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L’harmonie dans la nature, ça veut dire quelque chose ?

  1. Y-a-t-il encore sur cette planète des modes de vie, des manières de penser, des spiritualités, bref des sociétés qui soient équilibrées, harmonieuses, durables et que l’Occident n’a pas détruit ?

D’une certaine manière, toute société est équilibrée –même si c’est un équilibre instable- tant qu’elle survie. Le déséquilibre, s’il est durable, entraîne sa chute ! Je dis cela dans l’objectif de faire réfléchir au mot « équilibré ». Le mot harmonieux me semble convenir davantage. Car l’harmonie, par analogie avec la musique, sous-entend une vibration concordante. Donc, une société harmonieuse serait une société qui chercherait à s’accorder à une sorte de vibration avec la nature (même si parfois, cela se traduit par des actes de destruction !). Et oui, ce genre de relations me paraît avoir existé et exister encore en certains endroits. Les Aborigènes d’Australie, par exemple, pour qui le « Rêve » ou « Bugarrigarra » est une sorte d’harmonie que l’on peut percevoir en sommeil ou en veille, à laquelle on se relie, et pour lequel tout déséquilibre, comme l’exploitation d’une montagne, crée une sorte de ride, de sillon. Percevoir cette harmonie, nécessite d’être à l’écoute et non pas en posture de domination. Il faut ouvrir tous ses sens. Les anciens Indiens (d’Inde) nommaient l’équilibre de la nature du nom de « rita », qui a donné en français « rite », « rituel ». Les rituels avaient pour vocation de faire perdurer l’harmonie du cosmos. Chez les peuples indigènes contemporains, qui ont conservé leurs traditions, comme il y en a à Bornéo ou en forêt amazonienne, l’harmonie nécessite de respecter des formes de « rituels » de chasses, de cueillettes, qui sont en fait aussi des règles de préservation de la ressource, et de connaissance, de respect des espèces. Est-ce que l’Occident détruit ces traditions ? Difficile à dire car la notion même d’Occident est suspecte. Disons que ces traditions deviennent marginalisées et parfois dévalorisées, et du coup, effectivement ont tendance à disparaître, avec les sociétés qui les portaient. Rappelons qu’il existait des traditions occidentales qui avaient la même vocation. Il n’y a pas si longtemps, en France, il existait de nombreux rituels de ce type, comme l’illustre par exemple « Le Pain », ouvrage d’Elie Reclus, regorgeant de récits de rituels agricoles. L’idée même d’harmonie dans la nature s’est éclipsée des modes de pensée modernes, et c’est sans doute sur cela qu’il faut se questionner.

3) Il y a sur cette planète des relations sociales et des spiritualités qui amènent des points de vue totalement différents des nôtres. Quels sont les systèmes de reconnaissance dans lesquels vous vous reconnaissez, que vous avez adoptés et qui vous éloignent du rationalisme occidental ?

Est-ce qu’à des cultures différentes correspondent des rationalités différentes, comme le crurent Lévy-Buhl ou Sahlins ?  Ou, au contraire, la rationalité est-elle une qualité humaine communément partagée ? Par exemple, Durkheim estimait qu’un indigène, non initié à l’inférence causale, ne pouvait pas penser selon les principes de la biologie ou de la physique. Les savoirs-faire quotidiens, de pêche, d’élevage, etc. se construisaient néanmoins sur une rationalité issue de représentations théoriques sur le monde. (partie que l’on peut omettre)

Le rationalisme c’est l’usage de la raison. Et l’on peut, je pense, utiliser sa raison de manières très différentes. Ainsi, ce que l’on conçoit souvent comme un manque de rationalité, les rituels par exemple, sont, il me semble un autre type de rationalité. La question qui se pose est plus celle de l’efficacité. Si l’on accorde plus de crédit à la rationalité scientifique moderne, c’est qu’elle nous semble plus efficace par rapport aux problèmes auxquels on est confrontés qui sont souvent des problèmes techniques : monter des charges, transmettre des signaux, prévoir la météo, etc.

Mais si nos problèmes sont d’un autre ordre : sensibles, spirituels, etc. Alors, un autre type de rationalité peut se révéler plus efficace. Ainsi, dans mon cas, j’adopte et j’adhère à la rationalité scientifique occidentale lorsque je suis confrontée à des problèmes techniques, ou quand je procède à une recherche de faits et de synthèse, en sciences humaines aussi. Par contre, je me tourne vers d’autres rationalités quand je cherche à comprendre le sens profond des évènements ou des relations entre les êtres, les émotions, et quand je cherche à saisir ma place en ce monde. Les pensées traditionnelles de l’Inde me fascinent car elles proposent un autre mode de connaissance, où le but ultime est la libération. Dans cette tradition, le corps s’affiche comme un élément fondamental du savoir, et l’esprit est appréhendé dans ses multiples facettes, non limité à la simple rationalité. Il faudrait donner des exemples : le yoga, la médecine ayurvedique, les différentes philosophies et formes de logique. Bien sûr, il ne s’agit pas d’idéaliser les autres traditions, mais de voir en chacune d’elles ce qui manque dans la nôtre. Ainsi, l’approche réductionniste permet de d’étudier les parties, mais elle néglige la globalité, on le voit par exemple dans les spécialités médicales qui réduisent le corps à ses parties. Les peuples indigènes, malgré toutes leurs différences géographiques, culturelles, me fascinent aussi dans leur perception particulière du même souffle vital animant des espèces si différentes, et leur capacité à apprendre d’elles, à communiquer avec, à adapter leur comportement, leurs besoins. Là aussi, il ne s’agit pas d’idéaliser ces savoirs, mais les dévaloriser n’est pas davantage souhaitable. Ce qui est souhaitable, c’est une capacité d’ouverture. Et pour cela, il faut d’abord procéder à un bon balayage intérieur : décoller les œillères liées à notre éducation – ce qui dans mon cas, est toujours en cours !

Question : Dans toute notre histoire nous avons montré comme le dit Jacques Derrida « une difficulté à considérer l’étranger, l’autre ». Sans idéaliser les autres traditions il s’agit de les explorer et de comparer. Et c’est de cela que nous aimerions que vous nous parliez en puisant dans vos thèmes. Par exemple, les indiens Kogis ou diverses traditions indiennes d’Asie

Considérer l’autre, c’est s’autoriser une introspection sur soi. Si nous avons eu dans notre histoire, et si nous avons encore parfois des « difficultés à considérer l’autre, l’étranger », cela vient pour une part de notre difficulté à nous considérer nous même, à analyser notre propre culture non comme une norme, mais comme une variété parmi un ensemble de diversités humaines, non comme la norme, mais comme une singularité. Considérer l’autre impose de remettre aussi en cause nos fonctionnements habituels. Ainsi, nous avons pour habitude de considérer qu’il est bon de chercher à dépasser nos limites : les limites du développement, de la technique, du progrès, de la croissance, de l’efficacité. Alors que dans bien des peuples traditionnels, ce qui est valorisé c’est la connaissance des besoins et le fait de s’y ajuster, afin de ne pas dépasser les limites du territoire. Un exemple fameux est cette tradition du potlach chez les Indiens de la côte Ouest, aux Etats-Unis, qui consiste à détruire de manière ostentatoire les surplus. La pratique du tapu (qui a donné le mot « tabou ») en Papaouisie est aussi une manière de respecter des limites d’exploitation du territoire. Considérer l’autre, c’est questionner les origines, qui est « autre » ? De quel territoire venons-nous ? Et ainsi poser la question du lien avec sa terre, de ses racines. C’est souvent un sujet délicat, qui plus est dans nos sociétés devenues si mobiles, si mélangées. Beaucoup de gens se sentent déracinés. Or, le rattachement à un territoire est ce qui construit notre lien avec notre environnement, c’est aussi ce qui nous permet de prendre conscience de la beauté, de la force et de la fragilité de l’écosystème qui nous entoure. Et de vouloir le protéger. Ainsi, certains Touaregs établissent-ils un pacte de protection réciproque avec leur territoire. La plupart des sociétés traditionnelles –celles qui le sont encore, j’entends ou qui l’ont été- vivent des ressources de leur territoire (pas au-delà de 20 km en général), en autonomie, sans pour autant renier l’échange de biens avec d’autres peuples. Ils savent que leur autonomie dépend de la préservation de leur territoire. J’ai été fascinée par les Ladakhis, ce peuple de l’Himalaya qui vit à une altitude moyenne de 4000m ! Leur territoire est un désert, l’eau est très rare, la végétation donc tout autant. Mais au sein de ces myriades de variations rocheuses, ils ont sur créer des zones de vie luxuriantes. Ils ont su déployer les ressources. Ils ont su développer une autonomie propre, parce que tout était valorisé. L’idée de déchet n’y existe pas. Un yak – vache locale, plutôt bien fournie en poils – peut fournir les poils pour les cordes, la peau pour les tentes, les sabots pour les cuillères, la pense pour le barattage, sans compter les cornes, les os, la viande, le lait… L’animal est précieux autant vivant que mort. Rien n’est à jeter. Tout se révèle précieux. Aujourd’hui, au Ladakah, les canettes de coca, les sacs plastiques ont fait leur apparition. Dans leur esprit, encore, la notion de déchet n’est pas présente. Que faire de cette canette ? Ils la jettent à la terre, qui saura peut-être quoi en faire. Mais nous, comment avons-nous pu penser un objet sans valeur, comment avons nu peu créer des « déchets » ?

Considérer l’autre c’est faire un retour sur soi, un « scan » de nos manières d’être. On l’a dit, il ne s’agit pas de créer des dichotomies : eux-bien, nous-pas bien. Il s’agit de progresser ensemble. Apprendre des peuples traditionnels, mais quoi ? Des technologies, oui, quelques unes, notamment des techniques agricoles, médicinales. Mais surtout des manières d’être en relation avec ce qui nous entoure, la terre, les autres, les « esprits ». D’ailleurs, peut-être que ce qui nous perturbe les plus quand on considère « l’étranger », c’est qu’il nous rappelle parfois que l’esprit n’est pas que dans nos têtes. Qu’il peut être dans les arbres, les forêts, les montagnes, les fourmis, et même dans « cet étranger » ! Qu’il n’y a pas un monde devant nous bien réel et seulement matériel, mais qu’il existe d’autres mondes. Le chamanisme est l’un des moyens de mise en relation de ces mondes là. Chez les peuples indigènes que j’ai rencontrés, l’individu disparaissait sous le collectif, la communauté. Et l’esprit se déployait au-delà du monde matériel, au-delà du monde des humains. Ma plus grande remise en question est venue des Indiens d’Inde, justement au sujet de ce qu’est l’esprit. Dans la France où j’ai vécu, l’esprit m’apparaissait comme un concept à mi-chemin entre l’âme et l’intellect, mais sans existence véritable. S’il y avait un esprit, c’était qu’il y avait une personne, un « moi », un ego ou un individu bien différencié. L’individu avait vraiment un statut privilégié ! En Inde, l’individu, l’ego disparaît. En tous cas, c’est le but affiché par les traditions philosophiques et spirituelles. Les illusions de l’ego, de ses passions, de ses attachements. Pour découvrir l’esprit, il faut se rendre maître de son mental, dompter ses pulsions, ses ignorances, reconnaître ses émotions, habiter son corps au présent. C’est une voie de progrès, une parmi d’autres. Et nous en avons beaucoup à explorer pour franchir les impasses écologiques ou humanitaires que nous auto-construisons, avec nos egos.

Pourriez-vous retracer brièvement l’historique les grandes étapes qui ont séparés l’homme de la (sa) nature?

Retracer plusieurs millénaires d’histoire en quelques lignes va être une gageure, mais je veux bien me prêter au jeu. Déjà, je voudrais commencer par signaler que les grandes étapes que je vais décrire ne sont pas exhaustives quant à la rupture homme/nature, il y en a probablement d’autres qui ont échappé à mon analyse. L’objectif est donc surtout de montrer que la rupture n’est pas due à un seul évènement, mais à plusieurs couches successives. Et les citer permet de nettoyer notre mémoire collective, afin de mieux dévoiler ce qui dans les sociétés modernes occidentales, aveugle notre relation à la nature. La première étape a été l’agriculture, il y a près de 10 000 ans : la domestication des plantes et des animaux a modifié radicalement cette relation, en schématisant, on peut dire qu’ils sont passés d’une relation horizontale à une relation verticale (dominant/dominé). Puis, les grandes civilisations, il y a environ 4000 ans, ont développé des techniques agricoles plus intensives (charrue, irrigation par exemple), qui ont permis une grande quantité de surplus et de stockage ; développant une distorsion dans la relation besoin-production. L’ordre social et l’ordre cosmique restent cependant encore liés : ainsi, un cataclysme était perçu comme la conséquence d’un désordre social. C’est une autre étape, l’avènement de la rationalité par de grands réformateurs comme les philosophes grecs, vers le VIème siècle avant J.-C. qui désarticulera ce lien. L’esprit et la nature se séparent. Puis, petit à petit, des religions monothéistes s’affirment, et les divinités des forêts, des mers ou du ciel, quittent la nature pour n’exister que sous la forme d’un Dieu unique et transcendant, un Dieu qui n’est plus sur Terre, mais dans les cieux. La nature perd de sa sacralité, et son exploitation par l’homme se déculpe. Je navigue de siècles en siècles, en omettant de signaler que chacune de ces étapes, si elle a consommé un peu plus la rupture, n’en a pas moins apporté des éléments essentiels à l’humanité, la philosophie en est un exemple. C’est aussi le cas pour l’humanisme, notre cinquième étape de la rupture. Mettant l’homme et l’humanité au centre du monde, la nature n’y tient plus que le rôle de subvenir à leurs besoins, leur liberté et leur grandeur. L’homme s’élève au dessus-de la nature. Les lumières et l’avènement du cartésianisme, de l’empirisme, du positivisme, consommerons encore cette rupture, la nature devenant alors sujet d’expériences, « afin qu’elle soit transformée en servante » dira Bacon, dans son « novum organum ». L’ère actuelle est peut-être l’apogée de cette soumission, où le maître mot est la croissance, sous-entendant une exploitation toujours accrue de ressources.

Entretien avec Sabine Rabourdin en préparation pour le magazine Almanach (M. Borges)

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les traditions savantes indiennes

SR 3 mai 2019

Dans l’Inde classique savante, la question du savoir juste et de la vérité est une préoccupation majeure. Comment être sûr de nos connaissances ? Comment accéder à la justesse, pour ne pas dire à la vérité ?

Les prémices de la connaissance savante indienne

Mohen Jodaro (tablette)

Selon le scénario le plus en vogue actuellement chez les historiens, les locuteurs de l’Indo-Iranien (les ancêtres communs immédiats des langues indiennes et iraniennes) vivaient dans l’Est de l’Iran et l’Ouest de l’Afghanistan aux environs du 3e millénaire av. J.-C. et seraient descendus en Inde aux environs du IIe millénaire av. J.-C.. Ils auraient migré aussi vers l’Iran et l’Europe. Les hymnes religieux des Indo-Européens d’Inde, formés un peu plus tard en recueils canoniques constituant les Védas, évoquent la destruction de fortifications des autochtones. Les vestiges des cités des civilisations de l’Indus, Harappa et Mohen-Jo-Daro du second millénaire avant notre ère, révèlent un état avancé de l’hygiène publique, et attestent une des civilisations matérielles les plus avancées de la haute antiquité par ses surprenants travaux d’urbanisme et leur exceptionnel système d’égouts et de piscines. Cette civilisation dite de l’Indus daterait du Ve millénaire avant notre ère. Les sceaux inscrits qu’on y trouve ont résisté aux tentatives de déchiffrement. Ils possédaient un système des poids et mesures. L’urbanisme est particulièrement exceptionnel par sa qualité et son homogénéité. Les maisons en brique séchée cuite sur un ou deux niveaux disposent d’un confort remarquable, les eaux usées sont effectuées par des rigoles dans des canalisations passant sous la rue. Les rues rectilignes et larges se croisent en angle droit (Angot 2001).

Mohen Jodaro (ruines)

C’est dans les Védas (dérivé de la racine verbale vid qui signifie « savoir »), rédigés en sanskrit archaïque, une des plus anciennes langues indo-européennes, qu’apparaît la première forme connue de pensée philosophique indienne. La période d’élaboration des textes védiques paraît correspondre à celle qui va de 2000 à 1000 avant Jésus-Christ. Le mot Véda désigne aussi l’ensemble de la « bibliothèque védique » qui contient plusieurs types d’ouvrages, chacun de ces ouvrages étant dedié a une branche de la connaissance védique. Par exemple, l’Āyurveda  se consacre à la médecine, le Sthapatyaveda à l’architecture et l’urbanisme, etc. Les doctrines métaphysiques et les premières disciplines savantes se sont dégagées par degrés des premières conceptions védiques.

ṛta : ordre et équilibre

En dehors de connaissances de détail relatives à des maladies et à des drogues ou des astres, les plus remarquables des notions communes aux Védas sont relatives à l’ordre normal du monde. Cet ordre est conçu comme une loi naturelle du retour régulier des phénomènes astronomiques et des saisons et, par eux, de toutes choses. Son nom est ṛta : la norme et le vrai (qui a donné rituel en français, roue, arranger…). La notion est capitale et comprend celle de loi de la nature, en même temps que celle de l’ordre moral, elle représente la conception globale du réel déterminé universel. Cette conception rejette hors de ses déterminismes l’irrégulier apparent précisément parce qu’il est irrégulier. Elle vise moins la loi physique que la norme, moins l’ordre tout court que le bon ordre. Les forces de destruction ne sont pas quelque chose de totalement extérieur au développement du monde, mais au contraire quelque chose de constitutivement indispensable. L’univers mythique est extrêmement instable, en construction permanente par le jeu des forces opposées. L’équilibre n’est jamais durable et doit toujours être maintenu par quelque activité de l’homme, le rite.

Relations entre la vie, les figures et les nombres

L’idée centrale qui sous-tend le système védique est la notion de “bandhu” : les relations. Par exemple les relations entre l’astronomique, le terrestre et le physiologique sont décrites sous forme de chiffres. Par exemple, les 360 os de l’enfant qui par la suite en fusionnant ne sont plus que 206 chez l’adulte et les 360[1] jours de l’année, les rythmes mensuels établis sur une moyenne de 29,5 jours correspondent au cycle de reproduction de nombreux animaux et plantes aquatiques (Kak 2004). Autour de la « bibliothèque védique », on trouve les Sulbasutras, appendices aux Vedas. Ce sont des textes, écrits en vers et datant du VIIIe-IVe siècle av. J.-C., qui contiennent l’ensemble des connaissances requises pour ériger des temples et des autels. Ils décrivent les règles de transformation de figures planes, incluant des formules géométriques. La langue védique atteste le maniement de nombre très élevé par le seul fait qu’elle possède des noms pour toutes les puissances de 10 jusqu’à 1023. Aux environs du VIe siècle av. J.-C., des maîtres se mettent à enseigner, à partir de la révélation védique, des notions nouvelles appuyées sur une dialectique qui s’affûte progressivement. Leur fidélité affirmée au Véda ne les empêche pas de l’approcher de manière critique (Tardan-Masquelier 2007). Les Upaniṣads ensemble de textes dont le titre signifie “asseoir à côté” ont pour objet principal de faire des rapprochements, d’énoncer, entre les réalités observées les relations d’analogie ou de dépendance qui leur paraissent donner les clés de l’agencement du monde et de ses transformations. La période des Upaniṣads traduit un effort de recherche des lois simples des relations naturelles derrière la multiplicité et la diversité des phénomènes. Elles n’en manifestent pas moins un souci ardent de comprendre ce monde plutôt que d’en subir passivement des lois mystérieuses et d’en manier empiriquement quelques mécanismes aperçus. En employant les méthodes de raisonnement abstrait et le débat, les auteurs de ces traités ont créé un environnement où la pensée dialectique et les échanges intellectuels purent se développer. Les commentaires illustrent les méthodes populaires de débat dialectique. Ils ouvrirent la voie au développement d’idées rationnelles, encourageant l’observation la logique, et les mathématiques.

La période classique

Les différentes écoles de philosophies de l’Inde ancienne (darśana). Tableau inspiré de (Alais 2011)

Après les Upaniṣad, la philosophie indienne s’est constituée en six grands systèmes (darśana), sous le patronage de fondateurs révérés (voir figure 2). Dans l’hindouisme, la connaissance des textes sacrés se fait par la śruti (ce qui est révélé, entendu). C’est pourquoi même les anciens textes, et en particulier les Védas, sont aujourd’hui encore appris par cœur et récités oralement selon un rythme et une mélodie choisie. Les autres branches des enseignements relèvent de la smṛti (ce qui est appris) et se déclinent en traités ou enseignements (śāstra). La vie intellectuelle indienne se caractérise par sa forme scolastique. Des débats incessants opposaient plus souvent des écoles que des individus. L’étudiant fait son apprentissage auprès d’un maître auquel il doit respect et qui lui transmet la tradition dont il est le dépositaire. Les traditions savantes en Inde sont souvent hétérogènes éclectiques, elles échangent entre elles, ainsi l’Ayurveda  avec le Vaiśeṣika et le Sāṃkhya, le Vedānta ou le Nyāya(Lyssenko 2004). Elles ont évolué pour former une multitude d’opinions alternatives et se formalisent dans une présentation systématique plus ou moins établie de la doctrine dans un texte de base. La plupart des traités sont écrits sous forme de traités versifiés, sortes d’aphorismes, qu’on appelle sūtra. Ils sont rédigés la plupart du temps par des brahmanes, en langue sanskrite et de la manière la plus brève et synthétique possible pour permettre un apprentissage par coeur et une transmission orale. Découvrir leur sens profond s’apparente à un jeu de piste pour restituer l’ensemble de la signification contenue dans quelques mots ! On comprend donc que de nombreuses interprétations existent, comme autant de commentateurs. D’ailleurs, beaucoup de commentaires deviennent à leurs tours sujets à commentaires. Le texte délimite un domaine du savoir distinct de celui des autres écoles, il fait autorité et l’activité des successeurs consiste principalement à le commenter. Cela n’empêche pas toutefois les commentateurs d’infléchir de façon significative la tradition de l’école ou même de remanier profondément la forme et le contenu.On évalue à 13 millions le nombre de manuscrits de textes sanskrits existants de par le monde (Keller 2006). Dans ces textes, aucun dogme n’est énoncé sous une forme définitive, car les brahmanes jouissaient d’une grande liberté philosophique. Le juste savoir y est supposé s’obtenir par une suite d’idées claires et de vérités bien enchaînées. Deux questions sont centrales dans ces écoles philosophiques : la nature et le statut de l’univers (jagat), et la relation entre l’homme, son bonheur, et l’univers. Chaque système constate qu’un savoir valide sur la réalité est le moyen le plus efficace d’atteindre la libération (moka), c’est-à-dire en fait la libération de la souffrance.

Logique empirique, attachée à l’action, au contexte

La formation intellectuelle des traditions savantes indiennes passait par la grammaire et la logique. Dès le IVe siècle av. J.-C. La coexistence des écoles bouddhiques et brahmaniques a conduit à développer le débat d’idées, et cela a donné naissance à un art du dialogue très sophistiqué (Hulin 2001). La pensée indienne est restée très imprégnée de logique et de linguistique. « La longue tradition de la spéculation argumentée fait partie intégrante de la pensée indienne » (Sen 2006 p 41). Beaucoup des idées proposées dans les textes des écoles classiques sont développées dans une approche philosophique davantage que sous forme de définitions strictes et de vérités inviolables (Chenet 2013).Dans ce cadre non rigide, la démonstration et la logique trouvent une place prépondérante dans l’élaboration du savoir classique. Le Nyāya et la Vaiśeṣika s’intéressent notamment aux méthodes pour connaître la vérité et ont analysé en détail les questions de la certitude, de l’évidence, du raisonnement, de la preuve, de la perception sensible, de l’induction, de la comparaison, de l’analogie, des arguments ou des sophismes.

La relation entre la vérité et l’action est au cœur de leurs préoccupations. D’après Sarukkai (Sarukkai 2005 p13), pour les logiciens indiens, l’enjeu principal est de rendre la logique scientifique c’est-à-dire que les déclarations logiques doivent répondre à des considérations empiriques. Au contraire, la logique dans la tradition occidentale s’extrait des problèmes empiriques. Les logiciens indiens avaient deux grandes préoccupations : la relation entre le signe et le signifié (que le signe soit un mot, un chiffre ou autre chose), et la possibilité de dire quelque chose à partir d’une observation. L’école Dignaga (450 av. J.-C.) en particulier a tourné les questions de logique en questions de sémiotique : l’inférence est reliée aux signes, elle survient quand nous en venons à croire à quelque chose que nous ne percevons pas directement.  Nous élargissons par elle nos capacités peElles des signes qui présentent des connexions avec le signifié, alors que dans la tradition occidentale, le signe a une nature majoritairement arbitraire.

Ces formes de logique, en particulier l’école Nyāya, proposent une approche très empiriste : chaque inférence doit être ancrée dans une observation, un exemple. Dans cette école, ce qu’on traduit par connaissance est ce qui s’analyse au moyen de quatre facteurs : l’agent de connaissance, le connaisseur, l’objet connu, le moyen de connaissance, le contexte dans lequel ces trois premiers facteurs s’intègrent. Le contexte est donc cité spécifiquement comme l’un des quatre facteurs de la connaissance. Voici un exemple de syllogisme Nyāya (Belzile 2009):

1. Il y a du feu sur cette montagne

2. Car il y a de la fumée là

3. La fumée va toujours avec le feu, témoin la cuisine

4. C’est aussi le cas ici

5. Donc il y a du feu là.

Grâce à la troisième ligne, on n’établit pas la simple existence générale et éternelle du feu, mais le fait qu’il y a du feu sur cette montagne-ci, plus exactement que la montagne est flambante. Et c’est tout cela qui affecte la connaissance. L’expression « la montagne flambante » montre linguistiquement l’importance de ce que nous nommons ici contexte, lequel n’est donc pas une sorte de décor de l’action cognitive, mais la condition même pour que l’inférence soit réellement posée (Belzille 2011). Le contexte est différent dans chaque expérience de connaissances. L’existence nécessaire d’un contexte particulier conditionne le caractère irrémédiablement unique de l’expérience de connaissance, empêche toute universalité et s’oppose à toute généralisation. À la différence du raisonnement aristotélicien (syllogisme), le raisonnement dans les traditions savantes indiennes a aussi une forme valide, mais le fait d’introduire un exemple introduit également un élément de vérification empirique. Par lui le savant chercherait à rendre son raisonnement non seulement valide, mais vrai (Belzille, 2011). Il s’agit donc, par la volonté de se rattacher au contexte, de chercher la vérité. Et celle-ci n’existe pas en dehors des singularités.

Une pensée dialogique, non duelle

Les formes de logique de l’époque classique se font remarquer par la place qu’elles laissent à la pensée dialogique plutôt que duelle (vrai/faux, blanc/noir, etc.).

Cette pensée s’appuie sur l’idée que tout change en permanence même si cela est imperceptible pour nos sens. Êtes-vous la même personne que celle que vous étiez il y a 15 ans ? Sous cet angle, A peut être autre que lui-même : non-A. À en devenir n’est ni le même ni un autre que ce qu’il était.Tous ces arguments consistent à expliquer que les objets ne peuvent pas exister de manière indépendante de l’esprit. La forme ressemble aux syllogismes aristotéliciens, mais elle reposesur des principes métaphysiques différents de la logique aristotélicienne. Tout objet change d’un moment à l’autre même si cela est imperceptible pour nos sens. Pour saisir l’importance de cette logique non duelle, il faut comprendre ce qui se joue dans la relation entre le sujet et l’objet dans la pensée savante indienne. Elle accorde plus d’importance au processus de connaissance et au processus dialectique qu’aux qualités de l’objet. Penser en termes de dualités n’est pas courant dans les traditions savantes indiennes.

Le langage avant tout

Expliciter un langage qui exprime la profondeur du monde est un objectif fondamental pour les traditions philosophiques de l’Inde. L’idée que tout ce qui est connaissable est exprimable en langage est notamment revendiquée par les Nyāya et les grammairiens Bhartṛhari. Ceux-ci développèrent une théorie des mots, des phrases et du sens, de la connexion entre les mots et leur sens. Les logiciens et les grammairiens s’attachent à définir le langage du monde.

Espace, matière et temps

Pour la plupart de ces écoles de pensée, le monde est le produit d’un processus cosmogonique où les « grands éléments » (mahābhūta) apparaissent selon un ordre précis, en correspondance avec unorgane de perception. L’analyse de la matière en termes de cinq éléments n’est pas objective, mais subjective, dérivé du contact de la matière avec les sens (Lyssenko 2004). Presque toutes ces écoles se penchent sur la nature des particules élémentaires. La plupart ont promu l’idée que la matière est composée d’’aṇu(« minuscule » en sanskrit), une particule infinitésimale, unité infime de matière. Ce constituant le plus fondamental de la matière pour le Vaiśeṣika, est considéré comme indestructible et éternel. Les atomes sont imperceptibles et leur existence est déduite du processus de division et du refus logique de la régression à l’infini (Lyssenko 1996). En s’agrégeant, les aṇu produisent les molécules et l’univers visible qui résultent donc de la combinaison de ces particules de terre, d’eau, de feu et d’air [2]. Ils peuvent ainsi se désagréger en leurs constituants ultimes. Les différents types de particules possèdent certaines propriétés caractéristiques (guṇa) de leur substance telles que valeur numérique, quantité, individualité, masse, gravité, fluidité (ou son opposé), viscosité (ou son opposé), vélocité (ou quantité de force de mouvement (vega))… Assimilées à des formes sphériques, elles sont animées d’un mouvement vibratoire et rotatif. Elles ont une tendance innée à s’unir pour former des molécules homogènes tant qu’ils ne sont pas soumis à l’influence des corpuscules de chaleur. Elles ont alors tendance à former des agrégats plus vastes de substances hétérogènes provenant de divers éléments.

Les traditions savantes entre la période classique et la période coloniale

Les dix siècles entre −500 et +500 ont été une période faste pour la pensée savante indienne. Ensuite, ces traités seront périodiquement commentés et expliqués pour les mettre au goût du jour. Du XVe siècle à la fin du XVIIIe siècle, la science indienne a continué à être largement cultivée dans toutes les contrées de l’Inde et même à se propager dans quelques-uns des pays d’influence indienne. Mais elle s’est très peu renouvelée. La tradition savante ancienne était conservée, mais, subissant la concurrence des sciences étrangères en particulier d’origine musulmane, elle était gardée surtout comme un bien propre à opposer à l’apport étranger. La menace étrangère renforçait un traditionalisme strict : il importait moins d’accroître sa science que d’en affirmer sa valeur face aux doctrines importées. Beaucoup d’ouvrages scientifiques de l’époque ne combattent pas les doctrines nouvelles, ils les ignorent. Mais, même dans ces milieux où l’on ne prenait pas connaissance des idées étrangères, l’existence de celles-ci était assez ressentie pour développer un attachement plus rigoureux aux enseignements traditionnels. D’autre part, les connaissances importées par les maîtres étrangers étaient souvent d’ordre pratique, recettes médicales ou alchimiques, tables de calcul astronomiques, etc. La tradition savante ne faisait que les absorber dans sa masse, sans y trouver matière à révision de ses doctrines générales.  Par exemple l’Ayurveda se voit complétée par des apports extérieurs : tantra, alchimie, etc. La lecture du pouls, venue d’Égypte et de Chine, s’insère au diagnostic. De nombreuses plantes étrangères s’incorporent aux remèdes traditionnels. Par exemple, le piment qui s’y introduit au XVIIe siècle et qui, peu après, est considéré comme ayant toujours fait partie de l’usage[3].

Observatoire astronomique de Jaipur

Au Sud de la péninsule indienne, dans le domaine des cultures dravidiennes, l’influence musulmane a été beaucoup moins forte, elle a même été contrebalancée largement par une renaissance brahmanique dans l’empire de Vijayanagar du XIVe au XVIIe siècle. Mais cette renaissance a été en général traditionaliste et non rénovatrice. Elle a contribué à renforcer dans le Sud des enseignements classiques sanskrits suivant les tendances conservatrices du Nord en garde contre l’apport islamique (Filliozat et Renou 1985).

J.Fryer, un voyageur européen du XVIIe siècle écrivait à propos des Indiens : « l’arithmétique étant la science la plus profitable, et la mieux comprise par eux, ils ont pour elle une propension naturelle, et en un instant, ils calculeront sans l’aide d’une plume ou d’encre les sommes les plus difficiles sans jamais faire de pause »[4].

Spécificités des savoirs indiens anciens

En étudiant les traditions savantes indiennes, nous avons pu dégager certaines spécificités :

Le but ultime est la transformation du Soi, pas de la nature

La quête de la réalité ultime prend le pas dans l’Inde classique sur la quête de connaissance empirique, qui reste sous l’empire de la maya (l’illusion). L’objectif du savoir –śastra- a pour but d’améliorer les qualités de l’esprit. Les spéculations de l’âge classique ont pour finalité la libération (mokṣa) qui s’exprime en une prise de conscience radicale de la nature véritable du sujet, de son identité fondamentale (Raina 2003) ). « La philosophie indienne fournit des informations sur la structure mesurable et les pouvoirs de la psyché, elle analyse les facultés intellectuelles de l’homme et les opérations de son esprit, elle évalue les diverses théories de l’entendement humain, établit les méthodes et les lois de la logique, classifie les sensations, étudie les procès par lesquels les expériences sont perçues, assimilées, interprétées, comprises. Son souci majeur en contraste frappant avec les préoccupations des philosophes modernes en Occident a toujours été, non d’informer, mais de transformer : changer radicalement la nature de l’homme et, en même temps, rénover sa manière de comprendre le monde extérieur et sa propre existence, transformation aussi complète que possible, qui aboutira, si elle réussit, à une totale conversion, à une renaissance » (Zimmer 1978 p38). Il y a davantage une recherche de maîtrise de l’esprit que de volonté de maîtriser la nature. Le savoir perçu par les sens n’est pas la réalité, et il faut lever le voile de la māyā– l’illusion des sens- pour arriver à la Vérité. L’illusion, avidyā est ignorance ou méconnaissance.

Un savoir préexistant

Dans les traditions classiques, le savoir peut être obtenu uniquement par la perception, l’imagination, la déduction et l’intuition, sans éprouver le besoin d’inventer des instruments matériels dépendants des sens. D’après S. Pollock (1985), en Inde, le savoir est considéré comme préexistant, tout est contenu dans les textes védiques, le śāstra. D’après Raj (1988), le concept védique de “savoir” est statique, car il s’agit de « voir », plus que de développer une connaissance.

Commensurabilité conscience-matière

La majorité des traditions de pensée indiennes accordent une partie non matérielle à la conscience. Pour l’anthropologue de l’Inde M.K. Mariott « les sciences hindoues généralement postulent un non-élément – le processus omniprésent, réflexif, immatériel, constant, généralement insinué comme «soi» ou «âme» (brahman, atman), ou «conscience» (purusa). Sa fonction de conscience passive, totale est normalement disponible pour tout humain libéré du monde fluctuant des substances » (1990 p15). Dans la pensée Jaïna, la matière n’est pas le seul composé existant (astikâya). Les autres réalités espace, temps, mouvement et repos, ainsi que l’âme sont des composés (Masson 1925). Enfin, dans le shivaïsme du Cachemire, non seulement la « conscience » fait partie intégrante de l’univers, mais elle en est le substrat (Poggi 2012).

Si la matière et la conscience rentrent dans deux catégories bien distinctes, elles peuvent aisément se mélanger, bien plus que le corps et l’âme de la tradition judéo-chrétienne. Le Nyāya-Vaiśeṣika s’évertue à décrire les composés et qualités des éléments du monde, qu’ils soient matériels, spirituels ou ontologiques (temps, espace, etc.) (Rabourdin 2012). Les 4 éléments s’élargissent au nombre de 9, dont l’âme et l’esprit. Cet exemple est caractéristique de l’absence de rupture qui existe entre sujet-objet, intérieur-extérieur, conscience-matière. Les deux mondes matériels et immatériels s’interpénètrent même s’ils ne sont pas connaissables par les mêmes outils.

Pour le philosophe et orientaliste, Masson-Oursel, ce qui particularise le plus foncièrement la pensée indienne, même encore aujourd’hui, « c’est un postulat de pénétrabilité universelle » entre les éléments de l’esprit et ceux de la matière. « Remarquons, explique Masson, que si cette théorie nous déroute, c’est parce que nous autres Européens sommes obsédés par le préjugé d’une opposition complète entre corps et âme, étendue et pensée – préjugé, soit inexistant, soit beaucoup moins incrusté dans la mentalité indienne » (Masson-Oursel 1925 p344). Une telle conscience est, bien sûr, l’objet d’une abondante littérature spéculative, mais a seulement commencé à être un foyer d’ethnographie (Marriott 1992).

Importance de l’ordre et de la classification

Il est incontestable qu’il existe en Inde une grande tradition de classification. La pensée indienne classique n’a eu de cesse de classifier, ordonner, ranger les éléments du monde. Le domaine de la matière comprend les quatre éléments (bhūta) – eau, air, terre, feu-, mais également parfois d’autres éléments non matériels comme ākāśa, le temps, l’âme ou l’espace, les facultés sensorielles et les objets de ces facultés comme le visible, l’audible, le tangible, etc. On trouve trois «énergies» (guṇa), trois constituants (doṣa) déterminant la nature physiologique d’une personne, trois + un buts de l’homme (puruṣārtha), quatre «classes» (vara), quatre “étapes” (āśrama), cinq «sens» (indriya), cinq «gaines» (kośa), six «saveurs» (rasa), salé, sucré, aigre, doux-amer, amer, épicé les neuf sortes d’émotions (blāva), trois sortes d’humeurs  (datu): flegme, bile, vent, etc. La figure 3 montre un autre exemple de classification, décrivant la palette des phénomènes existant dans l’univers, en fonction de différents types de critères (qualité, substance, mouvement, etc.). L’usage des classifications, comme l’a expliqué Filliozat, est beaucoup basé sur l’analogie.

La pensée en relations

Dans la logique gréco-latine dont l’Europe a hérité, la connaissance procède d’un mouvement allant du particulier au général. Dans cette économie du savoir, les choses, les faits physiques, les êtres vivants sont classés en fonction d’un principe de division systématique (par exemple, la famille, le genre, l’espèce) conduisant à une abstraction de plus en plus grande et à un nombre de catégories de plus en plus restreint (Ramanujan 1989). L’appréhension des objets de manière de plus en plus isolée, de manière à conduire à des formes plus simples d’analyse, est ce qui s’appelle aujourd’hui le réductionnisme, c’est un principe réduisant la connaissance des ensembles à la connaissance des parties. Au contraire, pour les penseurs indiens de l’époque classique, l’objectivation du monde consiste à multiplier les relations. Ainsi, en Ayurveda (science de la longévité), les critères de mise en ordre du vivant sont des séries de saveurs, de qualités, d’actions thérapeutiques ou pathogènes. Dans cette tradition savante, « la taxinomie est incluse dans la pharmacie, celle-ci étant à son tour subordonnée au jeu complexe des saveurs (rasa) et des vertus curatives. Et le discours ayurvédique a pour objet la science des combinaisons entre toutes ces propriétés » (Zimmermann 1982). L’anthropologue Marriott, en classifiant la catégorie indienne de savoir, explique  que la «miscibilité est une propriété générale du monde hindou » (Marriott 1990 p19) il suggère que toute entité se trouve non auto-suffisante, incomplète quand elle est liée à elle-même, et dépendante pour ses qualités et processus des échanges avec les autres. Dans le monde hindou, tout est connecté parce que « toutes choses, même considérées comme immatérielles telle que le temps ou l’espace affectent les autres choses » (p22). Les connaissances spécifiques sont reliées aux ensembles dont elles font partie, c’est ce qui correspond à une approche systémique. Pour le NyāyaKandali, 2 n’est ainsi pas la somme de 1 +1 mais constitue « un tout indépendant » (nous retrouverons d’ailleurs cette idée plus loin en mécanique quantique, mais nous verrons que les physiciens indiens n’y souscrivent pas davantage que les physiciens français, cf. p221).  L’idée d’interconnexion est sous-jacente à la notion indienne de ṛta, que nous avons vue plus haut, qui représente un agencement cosmique sous la forme d’une roue et d’un tissage (Siburn 1989). Les philosophies indiennes ont toutes admis un principe coextensif à la totalité de l’être (vibhu), une sorte de jointure. C’est un agent de connexion intégrale, soit omniscient, soit omni-pénétrant. Le cinquième élément – ou plutôt le premier- Ākāśa  (Rabourdin, 2012) ou bien prāṇa est une énergie vitale universelle qui imprègne tout, et que les êtres vivants absorbent par l’air qu’ils respirent.

Zimmermann (1979) montre que dans les textes médicaux indiens, le corps est un lieu de rencontre, une conjonction d’éléments, ils ont une physiologie, mais pas une anatomie. Bien que « les relations » soient universelles dans la pensée humaine, leurs logiques n’ont pas été uniformément perçues et développées. Les Indiens ont régulièrement théorisé sur les relations d’ordre  en grammaire, en musique, ou dans les autres disciples, en décrivant les phénomènes facilement avec la permutation des symboles verbaux ou algébriques (Marriott 1990).

La connaissance est locale et contextuelle

Ce qui frappe dans l’ensemble des traditions savantes indiennes, c’est l’importance accordée au contexte. Toute connaissance s’inscrit dans un contexte. Cette règle ne se traduit pas par une incapacité à tirer des règles générales à partir du particulier, de cas concrets, mais par le fait que cela ne leur paraît ni sensé ni instructif (Kakar et Kakar 2007). Un tel accent omniprésent sur le contexte est, estime Ramanujan (1989), lié à la préoccupation hindoue de la jāti -la logique des classes, de genres et d’espèces, dont les jāti humains (castes) sont seulement un exemple. Diverses taxinomies de saison, paysage, temps ou qualités (et leurs bases matérielles), les goûts, les personnages, les émotions, les essences (rasa), etc., sont la base de la pensée travaux de la médecine, de la poésie, de la cuisine, de la religion, de l’érotisme ou de la magie. Les traditions savantes hindoues, bouddhistes, ou jaïna s’intéressent prioritairement à l’étude des classes ou essences (jāti). Ils n’abordent jamais la question de savoir s’il existe des universaux d’autres types (Dravid 1972 p347). D’après (Marriott, 1990) les différents états intermédiaires imparfaits et inconstants sont caractéristiques des modes de pensée indiens, et donc « les processus, les états intermédiaires, plutôt que les structures fixes ou polarisées, sont à la base de tout »

D’après Sarukkai, pour les logiciens indiens, l’enjeu principal était de rendre la logique scientifique c’est-à-dire que les déclarations logiques doivent répondre à des considérations empiriques, contextuelles. Au contraire, la logique dans la tradition occidentale s’extrait des problèmes empiriques (2005 p13).

Le même genre de sensibilité au contexte s’affiche dans le domaine médical. Pour ne pas être malade, il faut vivre en harmonie avec son environnement qui est constamment changeant. Il faut donc connaître et s’adapter à son contexte. De même, dans la prescription, il n’y aura pas de remède général pour un symptôme donné, mais un remède pour chaque cas singulier, qui dépend de la typologie de l’individu malade. Si un traitement échoue, il ne perd pas foi pour autant dans son efficacité, le jugeant simplement non adapté à la circonstance (Kakar et Kakar 2007).

La connaissance est subjective

Dans l’Inde classique, la connaissance directe est valorisée car toute connaissance passe par un connaisseur. Le contexte est différent dans chaque expérience de connaissances. Cette priorité donnée à l’expérience directe est quelque chose de très spécifique à l’Inde classique et qu’on ne retrouve pas, par exemple, dans la pensée aristotélicienne. Si la connaissance est contextuelle, il semble logique qu’elle dépende aussi de l’observateur qui cherche à connaître, car, lui-même fait partie du contexte. Tout en cultivant l’art de la logique et l’administration de la preuve rationnelle, les penseurs indiens reconnaissent l’expérience personnelle (anubhava) comme l’une des trois sources de connaissance vraie aux côtés des textes révélés et de la parole du maître (Flliozat 1957). Ainsi, Abhinavagupta, savant et philosophe cachemirien (Xe XIe s.), déclare-t-il dans son commentaire aux versets d’Utpaladeva que la plus importante des trois est sans contexte l’expérience (Poggi 2012). Cette revendication de la valeur de l’expérience vécue tient une grande place dans l’histoire des traditions savantes indiennes. Il y a une grande différence entre les lois de Kepler et la connaissance d’Abhinavagupta : les premières expriment un fait qui existe préalablement à son découvreur et indépendamment de lui, la seconde note une connaissance qui n’existe pas sans son auteur, qui lui appartient en propre et relève de lui a jamais. La connaissance d’Abhinavaguptha est ce qu’il pouvait vivre et dont il pouvait rendre compte. L’objet est intimement lié au sujet qui l’observe (Filliozat, 1957).

Hétérodoxie : complémentarité des savoirs et scepticisme

Les sources de la connaissance valide s’appuient sur une démarche argumentative et dialectique.  « De fait la remarquable vivacité de la tradition de la dialectique peut être perçue dans toute l’histoire de l’Inde, même lorsque des conflits et des guerres ont suscité de terribles violences » estime F. Chenet (2013). Cette ouverture, nous la nommons hétérodoxie ou inclusivisme. C’est Paul Hacker qui en 1957 introduisit le concept d’inclusivisme. Il s’agit d’un concept qui exprime l’acceptation d’une pluralité de vérités. À l’inverse de l’exclusivisme qui n’accepte qu’un seul chemin de vérité et place tous les autres dans l’erreur. Les grands historiens de l’Inde comme Halfbass ou Oberhammer ont beaucoup discuté sur l’inclusivisme indien, sa capacité à intégrer de nouveaux dieux, nouvelles sciences, nouvelles cultures. Ils estiment dans l’ensemble que c’est un trait de civilisation du sous-continent indien. En médecine, les dizaines de modes de guérison (alimentaire, médicinal, religieux, magique, astrologique) appliqués à une maladie sont parfois appelés «pluraliste» par les observateurs appliquant les distinctions occidentales (Beals 1976); cependant un patient indien peut essayer tous les modes, pour impliquer les différents niveaux de réalité tels que le rapportent les nombreuses études anthropologiques et cliniques (Egnor 1983). Il existe une multitude de langues en Inde (325 langues parlées, 22 langues officielles), chaque individu en parlant au moins deux et en comprenant au moins quatre. Les formes religieuses sont extrêmement variées, même si la plupart peuvent se regrouper sous le vocable de « religion hindoue » qui a assimilé beaucoup d’éléments différents. Elle a souvent acclimaté les idéologies extérieures, cultes locaux ou étrangers. Il n’y a pas un texte sacré, comme dans les religions monothéistes, mais beaucoup de textes, beaucoup de Dieux, etc. « Fondamentalement, affirme Michel Hulin, il y a cette idée qu’on ne peut imposer sa loi à autrui. Grande différence avec l’occident, il n’y a jamais eu quelque chose qui ressemble à l’inquisition ou à l’hérésie en Inde. Les gens ont toujours pensé ce qu’ils voulaient. Il n’y a pas d’orthodoxie, seulement une orthopraxie, l’obligation de faire ce qu’il convient dans chaque situation » (Hulin 2009). On voit dans l’impressionnante pluralité religieuse souvent davantage une source de superstition qu’une invitation au scepticisme (Sen 2006). Pour continuer à vivre dans une telle diversité, il faut accepter les autres formes de pensée, invitant par là le scepticisme. Cela ne veut pas dire qu’on ne trouve pas de dogmatisme dans l’histoire indienne. Dans son ouvrage sur l’hindouisme et le bouddhisme, Max Weber écrit que « Non seulement il existe des cas d’exclusion, mais l’attitude conciliatrice répond à des stratégies visant à garantir la survie d’un savoir et des spécialistes qui le pratiquent » (Weber 2003, p16). Certes, l’hétérodoxie n’est pas allée sans dogmatisme dans l’histoire de la pensée indienne. Néanmoins comme l’écrit A. Sen, « nier l’importance de l’hétérodoxie interdit de comprendre convenablement l’héritage intellectuel de l’Inde moderne » (2006 p45). « Sans le scepticisme, on aurait le plus grand mal à comprendre l’histoire de la culture indienne »

Voici un résumé à grands traits des spécificités des traditions savantes indiennes.

Article écrit par Sabine Rabourdin


[1] Pour arriver aux 365, 25 jours de notre année actuelle, ils ajoutent les jours manquants tous les 5 ans.

[2] Le Praśastapāda Bhasya décrit la formation des corps physiques à partir des atomes (aṇu) à travers les dyades (dvyānuka) et les triades (tryaānuka) par une série de causes à effet. La position des atomes est fonction de la qualité des corps.

[3] Kapil Raj, séminaire EHESS, Paris, février 2012.

[4] Cité dans Ahsan Jan Qaisar, « The indian response to european technology and culture » (AD 1498-1707) p10  in (Varma 2005 p188)

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Devenir superconscient ?

Quelques réflexions autour de l’ouvrage de Joe Dispenza (2017) et deux exercices à mettre en pratique

Voici un retour sur le livre de Joe Dispenza “Devenir superconscient”, dont le titre français n’est pas des meilleurs mais qui concerne des sujets passionnants tels que l’équilibrage de l’énergie et de l’information dans le corps et le cerveau. J’ai décortiqué certains passages pour vérifier leur cohérence avec l’état des connaissances en science, neuroscience et ma propre expérience théorique et pratique du yoga. Certains passages font des raccourcis peu rigoureux, mais globalement, il y a un message et une analyse riche et constructive, avec des techniques qui méritent d’être expérimentées. Je souhaite quand même indiquer que ces techniques ne sont pas sans effet, et méritent d’être encadrées. Malgré le ton « à l’américaine » du livre (avec des récits de succès et de la promo pour ses séminaires), j’en conseille la lecture. Voici ma propre interprétation de ce livre pour les pages 104 à 130 qui concernent les centres énergétiques et les ondes cérébrales, ainsi que des compléments.

Passer des ondes bêta aux ondes alpha pour accéder au subconscient et au système nerveux autonome

Dans les années 70, le docteur en psychologie Les Fehmi s’est aperçu que le moyen le plus efficace de faire passer le cerveau des ondes beta (pensée courante), aux ondes alpha (détente, créativité, subconscient) consistait à demander aux gens de prendre conscience de l’espace ou du néant en ayant une attention ouverte. La tradition bouddhiste utilise cette méthode depuis des centaines d’années (par exemple la méditation Body space and awarness, Mingyour Rinpoché, voir mon article dédié).

En élargissant l’attention pour percevoir l’information plutôt que la matière, les ondes cérébrales ralentissent et passent de beta en alpha (du mental au ressenti) (pour mieux comprendre les ondes cérébrales voir mon article sur le sujet).

Lorsque les ondes cérébrales du néocortex ralentissent (de beta, elles deviennent alpha) la frontière (le mental analytique) entre le cerveau pensant et le subconscient s’ouvre.

Figure 1 : Un des buts de la méditation est de transcender le mental analytique qui sépare le mental pensant du subconscient.

Accéder aux systèmes de gestion des centres énergétiques du corps grâce à la méditation

La proposition de Joe Dispenza est d’agir sur les centres énergétiques du corps (les roues/carrefours énergétiques ou « chakras » dans les traditions orientales) pour les réharmoniser et supprimer les blocages porteurs d’instabilité, de mal-être et de maladies.

  • Un des moyens d’accéder à ces centres est de ralentir les ondes cérébrales (passer de bêta à alpha) pour accéder au système nerveux autonome et au subconscient.
  • En méditant sur l’espace situé autour des centres énergétiques, on parvient à accéder à l’information générée par ces centres.
  • Le fait de porter une attention ouverte et bienveillante dessus rendrait ce champ d’information plus ordonné, plus cohérent (ondes en phases), ce qui activerait les organes, tissus et cellules de la zone correspondante, produisant les hormones propres à chaque centre.

Le fonctionnement des centres énergétiques

Chaque centre énergétique (chakra) est un centre d’informations. Chacun est associé à une ou plusieurs glandes, à des hormones et à un réseau neuronal. Un centre énergétique est une sorte de mini-cerveau même si ce qui s’y passe échappe en partie à votre conscience.

Quand chaque centre s’active, cela provoque une succession de réactions hormonales, tissulaires, chimiques et cellulaires : il émet alors de l’énergie. Votre corps se modifie et donc votre énergie aussi.

Un centre s’active lorsque vous avez une pensée, une émotion ou une envie spécifique. On peut considérer que les neuropeptides sont les molécules des émotions. Ils envoient des signaux aux centres hormonaux qui activent les glandes correspondantes.

  • Par exemple, si vous avez une pensée d’ordre sexuelle, il y a alors d’avantage d’énergie dans le chakra correspond (pour Joe Dispensa, il s’agit du premier chakra, mais dans la tradition, il s’agit du second, le plexus sacré (svadistana)). Les glandes correspondantes secrètent alors des substances chimiques et des hormones : votre organisme vous prépare émotionnellement à avoir des rapports sexuels. En résumé, le mental cérébral influence le réseau neuronal du centre correspondant, et agit au niveau subconscient par l’intermédiaire du système nerveux autonome. Vous émettez alors à l’extérieur de ce centre une énergie très spécifique, une énergie propre à une personne animée d’un vif désir sexuel (que l’entourage peut alors percevoir !).
  • Il en est de même avec le centre énergétique associé au plexus cœliaque ou plexus solaire (manipura chakra). On peut dire de lui aussi qu’il est un mini cerveau aussi, il est même appelé le deuxième cerveau en raison des centaines de millions de connexions neuronales qui s’y trouvent (chiffre supérieur à celui de la moelle épinière ou du système nerveux périphérique). 95% de la sérotonine (l’hormone du bien-être) se trouve non pas dans le cerveau mais dans les intestins. Et quand on écoute son instinct, c’est comme si on pouvait contourner son mental analytique. Ce centre se trouve au niveau du creux de l’estomac. Il gouverne l’intestin grêle, l’estomac, la rate, le foie, la vésicule biliaire. Les hormones associées comprennent l’adrénaline, le cortisol, les enzymes stomacales, hépatiques, etc. Ce centre est associé aux pensées et émotions liées au pouvoir, au contrôle, à la domination, à l’esprit de compétition, l’estime de soi et l’attention dirigée. Quand il est équilibré, vous vous vous servez de votre volonté pour surmonter les difficultés. Il s’active lorsque vous percevez une insécurité ou lorsque vous voulez obtenir ou maîtriser quelque chose. Par exemple, si vous pensez que vous êtes colérique, ou si une pensée vous énerve, les neurotransmetteurs envoient l’information commencent à influencer les neuropeptides qui envoient l’info au système hormonale lié à votre 3ème centre (manipura, plexus solaire). Il secrète les hormones correspondantes et immédiatement vous vous agacez. Il émane alors de vous et en particulier de votre 3ème centre, une signature énergétique spécifique, une fréquence particulière porteuse du message suivant : « qu’on m’envoie une autre raison d’être en colère ! ». Et vous restez enfermé dans cette boucle psycho-émotionnelle.
  • Qu’en est-il de votre plexus cardiaque (anahatha chakra) ? Le cœur a une fréquence, des hormones, des émotions qui lui sont propres. Lorsqu’il prend le dessus, vous avez tendance à être plus à l’écoute, bienveillant, inspiré, altruiste, compatissant, ouvert, confiant… Il se situe derrière le sternum. Il gouverne le cœur, les poumons et le thymus (l’une des principales glandes immunitaires). Les hormones associées sont l’hormone de croissance, l’ocytocine, ainsi qu’un ensemble de plus de 1400 substances chimiques stimulant le système immunitaire par l’intermédiaire du thymus. Les trois premiers centres tournent autour de notre survie. Dans le quatrième centre, on passe de l’intérêt égoïste et de la survie au désintéressement, à l’amour, la bienveillance, la gratitude, la confiance. Quand il est équilibré, on cherche à œuvrer pour le bien d’autrui, en coopération. Quand ce mini-cerveau reçoit des informations, il envoie des instructions et des messages aux organes et tissus situés dans cette partie du corps et vous vous mettez à émettre de l’énergie d’amour.
  • Le cinquième centre énergétique se situe au niveau de la gorge (vishudda chakra). Il régit la thyroïde et les glandes salivaires notamment. Les glandes thyroïdiennes régissent le métabolisme du corps. Il est associé à l’amour ressenti dans le 4ème centre, ainsi qu’à la communication sincère, le langage et les sons. Lorsqu’il est équilibré, on peut exprimer nos vérités avec amour. On est heureux de partager nos pensées et sentiments.

L’idée est de nous servir de notre énergie pour autre chose que notre seule survie. Que se passe-t-il si, au lieu de diriger toute cette énergie vers l’extérieur (afin de procréer, de digérer, de fuir un danger) nous commençons à faire régulièrement monter une partie de cette énergie vers le centre suivant ? Pour que les premiers centres sont harmonieux, il faut se sentir suffisamment en sécurité (1er centre), triompher de nos difficultés (2ème), nous sentir plus libres et satisfaits (3ème). Alors nous pouvons éprouver un amour plus authentique à l’égard de nous-même et d’autrui (4ème), l’exprimer et le partager (5ème) ce qui nous permet de soulever le voile de l’illusion…

Mais trop souvent, les évènements et la manière dont nous y réagissons bloque l’énergie dans les centres associés à vos problématiques. Les émotions et l’énergie demeurent bloquées dans ces centres et nous ne pouvons évoluer.

Les blocages dans les centres énergétiques en lien avec les maladies

Par exemple, si une personne a tendance à être dans le contrôle, à dominer les autres, à être en colère, à rivaliser excessivement, à faire preuve d’amertume, son énergie se bloque dans le troisième centre. Elle ne pourra pas ouvrir son cœur et ressentir de l’amour et de la confiance. Si une personne a peur d’exprimer ses sentiments, son énergie est certainement bloquée dans le 4ème centre. Mais lorsque l’énergie se bloque c’est plus souvent dans l’un des trois premiers centres. Alors elle ne peut évoluer et s’écouler en continu vers les centres supérieurs qui nous permettent d’éprouver la joie de vivre et d’avoir envie de partager. La méditation de circulation des centres énergétiques (j’ai changé son nom) a pour but de refaire circuler correctement l’énergie.

Si nous nous contentons de survivre et en nous adonnant aux excès en matière de sexualité, de consommation et de stress (3 premiers centres), nous puisons dans notre champ énergétique global et cela diminue la fréquence de l’énergie transmettant des informations vitales au corps. Des maladies peuvent s’ensuivre. On pourrait dire que, du point de vue énergétique, toute maladie est une diminution de fréquence et un message incohérent.

Une personne prise dans la culpabilité ou la victimisation et qui s’accroche aux émotions du passé souffre constamment et dépense un excès d’énergie en provenance de son deuxième centre. Ou encore, une personne qui aime trop contrôler les choses ou qui est trop stressée s’alimentera trop en énergie dans le champ qui entoure son troisième centre. Son énergie fait du surplace. Sa conscience aussi. Dans ces situations de blocages énergétiques, le champ énergétique de la personne diminue et le corps ne peut procéder à une bonne régénération. Les centres énergétiques ne produisent et ne reçoivent plus l’information appropriée à l’équilibre.

Joe Dispenza assimile les informations et l’énergie produite par les centres énergétiques à des ondes. Il parle d’ondes cohérentes et inconhérentes. J’ai, pour ma part un peu de réticence à ce raccourci, ayant été physicienne. Je pense que ces centres produisent certes des ondes (les cellules vibrent et rayonnent donc, il est bien question de champ électro-magnétique émis), mais les sources (cellules) sont tellement multiples et complexes que je ne vois comment elles peuvent émettre des ondes cohérentes entre elles. Peut être peut on parler de tendance à avoir des ondes plus cohérentes globalement dans un plexus concerné. Mais parle-t-on alors de cohérence spatiale ou temporelle ? Mettons que ce soient les deux.  S’il y a un point qui semble logique c’est que l’énergie est plus haute lorsque des ondes sont en cohérences, leur niveau d’énergie est plus élevé car l’amplitude des ondes en phases augmente proportionnellement. (rappel de physique : Pour 2 sources indépendantes, l’intensité du rayonnement produit en M est la somme des intensités que chaque source produit en ce même point  : I=I1+I2.  Pour 2 sources cohérentes, l’intensité produit en M s’écrit I=I1+I2+2√I1I2cosΔϕavecΔϕ=2πλ(L2−L1)=2πλδ ).

Si l’on s’extraie de la physique et que l’on revient au ressenti, il paraît logique de considérer que lorsqu’une personne est soumise au stress (ou d’autres excès tels que ceux évoqués plus haut), le système nerveux émette des messages plus incohérents que lorsque la personne est posée et calme. Et cela peut en effet rejoindre la théorie de Joe Dispenza qui dit qu’alors les centres énergétiques, sortes de mini cerveaux, reçoivent des informations incohérentes ce qui affecte la conductivité nerveuse et l’expression hormonale dans les différents organes, sources de déséquilibres ou des maladies dans ces zones.

Exercice pour dissoudre les blocages énergétiques et élever son énergie

En plaçant votre attention sur ces zones du corps que sont les centres énergétiques, le cerveau passe en ondes alpha et est plus réceptif aux activités inconscientes qui s’y déroulent.

De même en plaçant votre attention sur ces centres, l’énergie suit. Là où va la conscience, va l’énergie écrit Joe Dispenza.

Puis l’idée est de placer son attention sur l’espace qui entoure ces centres énergétiques. Là encore, de ce que j’en comprends, l’intérêt est de passer en ondes alpha. Pour Joe Dispenza, placer l’attention sur l’espace autour de ces centres permet d’induire des ondes cohérentes (mais comme on l’a vu plus haut, je ne suis pas tout à fait en phase avec cette explication, même si je trouve l’exercice très intéressant par ailleurs). Pour lui, une fois que le champ énergétique autour d’un centre devient cohérent, alors ce dernier reçoit les bonnes instructions. Et une énergie plus élevée y circule. Il s’agit pour lui d’amplifier le champ lumineux et la puissance du signal autour de ce centre. Il propose d’utiliser les émotions pour amplifier ce champ. Car une émotion véhicule une énergie, et plus cette émotion est élevée (amour, gratitude, etc.), plus l’énergie qu’elle véhicule est élevée.

Pour que cela fonctionne, il faut basculer en ondes alpha ou même thêta grâce à la méditation, plus ce sera efficace car vous accédez au système nerveux autonome.

Donc, l’exercice consiste à

Ralentir les ondes cérébrales + Y associer une énergie élevée

Ce qui se fait par :Ralentir les ondes cérébrales pour accéder au système nerveux autonome + augmenter l’énergie et l’information

=

Ressentir les centres énergétiques et mediter sur l’espace autour + associer une émotion élevée (amour, gratitude, etc.)

Attention sur le champ entourant le corps

Détente 15 min (intégration)

Exercice de reconditionnement du corps et du mental (et d’ascension de l’énergie dans les centres énergétiques)

Joe Dispenza part du principe que ce sont les 3 premiers centres qui sont le plus souvent problématiques (ils absorbent tout l’énergie et la bloquent) pour la plupart des gens (et du coup, les autres centres ne sont pas innervés correctement).

Il s’agit de faire s’élever le liquide cérébrospinal le long de la colonne, à l’intérieur du système nerveux central.  Ce liquide agit comme un conduit propice aux charges électriques dans le système nerveux.

Pendant la respiration, le mouvement du sacrum (presque imperceptible) ainsi que l’ouverture des sutures crâniennes, propagent une onde dans le liquide cérébro-spinal qui est lentement pompé vers le haut de la colonne (dans une respiration quotidienne il faut 12 h pour accomplir tout le circuit, donc le cerveau est purgé 2 fois par jour).

En contractant les muscles dans les 3 premiers centres énergétiques, le liquide s’élève.

Figure. Joe Dispenza, Devenir Superconscient, Guy Trédaniel Editeur (2017),
p 144

Cet exercice est assez connu en yoga, il consiste à « faire monter » la kundalini, l’énergie stockée dans les premiers centres énergétiques. Joe Dispenza propose une variation sur la respiration, mais l’idéé est la même. Voici sa proposition :

  • Assis le dos droit, mains sur les genoux.
  • Inspirez et
    • contractez le périnée (plancher pelvien) + les muscles du bas du tronc + les muscles de la partie supérieure de l’abdomen
    • Posez l’intention de faire remonter l’énergie de ces centres jusqu’au sommet du crâne.
    • Faîtes remonter la respiration le long de chaque centre progressivement.
  • Une fois atteint le sommet de la tête, retenez votre souffle et maintenez votre attention à cet endroit, les muscles du bas du corps toujours contractés. Tenez 10 sec.
  • Relâchez sur l’expiration.

Pratiquez sur une musique inspirante qui dure entre 4 et 7 minutes.

Puis concluez avec la première méditation pour dissoudre les blocages.

Cette énergie qui remonte jusqu’aux centres supérieurs vous pouvez l’utilisez pour guérir votre corps ou créer quelque chose de nouveau au lieu de vous contenter de survivre.

Grâce à cette circulation, votre corps a intensifié son champ énergétique. Vous avez recrée une polarité entre le haut et le bas du corps.

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Émotions et yoga

Les émotions font partie intégrante de la pratique du yoga. On est invités à les observer comme toute autre expression corporelle ou mentale, qui se manifeste pendant la pratique. D’autant qu’elles sont souvent des obstacles à notre clarté mentale et au bien-être corporel recherché. Mais pour bien les observer, il est utile d’être un peu à l’aise avec leurs caractéristiques et ce qu’elles révèlent.

Émotions, sentiments, humeur ?

Émotion : c’est une séquence émotionnelle rapide. Elle peut durer vingt millisecondes. Elle commence par un stimulus ou déclencheur, traverse ensuite le corps, entraînant des réactions physiologies et un comportement réactif, le plus souvent la fuite, l’attaque ou l’immobilité. Puis la pensée surgit, et lorsque la vague émotionnelle se retire, on peut identifier l’émotion.

Sentiment : il correspond à votre expérience subjective ou personnelle d’une émotion ou d’une sensation : « Je suis triste » ou « J’ai mal ». Le Petit Robert propose comme définition « état affectif complexe, assez stable et durable, lié à des représentations mentales ». Le sentiment mêle émotions et pensées, et persiste en l’absence d’un stimulus ou déclencheur.

Alors que l’émotion est de courte durée et passe par le corps, le sentiment et durable et stable, il passe par la pensée, il est une forme de rationalisation. Après avoir ressenti une émotion, on éprouve au fond de soi un sentiment qui lui serait associé. Ainsi l’accumulation d’émotions pénibles provoque un sentiment de tristesse, voire de déprime. Une succession d’émotions joyeuses procure un sentiment de bonheur.

Humeur : c’est un état mental (ou état d’esprit) à un moment donné. Elle dure plus longtemps qu’un sentiment. Elle peut durer des jours entiers. Les émotions ont un déclencheur facilement identifiable, l’humeur fait référence à une tonalité affective qui envahit la personne.

Ces définitions sont inspirées de “L’intelligence émotionnelle pour les nuls” de S.J Stein et F.Dorn p74

Émotions primaires dans le monde

Paul Ekman, anthropologue et psychologue à l’université de Californie à San Francisco, a répertorié six émotions de base ou émotions primaires, innées, c’est-à-dire préprogrammées génétiquement : la joie, la colère, la tristesse, la peur, la surprise, le dégoût. Chacune correspond à une mimique particulière du visage et joue un rôle crucial pour assurer notre survie.

Pour élaborer sa théorie, il a parcouru le monde des États-Unis au Japon en passant par le Brésil, l’Argentine, l’Indonésie et la Nouvelle Guinée où il a rencontré les peuplades isolées sans accès aux médias. Il a isolé six familles émotionnelles grâce à des séries de photos : « une émotion de base doit s’exprimer par des changements physiologiques propres, être associée à des évènements déclencheurs universels, apparaître spontanément, de façon rapide et sur une courte durée, être évaluée automatiquement, entraîner des images, des pensées, ou des sensations spécifiques. ». 

Des émotions plus ou moins intenses (chaudes ou froides) et qui vous empêchent plus ou moins d’agir

L’émotion est un signal qui nous oriente vers les actions à mener pour satisfaire nos besoins. Mais quand l’émotion est trop forte (on dit qu’elle est chaude), elle nous empêche d’y voir clair et nous accapare trop, elle entraîne vos pensées et votre humeur dans une tornade au lieu de vous informer sur l’action à mener. Par exemple, la colère (émotion chaude) peut vous brouiller l’esprit alors que l’irritation (émotion froide) suffit à vous donner l’information sur votre besoin à satisfaire. Un enjeu est donc de transformer une émotion chaude en émotion froide, pour mieux l’observer.

Les émotions, des indices sur les motivations, résistances et besoins sous-jacents

  • La JOIE exprime un besoin de partage
  • La TRISTESSE exprime un besoin de réconfort
  • La PEUR exprime un besoin de protection
  • La COLÈRE exprime un besoin d’écoute et de changement

Observer les signes corporels

On peut apprendre beaucoup sur les émotions à partir des signaux corporels. Les joueurs de poker en sont des experts. Ils portent souvent des lunettes et une casquette pour dissimuler ces signaux. Ils appellent ces réactions Tells (tell, raconter en anglais), parce qu’elles en disent beaucoup. Hausser les sourcils, se gratter la tête… Par exemple, si quelqu’un donne des signes de mécontentement, il pourra paraître vulnérable et pris de faiblesse. Vous pourrez le comprendre et lui apporter votre soutien. Que traduisent une position en avant (l’intérêt) ou en arrière (la crainte), la raideur (gêne) ? Ces signaux vous aideront aussi à mieux cerner vos propres émotions selon les postures que vous adoptez.

Le vocabulaire émotionnel

Grâce à un bon vocabulaire émotionnel, vous aurez la possibilité de mieux cerner vos émotions et celles des autres, et vous permettez aussi à votre entourage de comprendre précisément votre message.

Comparez par exemple : « Je me sens très mal », à « Je suis découragé car cela fait 3 semaines que j’essaie d’attirer son attention ».

Pour percevoir, classer et comprendre avec précision ce que ressent une personne, vous devez être capable de décrire et de définir les diverses émotions qu’éprouve un être humain.

Voici une liste de divers émotions et sentiments pour vous aider à mettre des mots plus précis dessus.

AccablementIrrémédiableRejetSeul(e)Découragement
AmourAdmirationAmitiéAffectionSympathie
ApathieEnnuieImpatienceIndifférenceAmorphe
CharmeBontéTendresseDésirConvoitise
CompassionSentimentExcitationEnchantementSéduction
CrainteAppréhensionMéfiancePaniqueHystérie
CuriositéInsatisfactionRéserveSuspicionCourage
DéfaireMécontentementDouleurMélancolieAbandon
DépressionDéplaisirSouffranceSolitudeDésarroi
DésappointementMisèreAgonie  
ÉcrasementDétresse   
EmbarrasInvalidationConfusionInsultePénitence
Excitation    
ExcitationÉpuisementFragilitéRegretBravoure
ExtaseOptimisteTriompheAllégresseContentement
FierFerveurJovialHumourEnchanté
GaietéJouissanceJubilationSensationAmusant
HeureuxArdeurEuphorieSatisfactionSoulagé
HonteRemordHumiliationCulpabilitéRegret
IndécisionDominationCulpabilitéSoumissionDoute
IntérêtIrritationTimiditéPrudenceAudace
IntrigueRépugnancePudeurSursautDétermination
JoiePlaisirSatisfactionDélectationEntrain
Mortification    
NervositéEffroiTensionInquiétudeSecousse
PassionAffectionEngouementChaleur 
PitiéÉgarementMalheurAnxiétéInsécurité
SouciHorreurSaut d’humeurAnxiétéTerreur
StupéfactionIntimidationRéticenceImpuissantBougeotte
SurpriseAhurissementFeinteÉtonnementCompétent
TristesseNégligenceCafardChagrinDésespoir

Ne pas connaître ses émotions et leurs conséquences sur nos comportements, c’est être leur esclave.

Exercice pour laisser passer une émotion, et la regarder de manière plus sereine

Voici un exercice qui peut vous aider à générer une atmosphère calme et détendue plus à même de vous laisser observer sereinement vos émotions : imaginez-vous allongé sur le dos sur un nuage blanc cotonneux, en train d’observer les autres nuages au-dessus de vous. Vous vous sentez très bien et percevez la douceur des nuages qui vous entourent. Vous savourez la fraîcheur de la brise qui vous effleure. Vous entendez le léger sifflement du vent. Vous goûtez la douceur de l’air. Ressentez corporellement les émotions présentes en vous, et accueillez-les.

Article écrit par Sabine Rabourdin

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Les carrefours énergétiques du corps

Pourquoi les carrefours nerveux, énergétiques du corps sont-ils représentés par des symboles ?

Faute de pouvoir désigner directement la réalité, toutes les traditions ont eu l’ingéniosité de la suggérer à travers le langage des symboles (L’arbre de la terre au ciel,  H. Normand,p157). Mais globalement, en Inde spécifiquement, la classification concerne tous les aspects de l’existence (voir mon article sur mon carnet de recherche sur la science indienne ).

En fait le symbolisme autour des chakras fait partie d’un symbolisme bien plus large qui concerne tous les aspects de l’existence. Les canaux d’énergie qui circulent dans le corps sont relatifs aux cinq éléments (voire 9 éléments) qui composent la synthèse de la matière. Or ces éléments sont les constituants de tout ce qui existe, donc la correspondance est partout possible. Il est possible de développer les principes exposés dans le yoga de la kundalini sur tous les plans de perception : les sons, les couleurs, les chiffres, les symboles essentiels, etc. Ce qui est le cas dans la plupart des traditions religieuses où les implications des énoncés sont illimitées.

Les états de conscience, sont symbolisés aussi par les différents chakras. « De la base endormie au sommet pleinement éveille, se trouvent tous les états de conscience. » p 159 op cit

Une autre raison de cette forte présence des symboles dans la présentation des chakras est que ceux-ci ont une grande place dans le tantrisme. Or, les pratiques tantriques impliquent souvent des rituels, des mantras et des visualisations complexes, tout autant qu’une imagerie obscure et hautement symbolique et un langage (souvent érotique). L’origine du tantrisme est obscure mais sa thèse centrale est que le corps physique – avec ses défauts et sa tendance à décliner – peut être transformé en un véhicule pour la libération et un temple pour le divin ( 108 Gems for understanding Nâdî and Cakra – funky guru publication, 2008).

Il est important de comprendre que le Hatha Yoga dans sa conception du corps, avec les canaux subtils (nadis), ses centres le long de la colonne (cakra), son énergie endormie (kundalini), sa force vitale (prana), sa solaire (ha, surya, pingala) et lunaire (tha, candra,ida) imagerie, est tantrique dans son origine.

Bien que l’anatomie conventionnelle s’occupe de structures physiques, l’anatomie yogique est bien différente. C’est une carte de structures ésotériques conçue par la méditation profonde. Il est plus utile de voir ce modèle comme un réseau sous-terrain (comme les métros de Londres, Paris ou New-York) avec ses propres codes et représentations, plutôt comme un fac-similé des structures du corps humain.

Il existe différentes versions de cette anatomie yogique, des traditions anciennes suggèrent moins de chakras. Cependant le système de 6 (ou 7) chakras est devenu le modèle prédominant. Le texte qui décrit de manière la plus claire leur place et iconographie est Sat Cakra Nirupana, un texte du 16ème siècle traduit par Arthur Avalon en 1916 sous le titre « The serpent power ».

 « La Kundalini est considérée comme un arbre en raison de sa verticalité symbolisée par la colonne vertébrale, de ses racines, mûla, et de sa cime qui est représentée par un lotus, padma. Aux branches de l’arbre sont substituées des roues, chakra, des cycles ou des cercles qui marquent la progression et les différentes étapes de la vibration initiale. La sève de cet arbre symbolique passe par les courants, nâdi, qui circulent dans le tronc. » (Normand, p168)

« Théoriquement, il existe 72000 nâdî, ce qui apparaît comme une ramification semblable à celle du système nerveux. Le chiffre 72 (9×8) signifie symboliquement le passage (7+2=9) de tous les premiers chiffres (8) et « 1000 » a le sens de beaucoup. Le 9 n’est pas considéré comme un chiffre mais comme une transition. Il n’y a pas forcément de correspondance avec les méridiens chinois, mais des points de concordance. »
(L’arbre de la terre au ciel, op cit)

Article écrit par Sabine Rabourdin

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Le déconditionnement

Sutra II.41. Le déconditionnement engendre la bonne humeur, la concentration d’esprit, la maîtrise des sens et la faculté d’être en relation avec la conscience profonde.

Les yoga-sutra nous invitent à nous déconditionner de tout ce qui empêche la pleine réalisation. Dans le langage du bouddhisme tibétain comme dans celui du yoga, on parle de purification. Je lui préfère un terme moins chargé sémantiquement : le “déconditionnement”. De quoi s’agit-il ? À mesure que le pratiquant, grâce à sa pratique ou à des évènements extérieurs, fait des découvertes sur sa manière de penser, de sentir et de se comporter, ou sur le comportement d’autres personnes, s’enclenche un processus de démantèlement des vieilles habitudes qui lui apparaissent désormais inadéquates, ou de croyances erronées. Tout se passe comme si l’on défaisait les mailles d’un tricot. Comment est-ce de changer ses habitudes, de changer son regard sur le monde ?

C’est un jeu difficile car il y a un adversaire qui s’oppose à ce démantèlement. C’est l’ego qui se sent menacé. Il intervient pour nous empêcher de progresser sur cette voie. Voilà pourquoi il est si difficile de changer nos habitudes et nos croyances, qui sont devenues des formes de conditionnements. Chaque situation de changement est l’occasion d’observer comment vos habitudes vous conditionnaient. Et de découvrir la clarté, la liberté et le bonheur que vous pouvez atteindre en vous déconditionnant.

Sutra III.18, Par la vision claire des impressions latentes en nous, on a la connaissance de ce qui a précédé notre naissance

voici un sutra qui nous parle des impressions latentes en nous. Il nous donne finalement une méthode pour aller vers plus de déconditionnement.

Cette méthode consiste à observer (certains diront méditer), nos schémas et fonctionnements, nos comportements et habitudes, qui nous révèlent ce qui a été imprégné à notre personnage avant la naissance : les attentes de la famille, les cadres de la société (par exemple sur le genre, le milieu social, la couleur de peau), et tout l’héritage des ancêtres qui se transmet à travers nous. L’observation, si elle se place en retrait, sans jugement, et avec bienveillance et ouverture devient une méditation. Rien que d’observer ces schémas avec cette attitude aide à mieux se connaître et dénouer certains conditionnements.

La plupart des traductions de ce sutra interprètent « ce qui a précédé notre naissance » par la connaissance des vies antérieures, mais cela implique d’adhérer au concept de réincarnation ou de métempsychose, ce qui n’est pas forcément le cas de tout le monde ! Selon moi, les yogas sutras se situent en dehors de toute croyance et de tout dogme, ils sont une invitation à l’expérience accessible par chacun quelque soit sa religion, sa situation sociale, son lieu de naissance, etc. donc je propose que chacun expérimente et se fasse son idée !