + installation125,00025,00037.5
Total171,000256.5
Grand Total (8 groups)1,368,0002052
Equipment (for 1 cluster)
DesignationAmountUnit priceTotal pricePrice Euro
watering can29,00018,00027
rake12,0002,0003
shovel22,00040006
wheelbarrow125,00025,00037.5
pickaxe12,5002,5003.75
trowel11,5001,5002.25
recycled warehouses (bag)510005,0007.5
seeds110,00010,00015
Total68,000102
Grand Total (8 groups)544,000816
Training (20 people)
DesignationAmountUnit priceTotal pricePrice Euro
transport105,00050,00075
food20400080,000120
site visit150,00050,00075
former215,00030,00045
training tools150,00050,00075
Total260,000390
Follow-up (for 1 year – 4 visits)
DesignationAmountUnit priceTotal pricePrice Euro
transport425,000100,000150
former412,50050,00075
Total150,000225
BIG TOTAL need needed every year2,322,0003,483.00

To send your financial contribution to the Ko Neere project, please use Paypal here or a bank card (AMURT Italy site, an association which transfers the money directly to the project).

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Rapport de l’Académie des sciences et de l’Académie royale de médecine de 1831 au sujet du magnétisme et du somnambulisme

Cité par Louis de Serré dans son ouvrage « Application du somnambulisme magnétique au diagnostic et au traitement des maladies, sa nature, ses différences avec le sommeil et les rêves » Source 😐 Gallica https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5810066z/f96.image 1855

Contexte du rapport.

En 1825, un jeune médecin le docteur Foissac, adressa à MM. les membres de l’Académie des sciences et de l’Académie royale de médecine un mémoire sur le magnétisme animal, dans lequel il démontrait la convenance d’une révision du jugement porté en 1784 sur la doctrine dé Mesmer par les commissaires du gouvernement. Il demanda de nommer une commission dans le but de constater la réalité des phénomènes attribués au magnétisme animal, s’offrant de mettre une somnambule à la disposition de cette commission, pour faire les expériences qu’elle jugerait convenables.

Le 13 décembre 1825, une commission de l’Académie fit son rapport à l’Académie par l’organe de M. Husson. Voici quelles en étaient les conclusions :

1° Que le jugement porté en 1784 par les commissaires chargés par le roi d’examiner le magnétisme animal ne doit en aucune manière dispenser l’Académie de l’examiner de nouveau, parce que dans les sciences un jugement quelconque n’est point une chose absolue, irrévocable;

2° Que les expériences d’après lesquelles ce jugement a été porté paraissent avoir été faites sans ensemble, sans le concours simultané et nécessaire de tous les commissaires, et avec des dispositions morales qui devaient, d’après les principes du fait qu’ils étaient chargés d’examiner, les faire complètement échouer;

 3° Que le magnétisme jugé ainsi en 1784 diffère entièrement par la théorie, les procédés et les résultats, de celui que des observateurs exacts, probes, attentifs, que des médecins éclairés, laborieux, opiniâtres ont étudié dans ces dernières années ;

 4° Qu’il est de l’honneur de la médecine française de ne pas rester en arrière des médecins allemands dans l’étude des phénomènes que les partisans éclairés et impartiaux du magnétisme annoncent être produits par ce nouvel agent;

 5° Qu’en considérant le magnétisme comme un remède secret, il est du devoir de l’Académie de l’étudier, de l’expérimenter, afin d’en enlever l’usage et la pratique aux gens tout à fait étrangers à l’art, qui abusent de ce moyen et en font un objet de lucre et de spéculation. D’après toutes ces considérations, la commission est d’avis que la section de médecine de l’Académie doit accepter la proposition de M. Foissac, et charger une commission spéciale de s’occuper de l’étude et de l’examen du magnétisme animal.

 Signé ADELON, PARISET, MARC, BOURDIN aîné; HUSSON, rapporteur.

Ce rapport fut suivi de trois séances de discussions. Enfin, après une réponse du docteur Husson à toutes les objections qui avaient été élevées, on passa au vote par voie de scrutin secret sur les conclusions du rapport, et le résultat fut, sur 60 votants, de 35 voix pour la proposition de la commission, et de 25 contre.

La commission du magnétisme fut nommée dans la séance de l’Académie du 28 février 1826. M. Husson n’en faisait pas d’abord partie ; mais, le 13 juin suivant, il fut nommé en remplacement de M. Laënnec, que sa santé força de donner sa démission.

Ce ne fut que dans les séances du 21 et du 28 juin 1831 que ce savant rapporteur put donner lecture de son travail à un auditoire nombreux et attentif, attiré par l’intérêt tout particulier du sujet et par la réputation de l’auteur.

Conclusions de ce rapport :

 1. Le contact des pouces ou des mains, les frictions ou certains gestes que l’on fait à peu de distance du corps et appelés passes, sont les moyens employés pour se mettre en rapport ou, en d’autres termes, pour transmettre l’action du magnétiseur au magnétisé.

 2. Les moyens qui sont extérieurs et visibles ne sont pas toujours nécessaires, puisque dans plusieurs occasions la volonté, la fixité du regard ont suffi pour produire les phénomènes magnétiques, même à l’insu des magnétisés.

3. Le magnétisme a agi sur des personnes de sexe et d’âge différents.

4 Le temps nécessaire pour transmettre et faire éprouver l’action magnétique a varié depuis une demi-heure jusqu’à une minute.

 5. Le magnétisme n’agit pas, en général, sur les personnes bien portantes.

 6. 11 n’agit pas non plus sur tous les malades.

 7. Il se déclare quelquefois, pendant qu’on magnétise, des effets insignifiants et fugaces que nous n’attribuons pas au magnétisme seul, tels qu’un peu d’oppression, de chaleur ou de froid, et quelques autres phénomènes nerveux dont on peut se rendre compte sans l’intervention d’un agent particulier, savoir : par l’espérance ou la crainte, la prévention et l’attente d’une chose inconnue et nouvelle, l’ennui qui résulte de la monotonie des gestes, le silence et le repos observés dans les expériences, enfin par l’imagination, qui exerce un si grand empire sur certains esprits et sur certaines organisations.

 8. Un certain nombre des effets observés nous ont paru dépendre du magnétisme seul et ne se sont pas produits sans lui. Ce sont des phénomènes physiologiques et thérapeutiques bien constatés.

 9. Les effets réels produits par le magnétisme sont très-variés : il agite les uns, calme les autres ; le plus ordinairement il cause l’accélération momentanée de la respiration et de la circulation, des mouvements convulsifs fibrillaires passagers ressemblant à des secousses électriques, un engourdissement plus ou moins profond, de l’assoupissement, de la somnolence, et, dans un petit nombre de cas, ce que les magnétiseurs appellent somnambulisme.

 10. L’existence d’un caractère unique propre à faire reconnaître dans tous les cas la réalité de l’état de somnambulisme n’a pas été constatée.

 11. Cependant, on peut conclure avec certitude que cet état existe quand il donne lieu au développement des facultés nouvelles qui ont été désignées sous le nom de clairvoyance, d’intuition, de ‘prévision intérieure, ou qu’il produit de grands changements dans l’état physiologique, comme l’insensibilité, un accroissement subit et considérable de forces, et quand cet état ne peut être rapporté à une autre cause.

 12. Comme parmi les effets attribués au somnambulisme il en est qui peuvent être simulés, le somnambulisme lui-même peut quelquefois être simulé et fournir au charlatanisme des moyens de déception. Aussi, dans l’observation de ces phénomènes qui ne se présentent encore que comme des faits isolés qu’on ne peut rattacher à aucune théorie, ce n’est que par l’examen le plus attentif, les précautions les plus sévères et par des épreuves nombreuses et variées qu’on peut échapper à l’illusion.

 13. Le sommeil provoqué avec plus ou moins de promptitude et établi à un degré plus ou moins profond est un effet réel mais non constant du magnétisme.

 14. Il nous est démontré qu’il a été provoqué dans des circonstances où les magnétisés n’ont pu voir et ont ignoré les moyens employés pour le déterminer.

 15. Lorsqu’on a fait tomber une fois une personne dans le sommeil magnétique, on n’a pas toujours besoin de recourir au contact et aux passes pour la magnétiser de nouveau. Le regard du magnétiseur, sa volonté seule, ont sur elle la même influence. Dans ce cas on peut non-seulement agir sur le magnétisé, mais encore le mettre complètement en somnambulisme et l’en faire sortir à son insu, hors de sa vue, à une certaine distance et au travers des portes fermées.

 16. Il s’opère ordinairement des changements plus ou moins remarquables dans les perceptions et les facultés des individus qui tombent en somnambulisme.

A. Quelques-uns, au milieu du bruit de conversations confuses, n’entendent que la voix de leur magnétiseur ; plusieurs répondent d’une manière précise aux questions que celui-ci ou que les personnes avec lesquelles on les a mis en rapport leur adressent ; d’autres entretiennent des conversations avec toutes les personnes qui les entourent; toutefois, il est rare qu’ils entendent ce qui se passe autour d’eux. La plupart du temps ils sont complétement étrangers au bruit extérieur et inopiné fait à leurs oreilles, tel que le retentissement de vases de cuivre : vivement frappés près d’eux, d’un meuble, etc.

 B. Les yeux sont fermés, les paupières cèdent difficilement aux efforts qu’on fait avec la main pour les ouvrir ; cette opération qui n’est pas sans douleur laisse voir je globe de l’œil convulsé ; porté vers je haut et quelquefois vers le bas de l’orbite.

 C. Quelquefois l’odorat est comme anéanti, on peut leur faire respirer l’acide muriatique ou l’ammoniaque sans qu’ils en soient incommodés, sans même qu’ils s’en doutent. Le contraire a lieu dans certains cas, et ils sont sensibles aux odeurs.

16). La plupart des somnambules que nous avons vus étaient complètement insensibles. On a pu leur chatouiller les pieds, les narines et l’angle des yeux par rapprochement d’une plume, leur pincer la peau de manière à l’ecchymoser, les piquer sous l’ongle avec des épingles enfoncées à l’improviste assez grande profondeur, sans qu’ils aient témoigné de la douleur, sans qu’ils s’en soient aperçus. Enfin, on en a vu une qui a été insensible à des opérations plus douloureuses de la chirurgie, et dont ni la figure, pi le pouls, ni la respiration, n’ont dénoté la plus légère émotion.

 17. Le magnétisme a la même intensité, il est aussi promptement ressenti à une distance de six pieds que de six pouces, et les phénomènes qu’il développe sont les mêmes dans les deux cas.

 18. L’action à distance ne paraît pouvoir s’exercer avec succès que sur des individus qui ont été déjà soumis au magnétisme.

19. Nous n’avons pas vu qu’une personne magnétisée pour la première fois tombât en somnambulisme. Ce n’a été quelquefois qu’à la huitième ou dixième séance que le somnambulisme s’est déclaré.

 2O. Nous avons constamment vu le sommeil ordinaire, qui est le repos des organes des sens, des facultés intellectuelles et des mouvements volontaires, précéder et terminer l’état de somnambulisme.

 21. Pendant qu’ils sont en somnambulisme, les magnétisés que nous avons observés conservent l’exercice des facultés qu’ils ont pendant la veille. La mémoire même paraît plus fidèle et plus étendue, puisqu’ils se souviennent de ce qui s’est passé pendant tout le temps et toutes les fois qu’ils ont été en somnambulisme.

 22. A leur réveil, ils disent avoir oublié totalement toutes les circonstances de l’état de somnambulisme et ne s’en ressouvenir jamais. Nous ne pouvons avoir à cet égard d’autre garantie que leurs déclarations.

 23. Les forces musculaires des somnambules sont quelquefois engourdies et paralysées. D’autres fois, les mouvements ne sont que gênés, et les somnambules marchent et chancellent à la manière des hommes ivres, et sans éviter, quelquefois aussi eh évitant, les obstacles qu’ils rencontrent sur leur passage. Il y a des somnambules qui conservent intact l’exercice de leurs mouvements ; on en voit même qui sont plus forts et plus agiles que dans l’état de veille.

 24. Nous avons vu deux somnambules distinguer, les yeux fermés, les objets que l’on a placés devant eux; ils ont désigné, sans les toucher, la couleur et la valeur des cartes ; ils ont lu des mots tracés à la main, ou quelques lignes de livres que l’on a ouverts au hasard. Ce phénomène a eu lieu alors même qu’avec les doigts on fermait exactement l’ouverture des paupières.

 25. Nous avons rencontré chez deux somnambules la faculté de prévoir des actes de l’organisme plus ou moins éloignés, plus ou moins compliqués. L’un d’eux a annoncé plusieurs jours, plusieurs mois d’avance, le jour, l’heure et la minute de l’invasion et du retour d’accès épileptiques ; l’autre a indiqué l’époque de sa guérison. Leurs prévisions se sont réalisées avec une exactitude remarquable. Elles ne nous ont paru s’appliquer qu’à des actes ou à des lésions de leur organisme.

 26. Nous n’avons rencontré qu’une seule somnambule qui ait indiqué les symptômes de la maladie de trois personnes avec lesquelles on l’avait mise en rapport. Nous avions cependant fait des recherches sur un assez grand nombre.

 27. Pour établir avec quelque justesse les rapports du magnétisme avec la thérapeutique, il faudrait en avoir observé les effets sur un grand nombre d’individus, et avoir fait longtemps et tous les jours des expériences sur les mêmes malades. Cela n’ayant pas eu lieu, la commission a dû se borner à dire ce qu’elle a vu dans un trop petit nombre de cas pour oser rien prononcer (le Conseil général de l’administration des hospices avait interdit à la commission de faire des expériences sur le magnétisme dans les hôpitaux de Paris).

 28. Quelques-uns des malades magnétisés n’ont ressenti aucun bien. D’autres ont éprouvé un soulagement plus ou moins marqué, à savoir : l’un, la suspension de douleurs habituelles ; l’autre, le retour des forces, un troisième, un retard de plusieurs mois dans l’apparition des accès épileptiques ; et un quatrième, la guérison complète d’une paralysie grave et ancienne.

 29. Considéré comme agent de phénomènes physiologiques, ou comme moyen thérapeutique, le magnétisme devrait trouver sa place dans le cadre des connaissances médicales, et par conséquent les médecins seuls devraient en faire et en surveiller l’emploi, ainsi que cela se pratique dans les pays du Nord.

30. La commission n’a pu vérifier, parce qu’elle n’en a pas eu l’occasion, d’autres facultés que les magnétiseurs avaient annoncé exister chez les somnambules. Mais elle a recueilli et elle communique des faits assez importants pour qu’elle pense que l’Académie devrait encourager les recherches sur le magnétisme, comme une branche très curieuse de psychologie et d’histoire naturelle,

Ont signé : BOURDOIS DE LA MOTTE, président ; FOURQUIER-, GUÉNEAU DE MUSSY, GUERSANT, ITARD, J. LEROUX, MARC, THILLAYE, HUSSON, rapporteur.

 Nota; MM. Double et Magendie, n’ayant point assisté aux expériences, n’ont pas cru devoir signer le rapport.

L’auteur cite p.140 également les travaux d’autres pays :

Les gouvernements étrangers, ceux du Nord particulièrement, ne sanctionnèrent pas le jugement de la commission française de 1784. On voit en 1815 l’empereur de Russie nommer une commission de médecins, qui déclara que le magnétisme est un agent très important; qui ne doit être mis en œuvre que par des médecins instruits. Un arrêté du Collège de santé du Danemark, du 21 décembre1816, et une ordonnance
du;l4 janvier 1817 statuent dé la même manière. Il en est de même d’une ordonnance royale rendue en Prusse le 7 février 1817. Enfin on a vu par mon mémoire qu’un concours sur le magnétisme animal avait été ouvert devant l’Académie des sciences de Berlin, par un ordre du cabinet de Prusse.

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Un état de conscience très peu étudié et fascinant : la lucidité ou somnambulisme magnétique.

Le somnambulisme magnétique a fait l’objet de nombreux livres et expérimentations au XIXème siècle. Il est possible de trouver des ouvrages datant de cette époque à la BNF. Voici des extraits d’un des ouvrages (à partir des scans de la bibliothèque de France) classés par thématiques.

Application du somnambulisme magnétique au diagnostic et au traitement des maladies, sa nature, ses différences avec le sommeil et les rêves

Source 😐 Gallica https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5810066z/f96.image

  • Date : 1855
  • Auteur : Louis de Séré, médecin
  • Résumé : Témoignage d’un médecin qui utilise des somnambules pour faire des diagnostiques et traitements pour ses patients. La majeure partie concerne des récits de cas de traitements. Un chapitre aborde l’histoire du magnétisme (mesmérisme) en lien avec le somnambulisme, avec le style de l’époque (manque de neutralité et emphase parfois). Il cite un rapport de l’académie des sciences qui décrit les techniques et leurs effets (voir ce rapport ici). Dans un autre chapitre, il décrit les différents types de somnambules et les techniques pour mettre les sujets dans l’état de lucidité, ainsi que les précautions à prendre. Il donne également son avis sur le fonctionnement du « fluide magnétique ». Bien noter qu’à l’époque hypnose et magnétisme se confondent. Le terme d’hypnose n’existe pas encore et on lie l’effet hypnotique à des passes magnétiques, déployant une sorte de « fluide magnétique ».

Les extraits que j’ai choisi concernent essentiellement les différents types de somnambules (personnes aptes à entrer dans cet état particulier), et les techniques employées, ainsi que les effets et précautions à prendre. Ceci dans le but de pouvoir expérimenter. Pour ceux qui ne connaissent pas bien les enjeux historiques du sujet, vous pourrez consulter le très bon livre de Bertrand Meheust, « Somnambulisme et médiumnité ».

Effets du fluide magnétique

p.174 C’est aux expériences admirables, au dévouement chaleureux et désintéressé de MM. de Puységur, Tardy de Montravel, Deleuze, qu’on doit
les premiers faits bien observés sur cet état à part du système nerveux, dont les conséquences, au point de vue de la psychologie, de la physiologie et de la thérapeutique, peuvent être d’une incalculable portée, c’est surtout un précieux et puissant moyen de plus, entre les mains du médecin intelligent et vraiment désireux d’élargir le cercle si restreint de nos moyens de guérir.

P189. Chaque somnambule a sa lucidité propre, lucidité aussi étendue, aussi variée dans ses diverses manifestations que celles de l’intelligence, mais dont la profondeur et la portée dépassent la mesure des cerveaux les plus heureusement organisés : la lucidité qui s’accompagne de la faculté merveilleuse de voir dans l’intérieur de l’organisme humain, et de retirer de cette vision admirable l’instinct des remèdes, est la plus précieuse, comme malheureusement aussi la plus rare.

Chaque organe important de l’économie éprouve un effet distinct. Si c’est le cœur qui est affecté, il y aura des nausées, un malaise indéfinissable, une anxiété très-vive, parfois de l’oppression; si ce sont les poumons, les bronches ou le larynx qui subissent cette influence, il y aura une dyspnée plus ou moins forte, une toux violente ayant lieu par quintes, accompagnées d’un sentiment d’inquiétude très-vive; quand cette action est portée à l’estomac ou aux intestins, on voit se développer des nausées, des vomissements plus ou moins fréquents, ou une véritable purgation accompagnée de coliques, de tranchées plus ou moins pénibles. Si cette action est dirigée vers l’épine dorsale, on verra apparaître des convulsions, ou un état de contraction spasmodique ; si c’est vers le cerveau, il se produira un état d’abattement, de prostration qui pourra aller jusqu’au coma profond, ou bien surgira un délire variable. Ces effets, convenablement dirigés, peuvent servir de moyens curatifs, et avoir une véritable utilité dans Un grand nombre de circonstances ; les moyens propres à produire ces effets curatifs, suivant les indications données, sont l’objet des études des magnétiseurs de profession, études qui devraient être faites par les médecins, seuls aptes à juger des indications que présentent les diverses classes de maladies.

e somnambule naturel, comme le somnambule spontané, livré à lui-même, libre d’action magnétique étrangère, se trouve complètement isolé du monde et des choses qui l’entourent, et reste soumis à la puissance inconnue, à la force aussi étonnante que singulière, qui le fait agir et penser comme un étrange et véritable monomane. La volonté se trouve suspendue dans cet état de l’âme, et ce qui le distingue  une manière très remarquable de l’état de somnambulisme artificiel ou magnétique, c’est que, dans ce dernier, la volonté et les actes même de la pensée du somnambule sont sous la direction du magnétisant, qui peut ainsi tourner les merveilleuses facultés que développe l’état somnambulique vers un but utile déterminé; ce rôle du magnétisant, quoique limité, n’en est pas moins des plus remarquables, et sert heureusement, en évitant les aberrations des sens et du cerveau propres au somnambule naturel et au somnambule spontané, à développer un état de l’âme tout spécial, dans lequel la vie et sa puissance prennent un épanouissement si large et si admirable.

Il y aurait toutefois erreur grave, méprise grossière, à penser que le magnétisant crée par son action la lucidité somnambulique; il lui donne seulement la faculté de se produire et de se déployer dans toutes les manifestations dont elle est susceptible. C’est une illusion profonde partagée malheureusement par presque tous les magnétiseurs de croire qu’ils font des somnambules ; s’ils s’étaient mieux rendu compte de la nature de l’influence qu’ils exercent sur les personnes susceptibles de la pénétration magnétique, ils auraient compris que cette influence se borne à accoutumer l’organisme du somnambule à l’absorption du fluide humain. Quand la disposition à l’état magnétique ou somnambulique n’existe pas chez un sujet, ils travailleront en vain à le faire naître.

Types de somnambules

L’état de somnambulisme magnétique ne se développe que chez les sujets qui présentent un état à part du cerveau et du système nerveux. La quantité de fluide propre à chacun devra varier comme la qualité, non-seulement d’après les aptitudes spéciales de chaque personne, mais encore d’après leur état de santé ou de maladie, et de plus selon la disposition de leur système nerveux, assujetti à être plus ou moins ébranlé par les passions et les mouvements violents et imprévus de l’âme.

P183. Le nombre des personnes qui ont du fluide magnétique et qui sont susceptibles de produire ou de subir l’influence magnétique est assez restreint ; c’est une erreur, trop accréditée chez les magnétiseurs de profession ; de penser que tout le monde à des degrés variables, est susceptible d’éprouver cette influence.

Les personnes susceptibles de lucidité dans l’état magnétique sont fort rares, et dans leur petit nombre il y à un choix à faire parmi celles dont: li lucidité est susceptible d’applications vraiment utiles. Les somnambules dont les facultés peuvent s’appliquer à l’étude des maladies, et rendre par là d’éclatants services, sont malheureusement une exception. Pour être apte à subir l’influence ou l’imprégnation magnétique, et surtout pour être lucide dans cet état, il faut être doué d’une intelligence élevée, d’Une sensibilité et d’une délicatesse spéciales du système nerveux, d’organes des sens d’une finesse de perception exquise, d’une imagination facilement et fortement impressionnable, d’une disposition cérébrale toute spéciale.et d’une quantité variable de fluide magnétique de bonne nature.

Il y a un état de l’économie assez rare, qui résume toutes ces aptitudes au suprême degré, état qui repose sur une disposition des nerfs et du cerveau toute particulière et propre seulement à quelques organisations, c’est celui de somnambulisme naturel ou essentiel.

On naît avec les dispositions au somnambulisme, on peut même naître somnambule ; mais, dans ce dernier cas, cet état n’acquiert un degré de développement bien marqué qu’après la puberté. Il est de remarque qu’une fièvre grave, une couche malheureuse, en modifiant profondément l’organisme, peuvent faire naître ce singulier état, il est plus ordinaire qu’elles le fassent disparaître.

P184. Il n’existe malheureusement pas de signe physique apparent qui puisse faire reconnaître, dans la veille normale l’état de somnambulisme ; on ne peut en constater l’existence que pendant le sommeil, pu par la magnétisation. Quand une personne livrée au plus profond sommeil s’agite, parle, puis bientôt se lève tout à coup, marche et exécute, aussi parfaitement que dans l’état de veille, une action physique ou un travail intellectuel quelconque, elle nous présente, dans l’exercice de pareils actes, le développement d’un état étrange, fort singulier, que personne ne conteste, et qui constitue le somnambulisme naturel ou essentiel.

En général, les somnambules naturels ou essentiels sont les meilleurs somnambules artificiels ou magnétiques ; il y a cependant d’autres états du système nerveux où l’action magnétique détermine le développement de la lucidité, seulement il est assez rare que dans ce cas la lucidité soit de longue durée, elle est subordonnée à la quantité variable d’agent magnétique que possèdent magnétisant et magnétisé.

Technique

Pour magnétiser un somnambule ou une personne susceptible de l’imprégnation magnétique, il faut d’abord fixer ses yeux, pendant un temps variable, et faire sur toute la tête quelques passes, qu’on promène, de haut en bas, le long du corps; pour démagnétiser, il suffit, après avoir fixé de nouveau les yeux du somnambule, de faire quelques passes divergentes sur la tête et le long du corps; tous ces actes doivent être effectués avec la volonté énergique, bien déterminée, du but que l’on se propose; car rien ne fatigue davantage un magnétisé, qu’un manque de précision et de netteté dans l’expression de la volonté des actes qu’on veut ici faire exécuter, et rien ne nuit autant au développement de la lucidité. La volonté est l’agent par excellence, les passes, les attouchements, ne sont que des moyens secondaires, quoique très-efficaces, d’aider son action d’une manière plus rapide, plus douce et plus sûre. Quand cet état est convenablement produit, il donne un sentiment de bien-être très-agréable, et dans lequel le magnétisé aime habituellement ; à exprimer qu’il se complaît. Ce bien-être peut être rapidement troublé par tous les modificateurs qui agissent sur son physique et son moral.

Dès que l’état magnétique est produit, on doit interroger le somnambule et ne le laisser jamais inactif, à moins qu’il ne demande à dormir. Ce singulier et bizarre sommeil, qui a lieu à l’état magnétique dans quelques circonstances particulières, est éminemment réparateur, si l’on doit en croire les somnambules. Ce sommeil ne peut durer plus de trois à cinq minutes, sous peine de déterminer un état de congestion du cerveau plus ou moins forte, j’ai pu constater que je sommeil qui envahit le somnambule dans l’état magnétique, renfermé dans ces étroites limites, n’a lieu, en général, qu’après une assez vive agitation ou une grande fatigue, et qu’il produit, quand il a pris fin, un état de bien-être visible et une grande netteté dans la lucidité. J’ai pu également vérifier que lorsque ce sommeil avait dépassé cinq minutes, le somnambule était lourd, inquiet, agité et peu disposé à suivre la direction de son magnétisant. Il est de toute nécessité que le magnétisant ne perde jamais de vue son magnétisé, il faut que de temps à autre il renouvelle son action magnétique, en ayant grand soin de la distribuer d’une manière égale et uniforme sur tout le corps, sous peine de rendre la lucidité incomplète et de développer des douleurs intolérables, ou la paralysie partielle des membres trop chargés. Il doit étudier avec grand soin les aptitudes diverses de son somnambule, s’assurer avec sagacité de la nature des questions qui le fatiguent par trop et les éviter, comme toute action ou expérience pour laquelle il manifeste une répugnance trop vive. Tout cela est si vrai, si important, qu’il est possible à un magnétisant prudent, attentif, qui a l’habitude de toutes ces précautions, un fluide puissant et sympathique, ainsi qu’une connaissance complète des diverses aptitudes intellectuelles de son somnambule, de le tenir dans l’état de somnambulisme pendant vingt-quatre et même quarante-huit heures. Il devra renouveler son fluide de temps en temps, diriger convenablement les questions et éviter tout ce qui serait de nature à l’agacer. À la suite de cette longue séance, que je considère comme un vrai tour de force dangereux, il en résultera un état de fatigue, de malaise, de courbature même tout à fait comparable à celui qu’éprouvent les personnes qui ont passé une ou deux nuits blanches.

Un fluide nul ou trop faible ne produit absolument rien; un fluide trop fort; au contraire; non seulement peut produire des convulsions ou un état congestionné du cerveau et des principaux organes -qui peut être fort dangereux, mais encore empêcher la lucidité de se développer, même chez un excellent somnambule.

Pour durer, l’état magnétique a besoin d’être soutenu, fortifié par le fluide du somnambule. Ainsi, tout magnétisant qui, doué d’un bon fluide, magnétise habituellement un bon somnambule naturel, reçoit de lui une plus forte proportion de fluide qu’il n’en donne, et voit par là sa puissance magnétique augmenter graduellement ; mais s’il restait un laps de temps plus ou moins long sans le magnétiser, il pourrait très-bien perdre sa vertu magnétique, parce que cet état est factice chez lui. Il n’en serait pas de même du somnambule naturel ; une interruption même longue d’action magnétique lui laisserait la faculté d’être apte à être magnétisé par une personne douée d’un bon fluide qui lui serait sympathique, car cette faculté étant naturelle chez lui, se renouvelle et s’entretient comme toute autre propriété de l’économie.

Du reste, cette puissance magnétique qu’on peut perdre par des causes, la plupart du temps ignorées, qu’on peut épuiser avec plus ou moins de rapidité, en magnétisant des personnes qui ont peu ou pas de fluide, ou qui l’ont de mauvaise nature, peut reparaître d’un moment à l’autre, après avoir été perdue pendant un temps variable, quand les conditions de la santé sont modifiées ; elle peut même acquérir de nouveau une grande force, si on rencontre un bon somnambule naturel qu’on soit à même de magnétiser.

La lucidité n’est pas, en général, susceptible de faire de grands progrès ; cependant, en faisant pénétrer le somnambule qui en est doué dans l’étude plus ou moins approfondie de la science qui fait l’objet spécial de sa lucidité, on le met à même de mieux décrire ce qu’il voit, entend, flaire, goûte ou palpe, et d’appliquer plus facilement le mot propre à chaque chose; par là les résultats sont plus clairs, plus précis pour le consultant, et le somnambule lui-même, débarrassé de la recherche des paroles propres à exprimer sa pensée, se sent moins fatigué, et il expose plus facilement ce qu’il doit dire; il arrive même, à la longue, que le somnambule qui reste renfermé dans la spécialité qui fait le caractère saillant du don qu’il a reçu voit mieux, distingue et surtout explique bien plus clairement ce qui fait l’objet de son examen.

Quand un magnétisant a le bonheur de rencontrer un bon somnambule lucide, il doit user envers lui de très-grands ménagements, le magnétiser à des intervalles d’abord assez éloignés, mais qu’il rapprochera peu à peu, au fur et à mesure qu’il verra l’économie du sujet s’habituer à son influence. Il devra se comporter envers lui comme le médecin prescrivant à son malade un remède dont l’administration exige beaucoup de prudence, le donne à des doses d’abord très-faibles, et ne l’augmente graduellement que d’après les résultats obtenus.

P182. Il est bien essentiel d’avoir toujours présent à la mémoire que la direction de cette lucidité demande de très grands ménagements, une main délicate, exercée, et des soins très attentifs, dont la nature sera indiquée au magnétisant par la disposition cérébrale du somnambule. Il est nécessaire, autant que possible, que l’action magnétique soit toujours exercée par la même personne ; c’est aujourd’hui un fait connu à Paris qu’un somnambule qui a été magnétisé par un grand nombre de personnes n’est plus bon à rien, et divague au bout d’un temps plus ou moins long. Pour que la lucidité ne courre pas le risque d’être altérée et puisse se soutenir, il est nécessaire qu’elle s’obtienne sans trop d’efforts, et surtout qu’il existe une grande sympathie entre les systèmes nerveux du magnétisé et du magnétisant.

Entrée en lucidité par la seule volonté des somnambules

Il existé des exemples positifs de somnambulisme spontané ayant lieu dans la veille, comme le somnambulisme naturel a lieu dans le sommeil ; mais ce qui est plus rare et plus extraordinaire, c’est que quelques somnambules puissent sans aide de magnétisant, en tendant outre mesure les ressorts de leur volonté, entrer, au bout d’un temps variable en état de somnambulisme, et de somnambulisme lucide. Dans ce dernier cas, par la puissance d’une volonté forte et énergique, le somnambule détermine une émanation exagérée de son propre fluide qui se porté au cerveau, en donnant naissance à cet état aussi bizarre que singulier : je n’ai vu que trois cas de cette forme insolite du somnambulisme, dont la durée était fort courte d’ailleurs; et dont la lucidité avait pour curieux caractère de s’exprimer au moyen de figures bizarres, mais saisissantes de justesse et de vérité. Une particularité plus remarquable, c’est ce souvenir de ces figures, de ces images, lequel reste gravé dans la mémoire du somnambule au sortir de cet état, qui est accompagné d’une horrible fatigue ; cette particularité me porte à penser qu’il y a là une forme insolite de l’extase, plutôt qu’un véritable état magnétique.

Somnambulisme spontané

P188. Quant aux exemples beaucoup plus nombreux de somnambulisme spontané qui ont été observés, ils ont lieu absolument comme certains accès des diverses névroses, telles que l’hystérie, la catalepsie, l’extase, dont ils représentent aussi une forme spéciale.

Précautions

Toutes les fois que le magnétisant observera chez son somnambule un état d’agacement nerveux pénible, une forte émotion de l’âme, de quelque nature qu’elle soit, ou une très grande fatigue, il devra s’abstenir de produire l’action magnétique, à moins qu’il ne se propose par là de calmer ces fâcheuses dispositions ; dans ce cas, l’état magnétique ne devra durer que le temps nécessaire pour produire l’effet voulu. En procédant avec cette sage lenteur, le magnétisant est assuré d’accoutumer le somnambule à l’action magnétique, sans trouble et sans péril ; de fortifier peu à peu cet état particulier propre à certaines organisations privilégiées, au point d’arriver à être à même de magnétiser son somnambule tous les jours et même plusieurs fois dans la journée. S’il agissait différemment, non seulement il courrait le risque l’altérer et même de détruire la lucidité, mais il s’exposerait encore à déterminer chez le magnétisé une fièvre nerveuse que rien ne pourrait arrêter. On doit veiller avec attention à ce que le somnambule ne soit pas gêné dans ses vêtements ; ses pieds doivent être à l’aise, les articulations libres ; il doit être commodément assis, et on doit lui éviter les positions pénibles et fatigantes. Il faut s’assurer qu’il n’existe aucune espèce d’odeur forte dans la pièce où l’on se trouve : un air lourd, épais, l’excès de chaleur ou de froid, les courants d’air, sont autant de circonstances qui doivent être soigneusement évitées ; elles sont de nature, comme les conversations à haute voix, ou toute espèce de bruit, à impressionner très-vivement le somnambule.

P196. On ne saurait entourer la personne qu’on soumet à l’action magnétique de précautions trop minutieuses ; on doit observer d’un œil très-attentif les manifestations de l’organisme qui se présentent; on doit veiller avec un soin religieux à ce que le cerveau, un des sens, la poitrine, la gorge, l’estomac, l’épine dorsale, ne soient pas trop chargés de fluide humain, sous peine de voir se produire des accidents graves un état de torpeur ou d’agitation convulsive devra appeler l’attention sur le cerveau ou l’épine dorsale ; l’oppression, la difficulté ou l’impossibilité de parler, devront la porter à la poitrine, au larynx ; tous ces accidents, ainsi que le hoquet, la toux, les éternuements répétés et comme convulsifs, un accès nerveux violent, demandent à être rapidement calmés, et si une action magnétique convenablement dirigée n’y parvient pas, on doit faire immédiatement cesser l’état magnétique par l’action d’une volonté calme, exempte d’émotion, mais ferme et soutenue. Pour compléter les précautions à prendre, on doit toujours tenir à sa portée de l’eau froide, de l’éther, de l’eau de menthe ou de fleur d’orange, et du sel gris, pour être en mesure, par l’administration opportune de l’un ou l’autre de ces moyens, de parer aux accidents de congestion ou de violente perturbation nerveuse qui peuvent se développer chez les magnétisés. Sorti de l’état magnétique, il sera bon que le somnambule prenne un peu de vin sucré coupé d’eau, ou une tasse de bouillon froid, pour relever la perte de forces produite ; on devra substituer à ces moyens un peu d’eau aromatisée de menthe anglaise, d’eau de fleurs d’oranger ou d’éther, s’il y a eu un peu d’agitation nerveuse.

Si un second magnétisant veut produire une action nouvelle sur le magnétisé, celui-ci est de suite très-vivement agité, la perturbation peut être telle qu’il survienne des convulsions. Le seul moyen de mettre fin à ce désordre est d’abord d’éloigner le second et malencontreux magnétisant ; le premier magnétisant doit ensuite soumettre de nouveau le magnétisé à une influence des plus énergiques, et s’il ne peut arriver à calmer assez rapidement son agitation, il doit mettre toute sa volonté à faire cesser la crise magnétique.

L’état magnétique n’est nullement un sommeil, c’est un état de veille particulière et de veille exagérée, qui, au lieu de dispenser du sommeil normal, en demande, au contraire, une plus forte dose, en raison de l’extrême fatigue cérébrale qui en est la suite. Ce tour de force ne pourrait être supporté que par un bon somnambule naturel, et je suis loin d’en conseiller l’essai. J’ai fait une fois cette longue et intéressante expérience chez un excellent somnambule, habitué depuis plusieurs années à être magnétisé plusieurs fois par jour; il en est résulté chez lui une telle fatigue, que lorsque je l’ai démagnétisé, il est resté pendant plus de vingt minutes dans un état d’hébétude indiquant un état congestionnel du cerveau, qui a été suivi d’une fièvre nerveuse, caractérisée par une agitation singulière du moral et du physique. J’ai calmé cet état, qui n’a pas été sans me donner des inquiétudes assez vives, par des bains, une nourriture très succulente, du bon vin de Bordeaux et un séjour de deux semaines à la campagne.

Explication de l’auteur sur le fonctionnement du fluide magnétique

P 175. Quand, par exemple, quelqu’un soumet à l’action magnétique une personne douée d’une organisation somnambulique prédisposée à subir son influence, le regard animé d’une volonté forte, énergique, il se produit, par la stimulation que donne cette volonté puissante, nettement et vigoureusement formulée, une émanation spéciale du sang qui est respirée par le somnambule, transmise à son cerveau, où elle provoque l’éveil de facultés particulières et sans analogues dans la vie normale. L’influence magnétique est l’action la plus puissante qu’il soit possible d’exercer sur je système nerveux, et c’est à coup sur celle qui est susceptible de développer la plus, grande variété d’effets ; cette variété tient à la différence du fluide propre à chacun, et il est exact de dire qu’il y a autant de fluides que d’individus. On a la preuve de ce fait en observant la variété d’effets que déterminent plusieurs magnétiseurs agissant sur un même somnambule.

Il devient ainsi facile de concevoir que la quantité de fluide propre à chacun devra varier comme la qualité, non-seulement d’après les aptitudes spéciales de chaque personne, mais encore d’après leur état de santé ou de maladie, et de plus selon la disposition de leur système nerveux, assujetti à être plus ou moins ébranlé par les passions et les mouvements violents et imprévus de l’âme.

La cause du somnambulisme naturel paraît tenir à un dégagement d’excès de fluide et au besoin qu’éprouve l’économie d’exercer des facultés qui ne trouvent pas le moyen ou l’occasion de se développer à l’état normal. Ce qui le prouverait, c’est que le somnambulisme naturel, le somnambulisme spontané, qui se développent, le premier pendant le sommeil, le second dans l’état de veille, sont calmés tous deux par l’action magnétique, qui a encore le mérite de provoquer l’exercice des facultés nouvelles qui constituent la lucidité, en imprimant à ces facultés la direction que Veut leur donner le magnétisant.

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Tableau synthétique de correspondance entre niveaux de conscience, enveloppes (koshas) et mémoires

Tableau synthétisé par Damien Roy à partir de sources diverses du yoga, de l’ayurveda et des traditions occidentales

Quelques questions posées à Damien Roy et réponses associées :


Le corps bouddhique n’a pas de dénomination dans la terminologie indienne ?
– Le corps bouddhique est l’entrée vers la conscience supérieure; il est la dernière couche avant le corps divin ou la conscience universelle. Le corps bouddhique correspond à Karana Sarira mais avec des pincettes. Karana, dans la terminologie, se limite au corps Causal. Cependant, il est aussi considéré comme étant le corps (Sarira) le plus élevé – ou le plus interieur -. Donc dans cette synthèse, pour faire le parallèle entre Indouisme et occident, j’ai choisi d’inclure le corps bouddhique dans le concept de Karana Sarira.

Le corps mental n’a pas d’activité cérébrale associée ?

– Le corps mental inclut toutes nos pensées : l’intuition aussi bien que le jugement. Il est ainsi présent dans toutes nos activités cérébrales. Je devrais sans doute préciser, qu’il est, pour moi, plus facile d’accéder aux informations de tel corps en fonction de l’activité cérébrale que je lui ai associé. Ainsi, en mode Theta, il est plus aisé d’aller explorer nos mémoires personnelles – notre corps astral. Le corps mental est toujours présent, c’est la carapace la moins évidente à percer, le corps le moins évident à ralentir, mais c’est aussi lui qui nous permet de « comprendre » la concept que nous explorons. 


Mais évidemment ces deux questions en ouvrent de nombreuses autres… Faut-il considérer deux pôles : l’activité cérébrale et le flux de nos pensées ; en admettant que la méditation, notamment, permet d’apaiser notre flux de pensées afin de nous laisser accéder aux informations accessibles par telle ou telle activité cérébrale ? Et dans ce cas, les ondes gamma ne sont-elles accessibles que lorsque notre corps mental est en observateur, lorsque notre flux de pensées est parfaitement apaisé ?Est-ce qu’il est légitime de parler de « corps » bouddhique ? ou faudrait-il ne parler que d’un état d’être, un état transitoire vers la conscience universelle ?

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La conscience et le monde (extraits). Un texte de Jean Klein

Jean Klein, La Conscience et le Monde (Extraits)Jean klein : Celui qui brûle de connaître sa vraie nature doit d’abord comprendre qu’il s’identifie par erreur aux objets : «je suis ceci», «je suis cela». Toute identification, tout état, est transitoire, par conséquent sans réalité. Identifier le «je » à ceci ou cela est la racine de l’ignorance. Demandez-vous ce qui est permanent au cours de toutes les phases de la vie. Vous découvrirez que la question : «qui suis-je ?» n’a pas de réponse. Vous ne pouvez pas expérimenter ce qui est permanent dans une relation sujet/objet comme quelque chose de perceptible. Vous pouvez seulement formuler et expliquer ce que vous n’êtes pas. La continuité que fondamentalement vous êtes ne peut se traduire en mots ou se rationaliser. Être est non-duel, absolue présence sans éclipse, quelles que soient les circonstances.
Si nous considérons le connaisseur indépendamment du connu, il se révèle comme pur témoin. Quand connaissance et connaisseur ne font qu’un, il n’y a plus de place pour un témoin. Toute imagination est irréelle, car basée sur la mémoire. Mais tout ce qui n’est pas anticipé, tout ce qui est inopiné, qui provoque la surprise, l’étonnement, provient de la réalité vivante. La recherche du plaisir naît de la souffrance, de la mémoire. Accueillez la vie comme elle se présente, ne mettez pas l’accent sur le monde mais changez votre attitude à son égard. Votre conception du monde, de la société, a sa source dans la croyance que vous êtes un ego séparé. Soyez votre totalité et le monde changera. Le monde n’est pas autre chose que vous. Le monde est en vous, la société commence avec VOUS.

Question : Vous dites que nous ne devrions pas commencer par tenter de changer le monde mais notre attitude à son égard. Quand vous dites que l’existence est le film mais que nous ne sommes pas le film, entendez-vous par là que nous sommes la lumière qui éclaire le film ?

Jean Klein : Oui. Vous ne pouvez changer le film parce que tous les efforts pour le modifier relèvent du film.Vous identifier à votre corps et à votre personnalité vous bride, vous rend dépendant. Nos perceptions sensorielles reposent sur les constructions de la mémoire et impliquent un connaisseur. Nous devons étroitement examiner la nature du connaisseur. Cela requiert toute notre attention, tout notre amour. Ainsi vous découvrirez ce que réellement vous êtes. C’est l’unique sadhana. Se résorber dans la conscience de sa vraie nature est liberté. Notre vraie nature prend tout en charge.

Les images naissent et meurent dans le miroir de la conscience, et la mémoire crée l’illusion d’une continuité. La mémoire n’est qu’un mode de pensée, elle est purement transitoire. C’est sur ce fondement instable que nous construisons tout un monde de situations. Cette illusion fait obstacle à la claire vision.

Lutter pour nous améliorer ou pour progresser ne fait que rajouter à la confusion. Les apparences extérieures peuvent nous induire à croire que nous avons atteint un état de stabilité, que des changements ont survenu, que nous progressons et que nous sommes au seuil de la grâce. En fait, rien n’a changé. Nous n’avons fait que changer les meubles de place.

Toute cette activité se déroule dans l’esprit, c’est le roman de notre imagination.
Tout est beaucoup plus simple que cela. Pourquoi faire si compliqué ? Ce que vous êtes fondamentalement est toujours là, dans sa globalité. Cela ne nécessite ni purification, ni changement. Pour votre vraie nature, il n’y a pas de ténèbres. Vous ne pouvez découvrir ou devenir la vérité car vous l’êtes. Il n’y a rien à faire pour vous en rapprocher, rien à apprendre. Rendez vous seulement compte que vous essayez constamment de vous éloigner de ce que vous êtes. Cessez de gaspiller votre temps et votre énergie dans des projections. Vivez cet arrêt sans paresse ni passivité, habitez pleinement la fraîcheur que vous trouverez en cessant d’espérer et d’anticiper. C’est aussi votre sadhana.
Il n’y a rien à perfectionner dans la réalité. Elle est perfection. Comment pourriez-vous vous en rapprocher davantage? Il n’y aucun moyen matériel pour l’atteindre.

Question : N’est-ce pas fataliste de dire que nous ne pouvons changer le film ?

Jean Klein : Dire : fataliste implique que vous vous identifiez au film, que vous vous soumettez à lui. En fait, le film se déroule et vous êtes le spectateur. Être hors de l’écran vous donnera une nouvelle perspective sur ce qu’est réellement le film. A partir de cette vue globale qui n’est plus un point de vue, qui est hors du temps et de l’espace, tout se produit dans une absolue simultanéité. Aussi n’y a-t-il rien à changer.

Question :  Pour revenir à ce dont nous parlions auparavant, vous avez dit que le monde change quand la perception que j’ai de lui change. Comment est-ce possible ?

Jean Klein : Celui qui a atteint sa pleine maturité, qui se connaît sciemment, ne se pliera pas nécessairement aux conventions sociales. Un tel être agira au bon moment, suivant ce que la situation indique, sans que personne ne soit lésé d’une quelconque façon. Si vos actes sont régis par vos désirs, vous n’avez aucune espèce de liberté. Par contre, si vous faites ce que réclame la situation, vous faites ce qui est juste, et vous et votre entourage êtes libres.
Un sage n’a pas la moindre pensée d’être une personne quand il agit, sent ou pense. L’ego est totalement absent. L’ego n’est rien de plus qu’une pensée et deux pensées ne peuvent cohabiter simultanément. Aussi l’identification à l’ego ne peut avoir lieu qu’une fois disparue la pensée rattachée à l’objet. C’est alors seulement que l’ego déclare sienne cette pensée. Ce sens de la propriété : «j’ai vu ceci », «j’ai fait cela », intervient après le fait et n’a rien à voir avec le fait. Une fois que ce mécanisme est clairement perçu, vous comprenez que l’identification que vous aviez précédemment prise pour une réalité n’est qu’une illusion. Vous n’êtes pas le propriétaire de la situation pas plus que vous n’en êtes l’esclave. Votre vraie nature est au delà. Le silence de la conscience n’est pas un état, c’est le continuum où tout état, toute chose apparaît et disparaît. Les mots que nous utilisons dans l’état de veille pour parler de ce non-état sont une expression de cette conscience. Quand nous vivons dans la conscience, tout est expression de cette conscience.
Le monde que vous percevez n’est rien d’autre que le roman de votre imagination, basé sur la mémoire, la peur, l’angoisse et le désir. Vous vous êtes retranché dans ce monde. Voyez cela sans vous jeter sur des conclusions et vous serez libre. Vous n’avez nul besoin de vous affranchir d’un monde qui n’existe que dans votre imagination.
Ce que vous prenez pour une réalité est simplement un concept surgi de votre mémoire. La mémoire surgit de l’esprit, l’esprit du témoin, le témoin de votre vraie nature. Vous êtes le témoin, le spectateur placé sur la rive et regardant le fleuve couler. Vous ne bougez pas, vous êtes au delà du changement, au delà du temps et de l’espace. Vous ne pouvez percevoir ce qui est permanent parce que vous l’êtes.
N’alimentez pas les concepts dont vous avez fait vos fortifications ou l’image que les gens ont de vous. Ne soyez ni personne ni rien, contentez-vous de rester à l’écart de ce que la société vous demande. Ne jouez pas son jeu. Cela vous établira dans votre autonomie.
L’exemple, si souvent utilisé dans le Vedanta, du serpent et de la corde, d’un côté se réfère au monde et, de l’autre, à la réalité ultime. Le serpent représente le monde des objets où nous rencontrons les personnalités, les pensées, et l’affectivité. La corde symbolise la réalité ultime, le silence de la conscience. Une fois que nous cessons de prendre la. corde pour le serpent, l’idée du serpent disparaît et nous voyons la corde pour ce qu’elle est réellement. Il est parfaitement naturel que l’erreur perde sa substance et se dissipe quand la vérité devient évidente. Étant donné qu’une pensée fait partie intégrante de l’illusion, il lui est impossible de nous révéler la réalité ultime. Le « fait-d’être », la toute présence, qui est la source de toute expérience, est au delà de la dualité expérimentateur/expérimenté. Quand l’accent se trouve sur la conscience et non sur la pensée ou sur la perception, nous entrons progressivement dans une détente profonde, à la fois sur le plan neuro-musculaire et sur le plan mental.
Si nous observons avec détachement l’apparition et la disparition de tous les états que nous expérimentons, nous parvenons bientôt à appréhender que chaque état, chaque perception, chaque pensée sont réabsorbés dans une connaissance informulée, une connaissance qui est l’être. Ce continuum, seule réalité, est là avant que ne commence l’activité. Immergez-vous dans cette tranquillité chaque fois qu’elle se fait sentir.
Vous ne pouvez vous attendre à ce que la réalité surgisse, car elle est toujours là. Les événements apparaissent et disparaissent. N’oubliez jamais le caractère fugitif de toute expérience, c’est tout ce que vous avez à faire et la porte de la grâce s’ouvrira devant vous. Dès que des opinions et des réactions telle que «j’aime, je n’aime pas», interfèrent, vous retombez dans une habitude subjective et vous tissez autour de vous un filet, vous perdez de vue votre vraie nature. Les sentiments de sympathie et d’antipathie vous font tourner le dos à votre vraie nature. Vos concepts de changement, de progrès, en mieux ou en pire, sont fragmentaires et subjectifs. Quand vous regarderez le monde depuis votre totalité, le monde changera en vous. Vous êtes le monde.

Question : Est-ce que l’absence de pensée que j’expérimente dans la méditation est proche de ma vraie nature ? Est-ce la tranquillité dont vous parlez ?

Jean Klein : Dans ce que l’on nomme ordinairement la méditation, vous cherchez sciemment à vous débarrasser de toute intention et de tout concept. Ainsi vous vous trouvez devant un écran vide de pensées, qu’elles soient objectives ou subjectives. Ces pensées éliminées, d’autres, plus coriaces, apparaissent, vous envahissent sans discrimination, et elles aussi, vous les chassez. Il est vrai qu’au bout d’un certain temps de pratique, l’activité mentale diminue. Cependant, si le chercheur n’est pas guidé par un maître authentique, le vide de l’écran restera toujours un mystère. Le silence de la conscience dont nous parlons est au delà de la présence ou de l’absence des pensées et des mots, au delà de l’action ou de la non-action. Tout surgit de la tranquillité qui est au delà de l’esprit, de la tranquillité qui est au delà de l’effort de s’affranchir des pensées, et tout s’y résorbe. Rien, absolument rien, ne peut affecter cette tranquillité. Le savoir objectif nous parvient par l’instrument organique adéquat, mais le silence de la conscience ne requiert aucun instrument.

Question : Est-ce que les conflits et les guerres sont inhérents à l’être humain ?

Jean Klein :  Les conflits appartiennent à l’ego, pas à l’être humain. Dans votre vraie nature qui est unité aucun conflit n’est possible. Tension, rivalité, agressivité ne concernent que l’ego. Demandez-vous seulement à quel point vous êtes soumis à vos habitudes, à vos opinions qui sont la source de perpétuels conflits. Observez comment fonctionne votre esprit, observez-le sans idées préconçues. Un moment viendra où vous vous trouverez dans l’observation et non dans l’esprit. Puis, quand toute tension aura disparu, vous vous rendrez compte que vous êtes la lumière qui brille au-delà même de l’observateur. La réalité n’est ni un produit de l’esprit, ni le résultat d’une caravane de pensées, elle est, c’est tout. Vous devez comprendre que vous ne pouvez jamais trouver votre vraie nature dans une perception. La seule méthode que nous pouvons suggérer est d’observer sans analyse la façon dont votre esprit réagit dans les diverses circonstances de la vie quotidienne. Ne modifiez pas votre vie pour coïncider avec un concept. Vivez comme vous le faisiez, pensant et sentant, soyez simplement conscient que ce sont des fonctions. Ainsi vous vous en libérerez spontanément. Ensuite la personnalité que vous pensez être disparaîtra. Il ne restera que le témoin. Au terme, même lui se résorbera dans la connaissance ultime.
Ce qui surgit d’inattendu, d’impromptu, sans cause, libre de tout passé, ce qui surgit sans racines, ce qui ni ne s’épanouit ni ne se flétrit, ce qui est le plus naturel, libre de toute tension, c’est cela votre vraie nature.

Jean Klein, La Conscience et le Monde (Extraits)

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L’harmonie dans la nature, ça veut dire quelque chose ?

  1. Y-a-t-il encore sur cette planète des modes de vie, des manières de penser, des spiritualités, bref des sociétés qui soient équilibrées, harmonieuses, durables et que l’Occident n’a pas détruit ?

D’une certaine manière, toute société est équilibrée –même si c’est un équilibre instable- tant qu’elle survie. Le déséquilibre, s’il est durable, entraîne sa chute ! Je dis cela dans l’objectif de faire réfléchir au mot « équilibré ». Le mot harmonieux me semble convenir davantage. Car l’harmonie, par analogie avec la musique, sous-entend une vibration concordante. Donc, une société harmonieuse serait une société qui chercherait à s’accorder à une sorte de vibration avec la nature (même si parfois, cela se traduit par des actes de destruction !). Et oui, ce genre de relations me paraît avoir existé et exister encore en certains endroits. Les Aborigènes d’Australie, par exemple, pour qui le « Rêve » ou « Bugarrigarra » est une sorte d’harmonie que l’on peut percevoir en sommeil ou en veille, à laquelle on se relie, et pour lequel tout déséquilibre, comme l’exploitation d’une montagne, crée une sorte de ride, de sillon. Percevoir cette harmonie, nécessite d’être à l’écoute et non pas en posture de domination. Il faut ouvrir tous ses sens. Les anciens Indiens (d’Inde) nommaient l’équilibre de la nature du nom de « rita », qui a donné en français « rite », « rituel ». Les rituels avaient pour vocation de faire perdurer l’harmonie du cosmos. Chez les peuples indigènes contemporains, qui ont conservé leurs traditions, comme il y en a à Bornéo ou en forêt amazonienne, l’harmonie nécessite de respecter des formes de « rituels » de chasses, de cueillettes, qui sont en fait aussi des règles de préservation de la ressource, et de connaissance, de respect des espèces. Est-ce que l’Occident détruit ces traditions ? Difficile à dire car la notion même d’Occident est suspecte. Disons que ces traditions deviennent marginalisées et parfois dévalorisées, et du coup, effectivement ont tendance à disparaître, avec les sociétés qui les portaient. Rappelons qu’il existait des traditions occidentales qui avaient la même vocation. Il n’y a pas si longtemps, en France, il existait de nombreux rituels de ce type, comme l’illustre par exemple « Le Pain », ouvrage d’Elie Reclus, regorgeant de récits de rituels agricoles. L’idée même d’harmonie dans la nature s’est éclipsée des modes de pensée modernes, et c’est sans doute sur cela qu’il faut se questionner.

3) Il y a sur cette planète des relations sociales et des spiritualités qui amènent des points de vue totalement différents des nôtres. Quels sont les systèmes de reconnaissance dans lesquels vous vous reconnaissez, que vous avez adoptés et qui vous éloignent du rationalisme occidental ?

Est-ce qu’à des cultures différentes correspondent des rationalités différentes, comme le crurent Lévy-Buhl ou Sahlins ?  Ou, au contraire, la rationalité est-elle une qualité humaine communément partagée ? Par exemple, Durkheim estimait qu’un indigène, non initié à l’inférence causale, ne pouvait pas penser selon les principes de la biologie ou de la physique. Les savoirs-faire quotidiens, de pêche, d’élevage, etc. se construisaient néanmoins sur une rationalité issue de représentations théoriques sur le monde. (partie que l’on peut omettre)

Le rationalisme c’est l’usage de la raison. Et l’on peut, je pense, utiliser sa raison de manières très différentes. Ainsi, ce que l’on conçoit souvent comme un manque de rationalité, les rituels par exemple, sont, il me semble un autre type de rationalité. La question qui se pose est plus celle de l’efficacité. Si l’on accorde plus de crédit à la rationalité scientifique moderne, c’est qu’elle nous semble plus efficace par rapport aux problèmes auxquels on est confrontés qui sont souvent des problèmes techniques : monter des charges, transmettre des signaux, prévoir la météo, etc.

Mais si nos problèmes sont d’un autre ordre : sensibles, spirituels, etc. Alors, un autre type de rationalité peut se révéler plus efficace. Ainsi, dans mon cas, j’adopte et j’adhère à la rationalité scientifique occidentale lorsque je suis confrontée à des problèmes techniques, ou quand je procède à une recherche de faits et de synthèse, en sciences humaines aussi. Par contre, je me tourne vers d’autres rationalités quand je cherche à comprendre le sens profond des évènements ou des relations entre les êtres, les émotions, et quand je cherche à saisir ma place en ce monde. Les pensées traditionnelles de l’Inde me fascinent car elles proposent un autre mode de connaissance, où le but ultime est la libération. Dans cette tradition, le corps s’affiche comme un élément fondamental du savoir, et l’esprit est appréhendé dans ses multiples facettes, non limité à la simple rationalité. Il faudrait donner des exemples : le yoga, la médecine ayurvedique, les différentes philosophies et formes de logique. Bien sûr, il ne s’agit pas d’idéaliser les autres traditions, mais de voir en chacune d’elles ce qui manque dans la nôtre. Ainsi, l’approche réductionniste permet de d’étudier les parties, mais elle néglige la globalité, on le voit par exemple dans les spécialités médicales qui réduisent le corps à ses parties. Les peuples indigènes, malgré toutes leurs différences géographiques, culturelles, me fascinent aussi dans leur perception particulière du même souffle vital animant des espèces si différentes, et leur capacité à apprendre d’elles, à communiquer avec, à adapter leur comportement, leurs besoins. Là aussi, il ne s’agit pas d’idéaliser ces savoirs, mais les dévaloriser n’est pas davantage souhaitable. Ce qui est souhaitable, c’est une capacité d’ouverture. Et pour cela, il faut d’abord procéder à un bon balayage intérieur : décoller les œillères liées à notre éducation – ce qui dans mon cas, est toujours en cours !

Question : Dans toute notre histoire nous avons montré comme le dit Jacques Derrida « une difficulté à considérer l’étranger, l’autre ». Sans idéaliser les autres traditions il s’agit de les explorer et de comparer. Et c’est de cela que nous aimerions que vous nous parliez en puisant dans vos thèmes. Par exemple, les indiens Kogis ou diverses traditions indiennes d’Asie

Considérer l’autre, c’est s’autoriser une introspection sur soi. Si nous avons eu dans notre histoire, et si nous avons encore parfois des « difficultés à considérer l’autre, l’étranger », cela vient pour une part de notre difficulté à nous considérer nous même, à analyser notre propre culture non comme une norme, mais comme une variété parmi un ensemble de diversités humaines, non comme la norme, mais comme une singularité. Considérer l’autre impose de remettre aussi en cause nos fonctionnements habituels. Ainsi, nous avons pour habitude de considérer qu’il est bon de chercher à dépasser nos limites : les limites du développement, de la technique, du progrès, de la croissance, de l’efficacité. Alors que dans bien des peuples traditionnels, ce qui est valorisé c’est la connaissance des besoins et le fait de s’y ajuster, afin de ne pas dépasser les limites du territoire. Un exemple fameux est cette tradition du potlach chez les Indiens de la côte Ouest, aux Etats-Unis, qui consiste à détruire de manière ostentatoire les surplus. La pratique du tapu (qui a donné le mot « tabou ») en Papaouisie est aussi une manière de respecter des limites d’exploitation du territoire. Considérer l’autre, c’est questionner les origines, qui est « autre » ? De quel territoire venons-nous ? Et ainsi poser la question du lien avec sa terre, de ses racines. C’est souvent un sujet délicat, qui plus est dans nos sociétés devenues si mobiles, si mélangées. Beaucoup de gens se sentent déracinés. Or, le rattachement à un territoire est ce qui construit notre lien avec notre environnement, c’est aussi ce qui nous permet de prendre conscience de la beauté, de la force et de la fragilité de l’écosystème qui nous entoure. Et de vouloir le protéger. Ainsi, certains Touaregs établissent-ils un pacte de protection réciproque avec leur territoire. La plupart des sociétés traditionnelles –celles qui le sont encore, j’entends ou qui l’ont été- vivent des ressources de leur territoire (pas au-delà de 20 km en général), en autonomie, sans pour autant renier l’échange de biens avec d’autres peuples. Ils savent que leur autonomie dépend de la préservation de leur territoire. J’ai été fascinée par les Ladakhis, ce peuple de l’Himalaya qui vit à une altitude moyenne de 4000m ! Leur territoire est un désert, l’eau est très rare, la végétation donc tout autant. Mais au sein de ces myriades de variations rocheuses, ils ont sur créer des zones de vie luxuriantes. Ils ont su déployer les ressources. Ils ont su développer une autonomie propre, parce que tout était valorisé. L’idée de déchet n’y existe pas. Un yak – vache locale, plutôt bien fournie en poils – peut fournir les poils pour les cordes, la peau pour les tentes, les sabots pour les cuillères, la pense pour le barattage, sans compter les cornes, les os, la viande, le lait… L’animal est précieux autant vivant que mort. Rien n’est à jeter. Tout se révèle précieux. Aujourd’hui, au Ladakah, les canettes de coca, les sacs plastiques ont fait leur apparition. Dans leur esprit, encore, la notion de déchet n’est pas présente. Que faire de cette canette ? Ils la jettent à la terre, qui saura peut-être quoi en faire. Mais nous, comment avons-nous pu penser un objet sans valeur, comment avons nu peu créer des « déchets » ?

Considérer l’autre c’est faire un retour sur soi, un « scan » de nos manières d’être. On l’a dit, il ne s’agit pas de créer des dichotomies : eux-bien, nous-pas bien. Il s’agit de progresser ensemble. Apprendre des peuples traditionnels, mais quoi ? Des technologies, oui, quelques unes, notamment des techniques agricoles, médicinales. Mais surtout des manières d’être en relation avec ce qui nous entoure, la terre, les autres, les « esprits ». D’ailleurs, peut-être que ce qui nous perturbe les plus quand on considère « l’étranger », c’est qu’il nous rappelle parfois que l’esprit n’est pas que dans nos têtes. Qu’il peut être dans les arbres, les forêts, les montagnes, les fourmis, et même dans « cet étranger » ! Qu’il n’y a pas un monde devant nous bien réel et seulement matériel, mais qu’il existe d’autres mondes. Le chamanisme est l’un des moyens de mise en relation de ces mondes là. Chez les peuples indigènes que j’ai rencontrés, l’individu disparaissait sous le collectif, la communauté. Et l’esprit se déployait au-delà du monde matériel, au-delà du monde des humains. Ma plus grande remise en question est venue des Indiens d’Inde, justement au sujet de ce qu’est l’esprit. Dans la France où j’ai vécu, l’esprit m’apparaissait comme un concept à mi-chemin entre l’âme et l’intellect, mais sans existence véritable. S’il y avait un esprit, c’était qu’il y avait une personne, un « moi », un ego ou un individu bien différencié. L’individu avait vraiment un statut privilégié ! En Inde, l’individu, l’ego disparaît. En tous cas, c’est le but affiché par les traditions philosophiques et spirituelles. Les illusions de l’ego, de ses passions, de ses attachements. Pour découvrir l’esprit, il faut se rendre maître de son mental, dompter ses pulsions, ses ignorances, reconnaître ses émotions, habiter son corps au présent. C’est une voie de progrès, une parmi d’autres. Et nous en avons beaucoup à explorer pour franchir les impasses écologiques ou humanitaires que nous auto-construisons, avec nos egos.

Pourriez-vous retracer brièvement l’historique les grandes étapes qui ont séparés l’homme de la (sa) nature?

Retracer plusieurs millénaires d’histoire en quelques lignes va être une gageure, mais je veux bien me prêter au jeu. Déjà, je voudrais commencer par signaler que les grandes étapes que je vais décrire ne sont pas exhaustives quant à la rupture homme/nature, il y en a probablement d’autres qui ont échappé à mon analyse. L’objectif est donc surtout de montrer que la rupture n’est pas due à un seul évènement, mais à plusieurs couches successives. Et les citer permet de nettoyer notre mémoire collective, afin de mieux dévoiler ce qui dans les sociétés modernes occidentales, aveugle notre relation à la nature. La première étape a été l’agriculture, il y a près de 10 000 ans : la domestication des plantes et des animaux a modifié radicalement cette relation, en schématisant, on peut dire qu’ils sont passés d’une relation horizontale à une relation verticale (dominant/dominé). Puis, les grandes civilisations, il y a environ 4000 ans, ont développé des techniques agricoles plus intensives (charrue, irrigation par exemple), qui ont permis une grande quantité de surplus et de stockage ; développant une distorsion dans la relation besoin-production. L’ordre social et l’ordre cosmique restent cependant encore liés : ainsi, un cataclysme était perçu comme la conséquence d’un désordre social. C’est une autre étape, l’avènement de la rationalité par de grands réformateurs comme les philosophes grecs, vers le VIème siècle avant J.-C. qui désarticulera ce lien. L’esprit et la nature se séparent. Puis, petit à petit, des religions monothéistes s’affirment, et les divinités des forêts, des mers ou du ciel, quittent la nature pour n’exister que sous la forme d’un Dieu unique et transcendant, un Dieu qui n’est plus sur Terre, mais dans les cieux. La nature perd de sa sacralité, et son exploitation par l’homme se déculpe. Je navigue de siècles en siècles, en omettant de signaler que chacune de ces étapes, si elle a consommé un peu plus la rupture, n’en a pas moins apporté des éléments essentiels à l’humanité, la philosophie en est un exemple. C’est aussi le cas pour l’humanisme, notre cinquième étape de la rupture. Mettant l’homme et l’humanité au centre du monde, la nature n’y tient plus que le rôle de subvenir à leurs besoins, leur liberté et leur grandeur. L’homme s’élève au dessus-de la nature. Les lumières et l’avènement du cartésianisme, de l’empirisme, du positivisme, consommerons encore cette rupture, la nature devenant alors sujet d’expériences, « afin qu’elle soit transformée en servante » dira Bacon, dans son « novum organum ». L’ère actuelle est peut-être l’apogée de cette soumission, où le maître mot est la croissance, sous-entendant une exploitation toujours accrue de ressources.

Entretien avec Sabine Rabourdin en préparation pour le magazine Almanach (M. Borges)

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les traditions savantes indiennes

SR 3 mai 2019

Dans l’Inde classique savante, la question du savoir juste et de la vérité est une préoccupation majeure. Comment être sûr de nos connaissances ? Comment accéder à la justesse, pour ne pas dire à la vérité ?

Les prémices de la connaissance savante indienne

Mohen Jodaro (tablette)

Selon le scénario le plus en vogue actuellement chez les historiens, les locuteurs de l’Indo-Iranien (les ancêtres communs immédiats des langues indiennes et iraniennes) vivaient dans l’Est de l’Iran et l’Ouest de l’Afghanistan aux environs du 3e millénaire av. J.-C. et seraient descendus en Inde aux environs du IIe millénaire av. J.-C.. Ils auraient migré aussi vers l’Iran et l’Europe. Les hymnes religieux des Indo-Européens d’Inde, formés un peu plus tard en recueils canoniques constituant les Védas, évoquent la destruction de fortifications des autochtones. Les vestiges des cités des civilisations de l’Indus, Harappa et Mohen-Jo-Daro du second millénaire avant notre ère, révèlent un état avancé de l’hygiène publique, et attestent une des civilisations matérielles les plus avancées de la haute antiquité par ses surprenants travaux d’urbanisme et leur exceptionnel système d’égouts et de piscines. Cette civilisation dite de l’Indus daterait du Ve millénaire avant notre ère. Les sceaux inscrits qu’on y trouve ont résisté aux tentatives de déchiffrement. Ils possédaient un système des poids et mesures. L’urbanisme est particulièrement exceptionnel par sa qualité et son homogénéité. Les maisons en brique séchée cuite sur un ou deux niveaux disposent d’un confort remarquable, les eaux usées sont effectuées par des rigoles dans des canalisations passant sous la rue. Les rues rectilignes et larges se croisent en angle droit (Angot 2001).

Mohen Jodaro (ruines)

C’est dans les Védas (dérivé de la racine verbale vid qui signifie « savoir »), rédigés en sanskrit archaïque, une des plus anciennes langues indo-européennes, qu’apparaît la première forme connue de pensée philosophique indienne. La période d’élaboration des textes védiques paraît correspondre à celle qui va de 2000 à 1000 avant Jésus-Christ. Le mot Véda désigne aussi l’ensemble de la « bibliothèque védique » qui contient plusieurs types d’ouvrages, chacun de ces ouvrages étant dedié a une branche de la connaissance védique. Par exemple, l’Āyurveda  se consacre à la médecine, le Sthapatyaveda à l’architecture et l’urbanisme, etc. Les doctrines métaphysiques et les premières disciplines savantes se sont dégagées par degrés des premières conceptions védiques.

ṛta : ordre et équilibre

En dehors de connaissances de détail relatives à des maladies et à des drogues ou des astres, les plus remarquables des notions communes aux Védas sont relatives à l’ordre normal du monde. Cet ordre est conçu comme une loi naturelle du retour régulier des phénomènes astronomiques et des saisons et, par eux, de toutes choses. Son nom est ṛta : la norme et le vrai (qui a donné rituel en français, roue, arranger…). La notion est capitale et comprend celle de loi de la nature, en même temps que celle de l’ordre moral, elle représente la conception globale du réel déterminé universel. Cette conception rejette hors de ses déterminismes l’irrégulier apparent précisément parce qu’il est irrégulier. Elle vise moins la loi physique que la norme, moins l’ordre tout court que le bon ordre. Les forces de destruction ne sont pas quelque chose de totalement extérieur au développement du monde, mais au contraire quelque chose de constitutivement indispensable. L’univers mythique est extrêmement instable, en construction permanente par le jeu des forces opposées. L’équilibre n’est jamais durable et doit toujours être maintenu par quelque activité de l’homme, le rite.

Relations entre la vie, les figures et les nombres

L’idée centrale qui sous-tend le système védique est la notion de “bandhu” : les relations. Par exemple les relations entre l’astronomique, le terrestre et le physiologique sont décrites sous forme de chiffres. Par exemple, les 360 os de l’enfant qui par la suite en fusionnant ne sont plus que 206 chez l’adulte et les 360[1] jours de l’année, les rythmes mensuels établis sur une moyenne de 29,5 jours correspondent au cycle de reproduction de nombreux animaux et plantes aquatiques (Kak 2004). Autour de la « bibliothèque védique », on trouve les Sulbasutras, appendices aux Vedas. Ce sont des textes, écrits en vers et datant du VIIIe-IVe siècle av. J.-C., qui contiennent l’ensemble des connaissances requises pour ériger des temples et des autels. Ils décrivent les règles de transformation de figures planes, incluant des formules géométriques. La langue védique atteste le maniement de nombre très élevé par le seul fait qu’elle possède des noms pour toutes les puissances de 10 jusqu’à 1023. Aux environs du VIe siècle av. J.-C., des maîtres se mettent à enseigner, à partir de la révélation védique, des notions nouvelles appuyées sur une dialectique qui s’affûte progressivement. Leur fidélité affirmée au Véda ne les empêche pas de l’approcher de manière critique (Tardan-Masquelier 2007). Les Upaniṣads ensemble de textes dont le titre signifie “asseoir à côté” ont pour objet principal de faire des rapprochements, d’énoncer, entre les réalités observées les relations d’analogie ou de dépendance qui leur paraissent donner les clés de l’agencement du monde et de ses transformations. La période des Upaniṣads traduit un effort de recherche des lois simples des relations naturelles derrière la multiplicité et la diversité des phénomènes. Elles n’en manifestent pas moins un souci ardent de comprendre ce monde plutôt que d’en subir passivement des lois mystérieuses et d’en manier empiriquement quelques mécanismes aperçus. En employant les méthodes de raisonnement abstrait et le débat, les auteurs de ces traités ont créé un environnement où la pensée dialectique et les échanges intellectuels purent se développer. Les commentaires illustrent les méthodes populaires de débat dialectique. Ils ouvrirent la voie au développement d’idées rationnelles, encourageant l’observation la logique, et les mathématiques.

La période classique

Les différentes écoles de philosophies de l’Inde ancienne (darśana). Tableau inspiré de (Alais 2011)

Après les Upaniṣad, la philosophie indienne s’est constituée en six grands systèmes (darśana), sous le patronage de fondateurs révérés (voir figure 2). Dans l’hindouisme, la connaissance des textes sacrés se fait par la śruti (ce qui est révélé, entendu). C’est pourquoi même les anciens textes, et en particulier les Védas, sont aujourd’hui encore appris par cœur et récités oralement selon un rythme et une mélodie choisie. Les autres branches des enseignements relèvent de la smṛti (ce qui est appris) et se déclinent en traités ou enseignements (śāstra). La vie intellectuelle indienne se caractérise par sa forme scolastique. Des débats incessants opposaient plus souvent des écoles que des individus. L’étudiant fait son apprentissage auprès d’un maître auquel il doit respect et qui lui transmet la tradition dont il est le dépositaire. Les traditions savantes en Inde sont souvent hétérogènes éclectiques, elles échangent entre elles, ainsi l’Ayurveda  avec le Vaiśeṣika et le Sāṃkhya, le Vedānta ou le Nyāya(Lyssenko 2004). Elles ont évolué pour former une multitude d’opinions alternatives et se formalisent dans une présentation systématique plus ou moins établie de la doctrine dans un texte de base. La plupart des traités sont écrits sous forme de traités versifiés, sortes d’aphorismes, qu’on appelle sūtra. Ils sont rédigés la plupart du temps par des brahmanes, en langue sanskrite et de la manière la plus brève et synthétique possible pour permettre un apprentissage par coeur et une transmission orale. Découvrir leur sens profond s’apparente à un jeu de piste pour restituer l’ensemble de la signification contenue dans quelques mots ! On comprend donc que de nombreuses interprétations existent, comme autant de commentateurs. D’ailleurs, beaucoup de commentaires deviennent à leurs tours sujets à commentaires. Le texte délimite un domaine du savoir distinct de celui des autres écoles, il fait autorité et l’activité des successeurs consiste principalement à le commenter. Cela n’empêche pas toutefois les commentateurs d’infléchir de façon significative la tradition de l’école ou même de remanier profondément la forme et le contenu.On évalue à 13 millions le nombre de manuscrits de textes sanskrits existants de par le monde (Keller 2006). Dans ces textes, aucun dogme n’est énoncé sous une forme définitive, car les brahmanes jouissaient d’une grande liberté philosophique. Le juste savoir y est supposé s’obtenir par une suite d’idées claires et de vérités bien enchaînées. Deux questions sont centrales dans ces écoles philosophiques : la nature et le statut de l’univers (jagat), et la relation entre l’homme, son bonheur, et l’univers. Chaque système constate qu’un savoir valide sur la réalité est le moyen le plus efficace d’atteindre la libération (moka), c’est-à-dire en fait la libération de la souffrance.

Logique empirique, attachée à l’action, au contexte

La formation intellectuelle des traditions savantes indiennes passait par la grammaire et la logique. Dès le IVe siècle av. J.-C. La coexistence des écoles bouddhiques et brahmaniques a conduit à développer le débat d’idées, et cela a donné naissance à un art du dialogue très sophistiqué (Hulin 2001). La pensée indienne est restée très imprégnée de logique et de linguistique. « La longue tradition de la spéculation argumentée fait partie intégrante de la pensée indienne » (Sen 2006 p 41). Beaucoup des idées proposées dans les textes des écoles classiques sont développées dans une approche philosophique davantage que sous forme de définitions strictes et de vérités inviolables (Chenet 2013).Dans ce cadre non rigide, la démonstration et la logique trouvent une place prépondérante dans l’élaboration du savoir classique. Le Nyāya et la Vaiśeṣika s’intéressent notamment aux méthodes pour connaître la vérité et ont analysé en détail les questions de la certitude, de l’évidence, du raisonnement, de la preuve, de la perception sensible, de l’induction, de la comparaison, de l’analogie, des arguments ou des sophismes.

La relation entre la vérité et l’action est au cœur de leurs préoccupations. D’après Sarukkai (Sarukkai 2005 p13), pour les logiciens indiens, l’enjeu principal est de rendre la logique scientifique c’est-à-dire que les déclarations logiques doivent répondre à des considérations empiriques. Au contraire, la logique dans la tradition occidentale s’extrait des problèmes empiriques. Les logiciens indiens avaient deux grandes préoccupations : la relation entre le signe et le signifié (que le signe soit un mot, un chiffre ou autre chose), et la possibilité de dire quelque chose à partir d’une observation. L’école Dignaga (450 av. J.-C.) en particulier a tourné les questions de logique en questions de sémiotique : l’inférence est reliée aux signes, elle survient quand nous en venons à croire à quelque chose que nous ne percevons pas directement.  Nous élargissons par elle nos capacités peElles des signes qui présentent des connexions avec le signifié, alors que dans la tradition occidentale, le signe a une nature majoritairement arbitraire.

Ces formes de logique, en particulier l’école Nyāya, proposent une approche très empiriste : chaque inférence doit être ancrée dans une observation, un exemple. Dans cette école, ce qu’on traduit par connaissance est ce qui s’analyse au moyen de quatre facteurs : l’agent de connaissance, le connaisseur, l’objet connu, le moyen de connaissance, le contexte dans lequel ces trois premiers facteurs s’intègrent. Le contexte est donc cité spécifiquement comme l’un des quatre facteurs de la connaissance. Voici un exemple de syllogisme Nyāya (Belzile 2009):

1. Il y a du feu sur cette montagne

2. Car il y a de la fumée là

3. La fumée va toujours avec le feu, témoin la cuisine

4. C’est aussi le cas ici

5. Donc il y a du feu là.

Grâce à la troisième ligne, on n’établit pas la simple existence générale et éternelle du feu, mais le fait qu’il y a du feu sur cette montagne-ci, plus exactement que la montagne est flambante. Et c’est tout cela qui affecte la connaissance. L’expression « la montagne flambante » montre linguistiquement l’importance de ce que nous nommons ici contexte, lequel n’est donc pas une sorte de décor de l’action cognitive, mais la condition même pour que l’inférence soit réellement posée (Belzille 2011). Le contexte est différent dans chaque expérience de connaissances. L’existence nécessaire d’un contexte particulier conditionne le caractère irrémédiablement unique de l’expérience de connaissance, empêche toute universalité et s’oppose à toute généralisation. À la différence du raisonnement aristotélicien (syllogisme), le raisonnement dans les traditions savantes indiennes a aussi une forme valide, mais le fait d’introduire un exemple introduit également un élément de vérification empirique. Par lui le savant chercherait à rendre son raisonnement non seulement valide, mais vrai (Belzille, 2011). Il s’agit donc, par la volonté de se rattacher au contexte, de chercher la vérité. Et celle-ci n’existe pas en dehors des singularités.

Une pensée dialogique, non duelle

Les formes de logique de l’époque classique se font remarquer par la place qu’elles laissent à la pensée dialogique plutôt que duelle (vrai/faux, blanc/noir, etc.).

Cette pensée s’appuie sur l’idée que tout change en permanence même si cela est imperceptible pour nos sens. Êtes-vous la même personne que celle que vous étiez il y a 15 ans ? Sous cet angle, A peut être autre que lui-même : non-A. À en devenir n’est ni le même ni un autre que ce qu’il était.Tous ces arguments consistent à expliquer que les objets ne peuvent pas exister de manière indépendante de l’esprit. La forme ressemble aux syllogismes aristotéliciens, mais elle reposesur des principes métaphysiques différents de la logique aristotélicienne. Tout objet change d’un moment à l’autre même si cela est imperceptible pour nos sens. Pour saisir l’importance de cette logique non duelle, il faut comprendre ce qui se joue dans la relation entre le sujet et l’objet dans la pensée savante indienne. Elle accorde plus d’importance au processus de connaissance et au processus dialectique qu’aux qualités de l’objet. Penser en termes de dualités n’est pas courant dans les traditions savantes indiennes.

Le langage avant tout

Expliciter un langage qui exprime la profondeur du monde est un objectif fondamental pour les traditions philosophiques de l’Inde. L’idée que tout ce qui est connaissable est exprimable en langage est notamment revendiquée par les Nyāya et les grammairiens Bhartṛhari. Ceux-ci développèrent une théorie des mots, des phrases et du sens, de la connexion entre les mots et leur sens. Les logiciens et les grammairiens s’attachent à définir le langage du monde.

Espace, matière et temps

Pour la plupart de ces écoles de pensée, le monde est le produit d’un processus cosmogonique où les « grands éléments » (mahābhūta) apparaissent selon un ordre précis, en correspondance avec unorgane de perception. L’analyse de la matière en termes de cinq éléments n’est pas objective, mais subjective, dérivé du contact de la matière avec les sens (Lyssenko 2004). Presque toutes ces écoles se penchent sur la nature des particules élémentaires. La plupart ont promu l’idée que la matière est composée d’’aṇu(« minuscule » en sanskrit), une particule infinitésimale, unité infime de matière. Ce constituant le plus fondamental de la matière pour le Vaiśeṣika, est considéré comme indestructible et éternel. Les atomes sont imperceptibles et leur existence est déduite du processus de division et du refus logique de la régression à l’infini (Lyssenko 1996). En s’agrégeant, les aṇu produisent les molécules et l’univers visible qui résultent donc de la combinaison de ces particules de terre, d’eau, de feu et d’air [2]. Ils peuvent ainsi se désagréger en leurs constituants ultimes. Les différents types de particules possèdent certaines propriétés caractéristiques (guṇa) de leur substance telles que valeur numérique, quantité, individualité, masse, gravité, fluidité (ou son opposé), viscosité (ou son opposé), vélocité (ou quantité de force de mouvement (vega))… Assimilées à des formes sphériques, elles sont animées d’un mouvement vibratoire et rotatif. Elles ont une tendance innée à s’unir pour former des molécules homogènes tant qu’ils ne sont pas soumis à l’influence des corpuscules de chaleur. Elles ont alors tendance à former des agrégats plus vastes de substances hétérogènes provenant de divers éléments.

Les traditions savantes entre la période classique et la période coloniale

Les dix siècles entre −500 et +500 ont été une période faste pour la pensée savante indienne. Ensuite, ces traités seront périodiquement commentés et expliqués pour les mettre au goût du jour. Du XVe siècle à la fin du XVIIIe siècle, la science indienne a continué à être largement cultivée dans toutes les contrées de l’Inde et même à se propager dans quelques-uns des pays d’influence indienne. Mais elle s’est très peu renouvelée. La tradition savante ancienne était conservée, mais, subissant la concurrence des sciences étrangères en particulier d’origine musulmane, elle était gardée surtout comme un bien propre à opposer à l’apport étranger. La menace étrangère renforçait un traditionalisme strict : il importait moins d’accroître sa science que d’en affirmer sa valeur face aux doctrines importées. Beaucoup d’ouvrages scientifiques de l’époque ne combattent pas les doctrines nouvelles, ils les ignorent. Mais, même dans ces milieux où l’on ne prenait pas connaissance des idées étrangères, l’existence de celles-ci était assez ressentie pour développer un attachement plus rigoureux aux enseignements traditionnels. D’autre part, les connaissances importées par les maîtres étrangers étaient souvent d’ordre pratique, recettes médicales ou alchimiques, tables de calcul astronomiques, etc. La tradition savante ne faisait que les absorber dans sa masse, sans y trouver matière à révision de ses doctrines générales.  Par exemple l’Ayurveda se voit complétée par des apports extérieurs : tantra, alchimie, etc. La lecture du pouls, venue d’Égypte et de Chine, s’insère au diagnostic. De nombreuses plantes étrangères s’incorporent aux remèdes traditionnels. Par exemple, le piment qui s’y introduit au XVIIe siècle et qui, peu après, est considéré comme ayant toujours fait partie de l’usage[3].

Observatoire astronomique de Jaipur

Au Sud de la péninsule indienne, dans le domaine des cultures dravidiennes, l’influence musulmane a été beaucoup moins forte, elle a même été contrebalancée largement par une renaissance brahmanique dans l’empire de Vijayanagar du XIVe au XVIIe siècle. Mais cette renaissance a été en général traditionaliste et non rénovatrice. Elle a contribué à renforcer dans le Sud des enseignements classiques sanskrits suivant les tendances conservatrices du Nord en garde contre l’apport islamique (Filliozat et Renou 1985).

J.Fryer, un voyageur européen du XVIIe siècle écrivait à propos des Indiens : « l’arithmétique étant la science la plus profitable, et la mieux comprise par eux, ils ont pour elle une propension naturelle, et en un instant, ils calculeront sans l’aide d’une plume ou d’encre les sommes les plus difficiles sans jamais faire de pause »[4].

Spécificités des savoirs indiens anciens

En étudiant les traditions savantes indiennes, nous avons pu dégager certaines spécificités :

Le but ultime est la transformation du Soi, pas de la nature

La quête de la réalité ultime prend le pas dans l’Inde classique sur la quête de connaissance empirique, qui reste sous l’empire de la maya (l’illusion). L’objectif du savoir –śastra- a pour but d’améliorer les qualités de l’esprit. Les spéculations de l’âge classique ont pour finalité la libération (mokṣa) qui s’exprime en une prise de conscience radicale de la nature véritable du sujet, de son identité fondamentale (Raina 2003) ). « La philosophie indienne fournit des informations sur la structure mesurable et les pouvoirs de la psyché, elle analyse les facultés intellectuelles de l’homme et les opérations de son esprit, elle évalue les diverses théories de l’entendement humain, établit les méthodes et les lois de la logique, classifie les sensations, étudie les procès par lesquels les expériences sont perçues, assimilées, interprétées, comprises. Son souci majeur en contraste frappant avec les préoccupations des philosophes modernes en Occident a toujours été, non d’informer, mais de transformer : changer radicalement la nature de l’homme et, en même temps, rénover sa manière de comprendre le monde extérieur et sa propre existence, transformation aussi complète que possible, qui aboutira, si elle réussit, à une totale conversion, à une renaissance » (Zimmer 1978 p38). Il y a davantage une recherche de maîtrise de l’esprit que de volonté de maîtriser la nature. Le savoir perçu par les sens n’est pas la réalité, et il faut lever le voile de la māyā– l’illusion des sens- pour arriver à la Vérité. L’illusion, avidyā est ignorance ou méconnaissance.

Un savoir préexistant

Dans les traditions classiques, le savoir peut être obtenu uniquement par la perception, l’imagination, la déduction et l’intuition, sans éprouver le besoin d’inventer des instruments matériels dépendants des sens. D’après S. Pollock (1985), en Inde, le savoir est considéré comme préexistant, tout est contenu dans les textes védiques, le śāstra. D’après Raj (1988), le concept védique de “savoir” est statique, car il s’agit de « voir », plus que de développer une connaissance.

Commensurabilité conscience-matière

La majorité des traditions de pensée indiennes accordent une partie non matérielle à la conscience. Pour l’anthropologue de l’Inde M.K. Mariott « les sciences hindoues généralement postulent un non-élément – le processus omniprésent, réflexif, immatériel, constant, généralement insinué comme «soi» ou «âme» (brahman, atman), ou «conscience» (purusa). Sa fonction de conscience passive, totale est normalement disponible pour tout humain libéré du monde fluctuant des substances » (1990 p15). Dans la pensée Jaïna, la matière n’est pas le seul composé existant (astikâya). Les autres réalités espace, temps, mouvement et repos, ainsi que l’âme sont des composés (Masson 1925). Enfin, dans le shivaïsme du Cachemire, non seulement la « conscience » fait partie intégrante de l’univers, mais elle en est le substrat (Poggi 2012).

Si la matière et la conscience rentrent dans deux catégories bien distinctes, elles peuvent aisément se mélanger, bien plus que le corps et l’âme de la tradition judéo-chrétienne. Le Nyāya-Vaiśeṣika s’évertue à décrire les composés et qualités des éléments du monde, qu’ils soient matériels, spirituels ou ontologiques (temps, espace, etc.) (Rabourdin 2012). Les 4 éléments s’élargissent au nombre de 9, dont l’âme et l’esprit. Cet exemple est caractéristique de l’absence de rupture qui existe entre sujet-objet, intérieur-extérieur, conscience-matière. Les deux mondes matériels et immatériels s’interpénètrent même s’ils ne sont pas connaissables par les mêmes outils.

Pour le philosophe et orientaliste, Masson-Oursel, ce qui particularise le plus foncièrement la pensée indienne, même encore aujourd’hui, « c’est un postulat de pénétrabilité universelle » entre les éléments de l’esprit et ceux de la matière. « Remarquons, explique Masson, que si cette théorie nous déroute, c’est parce que nous autres Européens sommes obsédés par le préjugé d’une opposition complète entre corps et âme, étendue et pensée – préjugé, soit inexistant, soit beaucoup moins incrusté dans la mentalité indienne » (Masson-Oursel 1925 p344). Une telle conscience est, bien sûr, l’objet d’une abondante littérature spéculative, mais a seulement commencé à être un foyer d’ethnographie (Marriott 1992).

Importance de l’ordre et de la classification

Il est incontestable qu’il existe en Inde une grande tradition de classification. La pensée indienne classique n’a eu de cesse de classifier, ordonner, ranger les éléments du monde. Le domaine de la matière comprend les quatre éléments (bhūta) – eau, air, terre, feu-, mais également parfois d’autres éléments non matériels comme ākāśa, le temps, l’âme ou l’espace, les facultés sensorielles et les objets de ces facultés comme le visible, l’audible, le tangible, etc. On trouve trois «énergies» (guṇa), trois constituants (doṣa) déterminant la nature physiologique d’une personne, trois + un buts de l’homme (puruṣārtha), quatre «classes» (vara), quatre “étapes” (āśrama), cinq «sens» (indriya), cinq «gaines» (kośa), six «saveurs» (rasa), salé, sucré, aigre, doux-amer, amer, épicé les neuf sortes d’émotions (blāva), trois sortes d’humeurs  (datu): flegme, bile, vent, etc. La figure 3 montre un autre exemple de classification, décrivant la palette des phénomènes existant dans l’univers, en fonction de différents types de critères (qualité, substance, mouvement, etc.). L’usage des classifications, comme l’a expliqué Filliozat, est beaucoup basé sur l’analogie.

La pensée en relations

Dans la logique gréco-latine dont l’Europe a hérité, la connaissance procède d’un mouvement allant du particulier au général. Dans cette économie du savoir, les choses, les faits physiques, les êtres vivants sont classés en fonction d’un principe de division systématique (par exemple, la famille, le genre, l’espèce) conduisant à une abstraction de plus en plus grande et à un nombre de catégories de plus en plus restreint (Ramanujan 1989). L’appréhension des objets de manière de plus en plus isolée, de manière à conduire à des formes plus simples d’analyse, est ce qui s’appelle aujourd’hui le réductionnisme, c’est un principe réduisant la connaissance des ensembles à la connaissance des parties. Au contraire, pour les penseurs indiens de l’époque classique, l’objectivation du monde consiste à multiplier les relations. Ainsi, en Ayurveda (science de la longévité), les critères de mise en ordre du vivant sont des séries de saveurs, de qualités, d’actions thérapeutiques ou pathogènes. Dans cette tradition savante, « la taxinomie est incluse dans la pharmacie, celle-ci étant à son tour subordonnée au jeu complexe des saveurs (rasa) et des vertus curatives. Et le discours ayurvédique a pour objet la science des combinaisons entre toutes ces propriétés » (Zimmermann 1982). L’anthropologue Marriott, en classifiant la catégorie indienne de savoir, explique  que la «miscibilité est une propriété générale du monde hindou » (Marriott 1990 p19) il suggère que toute entité se trouve non auto-suffisante, incomplète quand elle est liée à elle-même, et dépendante pour ses qualités et processus des échanges avec les autres. Dans le monde hindou, tout est connecté parce que « toutes choses, même considérées comme immatérielles telle que le temps ou l’espace affectent les autres choses » (p22). Les connaissances spécifiques sont reliées aux ensembles dont elles font partie, c’est ce qui correspond à une approche systémique. Pour le NyāyaKandali, 2 n’est ainsi pas la somme de 1 +1 mais constitue « un tout indépendant » (nous retrouverons d’ailleurs cette idée plus loin en mécanique quantique, mais nous verrons que les physiciens indiens n’y souscrivent pas davantage que les physiciens français, cf. p221).  L’idée d’interconnexion est sous-jacente à la notion indienne de ṛta, que nous avons vue plus haut, qui représente un agencement cosmique sous la forme d’une roue et d’un tissage (Siburn 1989). Les philosophies indiennes ont toutes admis un principe coextensif à la totalité de l’être (vibhu), une sorte de jointure. C’est un agent de connexion intégrale, soit omniscient, soit omni-pénétrant. Le cinquième élément – ou plutôt le premier- Ākāśa  (Rabourdin, 2012) ou bien prāṇa est une énergie vitale universelle qui imprègne tout, et que les êtres vivants absorbent par l’air qu’ils respirent.

Zimmermann (1979) montre que dans les textes médicaux indiens, le corps est un lieu de rencontre, une conjonction d’éléments, ils ont une physiologie, mais pas une anatomie. Bien que « les relations » soient universelles dans la pensée humaine, leurs logiques n’ont pas été uniformément perçues et développées. Les Indiens ont régulièrement théorisé sur les relations d’ordre  en grammaire, en musique, ou dans les autres disciples, en décrivant les phénomènes facilement avec la permutation des symboles verbaux ou algébriques (Marriott 1990).

La connaissance est locale et contextuelle

Ce qui frappe dans l’ensemble des traditions savantes indiennes, c’est l’importance accordée au contexte. Toute connaissance s’inscrit dans un contexte. Cette règle ne se traduit pas par une incapacité à tirer des règles générales à partir du particulier, de cas concrets, mais par le fait que cela ne leur paraît ni sensé ni instructif (Kakar et Kakar 2007). Un tel accent omniprésent sur le contexte est, estime Ramanujan (1989), lié à la préoccupation hindoue de la jāti -la logique des classes, de genres et d’espèces, dont les jāti humains (castes) sont seulement un exemple. Diverses taxinomies de saison, paysage, temps ou qualités (et leurs bases matérielles), les goûts, les personnages, les émotions, les essences (rasa), etc., sont la base de la pensée travaux de la médecine, de la poésie, de la cuisine, de la religion, de l’érotisme ou de la magie. Les traditions savantes hindoues, bouddhistes, ou jaïna s’intéressent prioritairement à l’étude des classes ou essences (jāti). Ils n’abordent jamais la question de savoir s’il existe des universaux d’autres types (Dravid 1972 p347). D’après (Marriott, 1990) les différents états intermédiaires imparfaits et inconstants sont caractéristiques des modes de pensée indiens, et donc « les processus, les états intermédiaires, plutôt que les structures fixes ou polarisées, sont à la base de tout »

D’après Sarukkai, pour les logiciens indiens, l’enjeu principal était de rendre la logique scientifique c’est-à-dire que les déclarations logiques doivent répondre à des considérations empiriques, contextuelles. Au contraire, la logique dans la tradition occidentale s’extrait des problèmes empiriques (2005 p13).

Le même genre de sensibilité au contexte s’affiche dans le domaine médical. Pour ne pas être malade, il faut vivre en harmonie avec son environnement qui est constamment changeant. Il faut donc connaître et s’adapter à son contexte. De même, dans la prescription, il n’y aura pas de remède général pour un symptôme donné, mais un remède pour chaque cas singulier, qui dépend de la typologie de l’individu malade. Si un traitement échoue, il ne perd pas foi pour autant dans son efficacité, le jugeant simplement non adapté à la circonstance (Kakar et Kakar 2007).

La connaissance est subjective

Dans l’Inde classique, la connaissance directe est valorisée car toute connaissance passe par un connaisseur. Le contexte est différent dans chaque expérience de connaissances. Cette priorité donnée à l’expérience directe est quelque chose de très spécifique à l’Inde classique et qu’on ne retrouve pas, par exemple, dans la pensée aristotélicienne. Si la connaissance est contextuelle, il semble logique qu’elle dépende aussi de l’observateur qui cherche à connaître, car, lui-même fait partie du contexte. Tout en cultivant l’art de la logique et l’administration de la preuve rationnelle, les penseurs indiens reconnaissent l’expérience personnelle (anubhava) comme l’une des trois sources de connaissance vraie aux côtés des textes révélés et de la parole du maître (Flliozat 1957). Ainsi, Abhinavagupta, savant et philosophe cachemirien (Xe XIe s.), déclare-t-il dans son commentaire aux versets d’Utpaladeva que la plus importante des trois est sans contexte l’expérience (Poggi 2012). Cette revendication de la valeur de l’expérience vécue tient une grande place dans l’histoire des traditions savantes indiennes. Il y a une grande différence entre les lois de Kepler et la connaissance d’Abhinavagupta : les premières expriment un fait qui existe préalablement à son découvreur et indépendamment de lui, la seconde note une connaissance qui n’existe pas sans son auteur, qui lui appartient en propre et relève de lui a jamais. La connaissance d’Abhinavaguptha est ce qu’il pouvait vivre et dont il pouvait rendre compte. L’objet est intimement lié au sujet qui l’observe (Filliozat, 1957).

Hétérodoxie : complémentarité des savoirs et scepticisme

Les sources de la connaissance valide s’appuient sur une démarche argumentative et dialectique.  « De fait la remarquable vivacité de la tradition de la dialectique peut être perçue dans toute l’histoire de l’Inde, même lorsque des conflits et des guerres ont suscité de terribles violences » estime F. Chenet (2013). Cette ouverture, nous la nommons hétérodoxie ou inclusivisme. C’est Paul Hacker qui en 1957 introduisit le concept d’inclusivisme. Il s’agit d’un concept qui exprime l’acceptation d’une pluralité de vérités. À l’inverse de l’exclusivisme qui n’accepte qu’un seul chemin de vérité et place tous les autres dans l’erreur. Les grands historiens de l’Inde comme Halfbass ou Oberhammer ont beaucoup discuté sur l’inclusivisme indien, sa capacité à intégrer de nouveaux dieux, nouvelles sciences, nouvelles cultures. Ils estiment dans l’ensemble que c’est un trait de civilisation du sous-continent indien. En médecine, les dizaines de modes de guérison (alimentaire, médicinal, religieux, magique, astrologique) appliqués à une maladie sont parfois appelés «pluraliste» par les observateurs appliquant les distinctions occidentales (Beals 1976); cependant un patient indien peut essayer tous les modes, pour impliquer les différents niveaux de réalité tels que le rapportent les nombreuses études anthropologiques et cliniques (Egnor 1983). Il existe une multitude de langues en Inde (325 langues parlées, 22 langues officielles), chaque individu en parlant au moins deux et en comprenant au moins quatre. Les formes religieuses sont extrêmement variées, même si la plupart peuvent se regrouper sous le vocable de « religion hindoue » qui a assimilé beaucoup d’éléments différents. Elle a souvent acclimaté les idéologies extérieures, cultes locaux ou étrangers. Il n’y a pas un texte sacré, comme dans les religions monothéistes, mais beaucoup de textes, beaucoup de Dieux, etc. « Fondamentalement, affirme Michel Hulin, il y a cette idée qu’on ne peut imposer sa loi à autrui. Grande différence avec l’occident, il n’y a jamais eu quelque chose qui ressemble à l’inquisition ou à l’hérésie en Inde. Les gens ont toujours pensé ce qu’ils voulaient. Il n’y a pas d’orthodoxie, seulement une orthopraxie, l’obligation de faire ce qu’il convient dans chaque situation » (Hulin 2009). On voit dans l’impressionnante pluralité religieuse souvent davantage une source de superstition qu’une invitation au scepticisme (Sen 2006). Pour continuer à vivre dans une telle diversité, il faut accepter les autres formes de pensée, invitant par là le scepticisme. Cela ne veut pas dire qu’on ne trouve pas de dogmatisme dans l’histoire indienne. Dans son ouvrage sur l’hindouisme et le bouddhisme, Max Weber écrit que « Non seulement il existe des cas d’exclusion, mais l’attitude conciliatrice répond à des stratégies visant à garantir la survie d’un savoir et des spécialistes qui le pratiquent » (Weber 2003, p16). Certes, l’hétérodoxie n’est pas allée sans dogmatisme dans l’histoire de la pensée indienne. Néanmoins comme l’écrit A. Sen, « nier l’importance de l’hétérodoxie interdit de comprendre convenablement l’héritage intellectuel de l’Inde moderne » (2006 p45). « Sans le scepticisme, on aurait le plus grand mal à comprendre l’histoire de la culture indienne »

Voici un résumé à grands traits des spécificités des traditions savantes indiennes.

Article écrit par Sabine Rabourdin


[1] Pour arriver aux 365, 25 jours de notre année actuelle, ils ajoutent les jours manquants tous les 5 ans.

[2] Le Praśastapāda Bhasya décrit la formation des corps physiques à partir des atomes (aṇu) à travers les dyades (dvyānuka) et les triades (tryaānuka) par une série de causes à effet. La position des atomes est fonction de la qualité des corps.

[3] Kapil Raj, séminaire EHESS, Paris, février 2012.

[4] Cité dans Ahsan Jan Qaisar, « The indian response to european technology and culture » (AD 1498-1707) p10  in (Varma 2005 p188)

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Devenir superconscient ?

Quelques réflexions autour de l’ouvrage de Joe Dispenza (2017) et deux exercices à mettre en pratique

Voici un retour sur le livre de Joe Dispenza “Devenir superconscient”, dont le titre français n’est pas des meilleurs mais qui concerne des sujets passionnants tels que l’équilibrage de l’énergie et de l’information dans le corps et le cerveau. J’ai décortiqué certains passages pour vérifier leur cohérence avec l’état des connaissances en science, neuroscience et ma propre expérience théorique et pratique du yoga. Certains passages font des raccourcis peu rigoureux, mais globalement, il y a un message et une analyse riche et constructive, avec des techniques qui méritent d’être expérimentées. Je souhaite quand même indiquer que ces techniques ne sont pas sans effet, et méritent d’être encadrées. Malgré le ton « à l’américaine » du livre (avec des récits de succès et de la promo pour ses séminaires), j’en conseille la lecture. Voici ma propre interprétation de ce livre pour les pages 104 à 130 qui concernent les centres énergétiques et les ondes cérébrales, ainsi que des compléments.

Passer des ondes bêta aux ondes alpha pour accéder au subconscient et au système nerveux autonome

Dans les années 70, le docteur en psychologie Les Fehmi s’est aperçu que le moyen le plus efficace de faire passer le cerveau des ondes beta (pensée courante), aux ondes alpha (détente, créativité, subconscient) consistait à demander aux gens de prendre conscience de l’espace ou du néant en ayant une attention ouverte. La tradition bouddhiste utilise cette méthode depuis des centaines d’années (par exemple la méditation Body space and awarness, Mingyour Rinpoché, voir mon article dédié).

En élargissant l’attention pour percevoir l’information plutôt que la matière, les ondes cérébrales ralentissent et passent de beta en alpha (du mental au ressenti) (pour mieux comprendre les ondes cérébrales voir mon article sur le sujet).

Lorsque les ondes cérébrales du néocortex ralentissent (de beta, elles deviennent alpha) la frontière (le mental analytique) entre le cerveau pensant et le subconscient s’ouvre.

Figure 1 : Un des buts de la méditation est de transcender le mental analytique qui sépare le mental pensant du subconscient.

Accéder aux systèmes de gestion des centres énergétiques du corps grâce à la méditation

La proposition de Joe Dispenza est d’agir sur les centres énergétiques du corps (les roues/carrefours énergétiques ou « chakras » dans les traditions orientales) pour les réharmoniser et supprimer les blocages porteurs d’instabilité, de mal-être et de maladies.

  • Un des moyens d’accéder à ces centres est de ralentir les ondes cérébrales (passer de bêta à alpha) pour accéder au système nerveux autonome et au subconscient.
  • En méditant sur l’espace situé autour des centres énergétiques, on parvient à accéder à l’information générée par ces centres.
  • Le fait de porter une attention ouverte et bienveillante dessus rendrait ce champ d’information plus ordonné, plus cohérent (ondes en phases), ce qui activerait les organes, tissus et cellules de la zone correspondante, produisant les hormones propres à chaque centre.

Le fonctionnement des centres énergétiques

Chaque centre énergétique (chakra) est un centre d’informations. Chacun est associé à une ou plusieurs glandes, à des hormones et à un réseau neuronal. Un centre énergétique est une sorte de mini-cerveau même si ce qui s’y passe échappe en partie à votre conscience.

Quand chaque centre s’active, cela provoque une succession de réactions hormonales, tissulaires, chimiques et cellulaires : il émet alors de l’énergie. Votre corps se modifie et donc votre énergie aussi.

Un centre s’active lorsque vous avez une pensée, une émotion ou une envie spécifique. On peut considérer que les neuropeptides sont les molécules des émotions. Ils envoient des signaux aux centres hormonaux qui activent les glandes correspondantes.

  • Par exemple, si vous avez une pensée d’ordre sexuelle, il y a alors d’avantage d’énergie dans le chakra correspond (pour Joe Dispensa, il s’agit du premier chakra, mais dans la tradition, il s’agit du second, le plexus sacré (svadistana)). Les glandes correspondantes secrètent alors des substances chimiques et des hormones : votre organisme vous prépare émotionnellement à avoir des rapports sexuels. En résumé, le mental cérébral influence le réseau neuronal du centre correspondant, et agit au niveau subconscient par l’intermédiaire du système nerveux autonome. Vous émettez alors à l’extérieur de ce centre une énergie très spécifique, une énergie propre à une personne animée d’un vif désir sexuel (que l’entourage peut alors percevoir !).
  • Il en est de même avec le centre énergétique associé au plexus cœliaque ou plexus solaire (manipura chakra). On peut dire de lui aussi qu’il est un mini cerveau aussi, il est même appelé le deuxième cerveau en raison des centaines de millions de connexions neuronales qui s’y trouvent (chiffre supérieur à celui de la moelle épinière ou du système nerveux périphérique). 95% de la sérotonine (l’hormone du bien-être) se trouve non pas dans le cerveau mais dans les intestins. Et quand on écoute son instinct, c’est comme si on pouvait contourner son mental analytique. Ce centre se trouve au niveau du creux de l’estomac. Il gouverne l’intestin grêle, l’estomac, la rate, le foie, la vésicule biliaire. Les hormones associées comprennent l’adrénaline, le cortisol, les enzymes stomacales, hépatiques, etc. Ce centre est associé aux pensées et émotions liées au pouvoir, au contrôle, à la domination, à l’esprit de compétition, l’estime de soi et l’attention dirigée. Quand il est équilibré, vous vous vous servez de votre volonté pour surmonter les difficultés. Il s’active lorsque vous percevez une insécurité ou lorsque vous voulez obtenir ou maîtriser quelque chose. Par exemple, si vous pensez que vous êtes colérique, ou si une pensée vous énerve, les neurotransmetteurs envoient l’information commencent à influencer les neuropeptides qui envoient l’info au système hormonale lié à votre 3ème centre (manipura, plexus solaire). Il secrète les hormones correspondantes et immédiatement vous vous agacez. Il émane alors de vous et en particulier de votre 3ème centre, une signature énergétique spécifique, une fréquence particulière porteuse du message suivant : « qu’on m’envoie une autre raison d’être en colère ! ». Et vous restez enfermé dans cette boucle psycho-émotionnelle.
  • Qu’en est-il de votre plexus cardiaque (anahatha chakra) ? Le cœur a une fréquence, des hormones, des émotions qui lui sont propres. Lorsqu’il prend le dessus, vous avez tendance à être plus à l’écoute, bienveillant, inspiré, altruiste, compatissant, ouvert, confiant… Il se situe derrière le sternum. Il gouverne le cœur, les poumons et le thymus (l’une des principales glandes immunitaires). Les hormones associées sont l’hormone de croissance, l’ocytocine, ainsi qu’un ensemble de plus de 1400 substances chimiques stimulant le système immunitaire par l’intermédiaire du thymus. Les trois premiers centres tournent autour de notre survie. Dans le quatrième centre, on passe de l’intérêt égoïste et de la survie au désintéressement, à l’amour, la bienveillance, la gratitude, la confiance. Quand il est équilibré, on cherche à œuvrer pour le bien d’autrui, en coopération. Quand ce mini-cerveau reçoit des informations, il envoie des instructions et des messages aux organes et tissus situés dans cette partie du corps et vous vous mettez à émettre de l’énergie d’amour.
  • Le cinquième centre énergétique se situe au niveau de la gorge (vishudda chakra). Il régit la thyroïde et les glandes salivaires notamment. Les glandes thyroïdiennes régissent le métabolisme du corps. Il est associé à l’amour ressenti dans le 4ème centre, ainsi qu’à la communication sincère, le langage et les sons. Lorsqu’il est équilibré, on peut exprimer nos vérités avec amour. On est heureux de partager nos pensées et sentiments.

L’idée est de nous servir de notre énergie pour autre chose que notre seule survie. Que se passe-t-il si, au lieu de diriger toute cette énergie vers l’extérieur (afin de procréer, de digérer, de fuir un danger) nous commençons à faire régulièrement monter une partie de cette énergie vers le centre suivant ? Pour que les premiers centres sont harmonieux, il faut se sentir suffisamment en sécurité (1er centre), triompher de nos difficultés (2ème), nous sentir plus libres et satisfaits (3ème). Alors nous pouvons éprouver un amour plus authentique à l’égard de nous-même et d’autrui (4ème), l’exprimer et le partager (5ème) ce qui nous permet de soulever le voile de l’illusion…

Mais trop souvent, les évènements et la manière dont nous y réagissons bloque l’énergie dans les centres associés à vos problématiques. Les émotions et l’énergie demeurent bloquées dans ces centres et nous ne pouvons évoluer.

Les blocages dans les centres énergétiques en lien avec les maladies

Par exemple, si une personne a tendance à être dans le contrôle, à dominer les autres, à être en colère, à rivaliser excessivement, à faire preuve d’amertume, son énergie se bloque dans le troisième centre. Elle ne pourra pas ouvrir son cœur et ressentir de l’amour et de la confiance. Si une personne a peur d’exprimer ses sentiments, son énergie est certainement bloquée dans le 4ème centre. Mais lorsque l’énergie se bloque c’est plus souvent dans l’un des trois premiers centres. Alors elle ne peut évoluer et s’écouler en continu vers les centres supérieurs qui nous permettent d’éprouver la joie de vivre et d’avoir envie de partager. La méditation de circulation des centres énergétiques (j’ai changé son nom) a pour but de refaire circuler correctement l’énergie.

Si nous nous contentons de survivre et en nous adonnant aux excès en matière de sexualité, de consommation et de stress (3 premiers centres), nous puisons dans notre champ énergétique global et cela diminue la fréquence de l’énergie transmettant des informations vitales au corps. Des maladies peuvent s’ensuivre. On pourrait dire que, du point de vue énergétique, toute maladie est une diminution de fréquence et un message incohérent.

Une personne prise dans la culpabilité ou la victimisation et qui s’accroche aux émotions du passé souffre constamment et dépense un excès d’énergie en provenance de son deuxième centre. Ou encore, une personne qui aime trop contrôler les choses ou qui est trop stressée s’alimentera trop en énergie dans le champ qui entoure son troisième centre. Son énergie fait du surplace. Sa conscience aussi. Dans ces situations de blocages énergétiques, le champ énergétique de la personne diminue et le corps ne peut procéder à une bonne régénération. Les centres énergétiques ne produisent et ne reçoivent plus l’information appropriée à l’équilibre.

Joe Dispenza assimile les informations et l’énergie produite par les centres énergétiques à des ondes. Il parle d’ondes cohérentes et inconhérentes. J’ai, pour ma part un peu de réticence à ce raccourci, ayant été physicienne. Je pense que ces centres produisent certes des ondes (les cellules vibrent et rayonnent donc, il est bien question de champ électro-magnétique émis), mais les sources (cellules) sont tellement multiples et complexes que je ne vois comment elles peuvent émettre des ondes cohérentes entre elles. Peut être peut on parler de tendance à avoir des ondes plus cohérentes globalement dans un plexus concerné. Mais parle-t-on alors de cohérence spatiale ou temporelle ? Mettons que ce soient les deux.  S’il y a un point qui semble logique c’est que l’énergie est plus haute lorsque des ondes sont en cohérences, leur niveau d’énergie est plus élevé car l’amplitude des ondes en phases augmente proportionnellement. (rappel de physique : Pour 2 sources indépendantes, l’intensité du rayonnement produit en M est la somme des intensités que chaque source produit en ce même point  : I=I1+I2.  Pour 2 sources cohérentes, l’intensité produit en M s’écrit I=I1+I2+2√I1I2cosΔϕavecΔϕ=2πλ(L2−L1)=2πλδ ).

Si l’on s’extraie de la physique et que l’on revient au ressenti, il paraît logique de considérer que lorsqu’une personne est soumise au stress (ou d’autres excès tels que ceux évoqués plus haut), le système nerveux émette des messages plus incohérents que lorsque la personne est posée et calme. Et cela peut en effet rejoindre la théorie de Joe Dispenza qui dit qu’alors les centres énergétiques, sortes de mini cerveaux, reçoivent des informations incohérentes ce qui affecte la conductivité nerveuse et l’expression hormonale dans les différents organes, sources de déséquilibres ou des maladies dans ces zones.

Exercice pour dissoudre les blocages énergétiques et élever son énergie

En plaçant votre attention sur ces zones du corps que sont les centres énergétiques, le cerveau passe en ondes alpha et est plus réceptif aux activités inconscientes qui s’y déroulent.

De même en plaçant votre attention sur ces centres, l’énergie suit. Là où va la conscience, va l’énergie écrit Joe Dispenza.

Puis l’idée est de placer son attention sur l’espace qui entoure ces centres énergétiques. Là encore, de ce que j’en comprends, l’intérêt est de passer en ondes alpha. Pour Joe Dispenza, placer l’attention sur l’espace autour de ces centres permet d’induire des ondes cohérentes (mais comme on l’a vu plus haut, je ne suis pas tout à fait en phase avec cette explication, même si je trouve l’exercice très intéressant par ailleurs). Pour lui, une fois que le champ énergétique autour d’un centre devient cohérent, alors ce dernier reçoit les bonnes instructions. Et une énergie plus élevée y circule. Il s’agit pour lui d’amplifier le champ lumineux et la puissance du signal autour de ce centre. Il propose d’utiliser les émotions pour amplifier ce champ. Car une émotion véhicule une énergie, et plus cette émotion est élevée (amour, gratitude, etc.), plus l’énergie qu’elle véhicule est élevée.

Pour que cela fonctionne, il faut basculer en ondes alpha ou même thêta grâce à la méditation, plus ce sera efficace car vous accédez au système nerveux autonome.

Donc, l’exercice consiste à

Ralentir les ondes cérébrales + Y associer une énergie élevée

Ce qui se fait par :Ralentir les ondes cérébrales pour accéder au système nerveux autonome + augmenter l’énergie et l’information

=

Ressentir les centres énergétiques et mediter sur l’espace autour + associer une émotion élevée (amour, gratitude, etc.)

Attention sur le champ entourant le corps

Détente 15 min (intégration)

Exercice de reconditionnement du corps et du mental (et d’ascension de l’énergie dans les centres énergétiques)

Joe Dispenza part du principe que ce sont les 3 premiers centres qui sont le plus souvent problématiques (ils absorbent tout l’énergie et la bloquent) pour la plupart des gens (et du coup, les autres centres ne sont pas innervés correctement).

Il s’agit de faire s’élever le liquide cérébrospinal le long de la colonne, à l’intérieur du système nerveux central.  Ce liquide agit comme un conduit propice aux charges électriques dans le système nerveux.

Pendant la respiration, le mouvement du sacrum (presque imperceptible) ainsi que l’ouverture des sutures crâniennes, propagent une onde dans le liquide cérébro-spinal qui est lentement pompé vers le haut de la colonne (dans une respiration quotidienne il faut 12 h pour accomplir tout le circuit, donc le cerveau est purgé 2 fois par jour).

En contractant les muscles dans les 3 premiers centres énergétiques, le liquide s’élève.

Figure. Joe Dispenza, Devenir Superconscient, Guy Trédaniel Editeur (2017),
p 144

Cet exercice est assez connu en yoga, il consiste à « faire monter » la kundalini, l’énergie stockée dans les premiers centres énergétiques. Joe Dispenza propose une variation sur la respiration, mais l’idéé est la même. Voici sa proposition :

  • Assis le dos droit, mains sur les genoux.
  • Inspirez et
    • contractez le périnée (plancher pelvien) + les muscles du bas du tronc + les muscles de la partie supérieure de l’abdomen
    • Posez l’intention de faire remonter l’énergie de ces centres jusqu’au sommet du crâne.
    • Faîtes remonter la respiration le long de chaque centre progressivement.
  • Une fois atteint le sommet de la tête, retenez votre souffle et maintenez votre attention à cet endroit, les muscles du bas du corps toujours contractés. Tenez 10 sec.
  • Relâchez sur l’expiration.

Pratiquez sur une musique inspirante qui dure entre 4 et 7 minutes.

Puis concluez avec la première méditation pour dissoudre les blocages.

Cette énergie qui remonte jusqu’aux centres supérieurs vous pouvez l’utilisez pour guérir votre corps ou créer quelque chose de nouveau au lieu de vous contenter de survivre.

Grâce à cette circulation, votre corps a intensifié son champ énergétique. Vous avez recrée une polarité entre le haut et le bas du corps.

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Émotions et yoga

Les émotions font partie intégrante de la pratique du yoga. On est invités à les observer comme toute autre expression corporelle ou mentale, qui se manifeste pendant la pratique. D’autant qu’elles sont souvent des obstacles à notre clarté mentale et au bien-être corporel recherché. Mais pour bien les observer, il est utile d’être un peu à l’aise avec leurs caractéristiques et ce qu’elles révèlent.

Émotions, sentiments, humeur ?

Émotion : c’est une séquence émotionnelle rapide. Elle peut durer vingt millisecondes. Elle commence par un stimulus ou déclencheur, traverse ensuite le corps, entraînant des réactions physiologies et un comportement réactif, le plus souvent la fuite, l’attaque ou l’immobilité. Puis la pensée surgit, et lorsque la vague émotionnelle se retire, on peut identifier l’émotion.

Sentiment : il correspond à votre expérience subjective ou personnelle d’une émotion ou d’une sensation : « Je suis triste » ou « J’ai mal ». Le Petit Robert propose comme définition « état affectif complexe, assez stable et durable, lié à des représentations mentales ». Le sentiment mêle émotions et pensées, et persiste en l’absence d’un stimulus ou déclencheur.

Alors que l’émotion est de courte durée et passe par le corps, le sentiment et durable et stable, il passe par la pensée, il est une forme de rationalisation. Après avoir ressenti une émotion, on éprouve au fond de soi un sentiment qui lui serait associé. Ainsi l’accumulation d’émotions pénibles provoque un sentiment de tristesse, voire de déprime. Une succession d’émotions joyeuses procure un sentiment de bonheur.

Humeur : c’est un état mental (ou état d’esprit) à un moment donné. Elle dure plus longtemps qu’un sentiment. Elle peut durer des jours entiers. Les émotions ont un déclencheur facilement identifiable, l’humeur fait référence à une tonalité affective qui envahit la personne.

Ces définitions sont inspirées de “L’intelligence émotionnelle pour les nuls” de S.J Stein et F.Dorn p74

Émotions primaires dans le monde

Paul Ekman, anthropologue et psychologue à l’université de Californie à San Francisco, a répertorié six émotions de base ou émotions primaires, innées, c’est-à-dire préprogrammées génétiquement : la joie, la colère, la tristesse, la peur, la surprise, le dégoût. Chacune correspond à une mimique particulière du visage et joue un rôle crucial pour assurer notre survie.

Pour élaborer sa théorie, il a parcouru le monde des États-Unis au Japon en passant par le Brésil, l’Argentine, l’Indonésie et la Nouvelle Guinée où il a rencontré les peuplades isolées sans accès aux médias. Il a isolé six familles émotionnelles grâce à des séries de photos : « une émotion de base doit s’exprimer par des changements physiologiques propres, être associée à des évènements déclencheurs universels, apparaître spontanément, de façon rapide et sur une courte durée, être évaluée automatiquement, entraîner des images, des pensées, ou des sensations spécifiques. ». 

Des émotions plus ou moins intenses (chaudes ou froides) et qui vous empêchent plus ou moins d’agir

L’émotion est un signal qui nous oriente vers les actions à mener pour satisfaire nos besoins. Mais quand l’émotion est trop forte (on dit qu’elle est chaude), elle nous empêche d’y voir clair et nous accapare trop, elle entraîne vos pensées et votre humeur dans une tornade au lieu de vous informer sur l’action à mener. Par exemple, la colère (émotion chaude) peut vous brouiller l’esprit alors que l’irritation (émotion froide) suffit à vous donner l’information sur votre besoin à satisfaire. Un enjeu est donc de transformer une émotion chaude en émotion froide, pour mieux l’observer.

Les émotions, des indices sur les motivations, résistances et besoins sous-jacents

  • La JOIE exprime un besoin de partage
  • La TRISTESSE exprime un besoin de réconfort
  • La PEUR exprime un besoin de protection
  • La COLÈRE exprime un besoin d’écoute et de changement

Observer les signes corporels

On peut apprendre beaucoup sur les émotions à partir des signaux corporels. Les joueurs de poker en sont des experts. Ils portent souvent des lunettes et une casquette pour dissimuler ces signaux. Ils appellent ces réactions Tells (tell, raconter en anglais), parce qu’elles en disent beaucoup. Hausser les sourcils, se gratter la tête… Par exemple, si quelqu’un donne des signes de mécontentement, il pourra paraître vulnérable et pris de faiblesse. Vous pourrez le comprendre et lui apporter votre soutien. Que traduisent une position en avant (l’intérêt) ou en arrière (la crainte), la raideur (gêne) ? Ces signaux vous aideront aussi à mieux cerner vos propres émotions selon les postures que vous adoptez.

Le vocabulaire émotionnel

Grâce à un bon vocabulaire émotionnel, vous aurez la possibilité de mieux cerner vos émotions et celles des autres, et vous permettez aussi à votre entourage de comprendre précisément votre message.

Comparez par exemple : « Je me sens très mal », à « Je suis découragé car cela fait 3 semaines que j’essaie d’attirer son attention ».

Pour percevoir, classer et comprendre avec précision ce que ressent une personne, vous devez être capable de décrire et de définir les diverses émotions qu’éprouve un être humain.

Voici une liste de divers émotions et sentiments pour vous aider à mettre des mots plus précis dessus.

AccablementIrrémédiableRejetSeul(e)Découragement
AmourAdmirationAmitiéAffectionSympathie
ApathieEnnuieImpatienceIndifférenceAmorphe
CharmeBontéTendresseDésirConvoitise
CompassionSentimentExcitationEnchantementSéduction
CrainteAppréhensionMéfiancePaniqueHystérie
CuriositéInsatisfactionRéserveSuspicionCourage
DéfaireMécontentementDouleurMélancolieAbandon
DépressionDéplaisirSouffranceSolitudeDésarroi
DésappointementMisèreAgonie  
ÉcrasementDétresse   
EmbarrasInvalidationConfusionInsultePénitence
Excitation    
ExcitationÉpuisementFragilitéRegretBravoure
ExtaseOptimisteTriompheAllégresseContentement
FierFerveurJovialHumourEnchanté
GaietéJouissanceJubilationSensationAmusant
HeureuxArdeurEuphorieSatisfactionSoulagé
HonteRemordHumiliationCulpabilitéRegret
IndécisionDominationCulpabilitéSoumissionDoute
IntérêtIrritationTimiditéPrudenceAudace
IntrigueRépugnancePudeurSursautDétermination
JoiePlaisirSatisfactionDélectationEntrain
Mortification    
NervositéEffroiTensionInquiétudeSecousse
PassionAffectionEngouementChaleur 
PitiéÉgarementMalheurAnxiétéInsécurité
SouciHorreurSaut d’humeurAnxiétéTerreur
StupéfactionIntimidationRéticenceImpuissantBougeotte
SurpriseAhurissementFeinteÉtonnementCompétent
TristesseNégligenceCafardChagrinDésespoir

Ne pas connaître ses émotions et leurs conséquences sur nos comportements, c’est être leur esclave.

Exercice pour laisser passer une émotion, et la regarder de manière plus sereine

Voici un exercice qui peut vous aider à générer une atmosphère calme et détendue plus à même de vous laisser observer sereinement vos émotions : imaginez-vous allongé sur le dos sur un nuage blanc cotonneux, en train d’observer les autres nuages au-dessus de vous. Vous vous sentez très bien et percevez la douceur des nuages qui vous entourent. Vous savourez la fraîcheur de la brise qui vous effleure. Vous entendez le léger sifflement du vent. Vous goûtez la douceur de l’air. Ressentez corporellement les émotions présentes en vous, et accueillez-les.

Article écrit par Sabine Rabourdin

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Les carrefours énergétiques du corps

Pourquoi les carrefours nerveux, énergétiques du corps sont-ils représentés par des symboles ?

Faute de pouvoir désigner directement la réalité, toutes les traditions ont eu l’ingéniosité de la suggérer à travers le langage des symboles (L’arbre de la terre au ciel,  H. Normand,p157). Mais globalement, en Inde spécifiquement, la classification concerne tous les aspects de l’existence (voir mon article sur mon carnet de recherche sur la science indienne ).

En fait le symbolisme autour des chakras fait partie d’un symbolisme bien plus large qui concerne tous les aspects de l’existence. Les canaux d’énergie qui circulent dans le corps sont relatifs aux cinq éléments (voire 9 éléments) qui composent la synthèse de la matière. Or ces éléments sont les constituants de tout ce qui existe, donc la correspondance est partout possible. Il est possible de développer les principes exposés dans le yoga de la kundalini sur tous les plans de perception : les sons, les couleurs, les chiffres, les symboles essentiels, etc. Ce qui est le cas dans la plupart des traditions religieuses où les implications des énoncés sont illimitées.

Les états de conscience, sont symbolisés aussi par les différents chakras. « De la base endormie au sommet pleinement éveille, se trouvent tous les états de conscience. » p 159 op cit

Une autre raison de cette forte présence des symboles dans la présentation des chakras est que ceux-ci ont une grande place dans le tantrisme. Or, les pratiques tantriques impliquent souvent des rituels, des mantras et des visualisations complexes, tout autant qu’une imagerie obscure et hautement symbolique et un langage (souvent érotique). L’origine du tantrisme est obscure mais sa thèse centrale est que le corps physique – avec ses défauts et sa tendance à décliner – peut être transformé en un véhicule pour la libération et un temple pour le divin ( 108 Gems for understanding Nâdî and Cakra – funky guru publication, 2008).

Il est important de comprendre que le Hatha Yoga dans sa conception du corps, avec les canaux subtils (nadis), ses centres le long de la colonne (cakra), son énergie endormie (kundalini), sa force vitale (prana), sa solaire (ha, surya, pingala) et lunaire (tha, candra,ida) imagerie, est tantrique dans son origine.

Bien que l’anatomie conventionnelle s’occupe de structures physiques, l’anatomie yogique est bien différente. C’est une carte de structures ésotériques conçue par la méditation profonde. Il est plus utile de voir ce modèle comme un réseau sous-terrain (comme les métros de Londres, Paris ou New-York) avec ses propres codes et représentations, plutôt comme un fac-similé des structures du corps humain.

Il existe différentes versions de cette anatomie yogique, des traditions anciennes suggèrent moins de chakras. Cependant le système de 6 (ou 7) chakras est devenu le modèle prédominant. Le texte qui décrit de manière la plus claire leur place et iconographie est Sat Cakra Nirupana, un texte du 16ème siècle traduit par Arthur Avalon en 1916 sous le titre « The serpent power ».

 « La Kundalini est considérée comme un arbre en raison de sa verticalité symbolisée par la colonne vertébrale, de ses racines, mûla, et de sa cime qui est représentée par un lotus, padma. Aux branches de l’arbre sont substituées des roues, chakra, des cycles ou des cercles qui marquent la progression et les différentes étapes de la vibration initiale. La sève de cet arbre symbolique passe par les courants, nâdi, qui circulent dans le tronc. » (Normand, p168)

« Théoriquement, il existe 72000 nâdî, ce qui apparaît comme une ramification semblable à celle du système nerveux. Le chiffre 72 (9×8) signifie symboliquement le passage (7+2=9) de tous les premiers chiffres (8) et « 1000 » a le sens de beaucoup. Le 9 n’est pas considéré comme un chiffre mais comme une transition. Il n’y a pas forcément de correspondance avec les méridiens chinois, mais des points de concordance. »
(L’arbre de la terre au ciel, op cit)

Article écrit par Sabine Rabourdin