“Comment on produit le sommeil magnétique”George Suard, 1910

L’ouvrage “Comment on produit le sommeil magnétique PAR GEORGES SUARD Magnétiseur Praticien, Ouvrage indispensable aux Débutants”, Paris, 1910, est mis en ligne par la BNF : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6311545t/f10.item#

Il parle de la lucidité ou somnambulisme magnétique, en précisant quels sujets y sont particulièrement sensibles et comment on produit cet état. En voici des extraits regroupés par thématiques (tous les passages ci dessous sont des citations de ce livre).

Les sensitifs ou sujets.

“Les sujets sont les premiers outils (excusez l’expression) indispensables à la production des phénomènes. Nous allons donc consacrer tout un chapitre indiquant le moyen de reconnaître les personnes endormables.

Les sensitifs se trouvent partout. Ceux qui sont doués d’un tempérament froid aussi bien que ceux doués d’un tempérament nerveux peuvent faire d’excellents sujets.

Voici donc plusieurs manières de reconnaître ces derniers.

Ce qui va suivre semblera quelque peu disparate au lecteur, mais peu importe, ce que nous désirons surtout, c’est d’entrer dans le vif de la question sans nous arrêter aux considérations de chaque particularité.

  • Les sensitifs aiment presque tous la couleur bleue, et par contre détestent la couleur jaune.
  • Les personnes endormables restent tristes et mélancoliques au son des cloches.

Nous irons même plus loin, en disant qu’il aura quelquefois des idées de suicide. Les sensitifs sont-ils donc des êtres inférieurs? Nous répondrons plus loin à cette question, mais nous pouvons dire dès maintenant qu’il n’y a rien d’inutile sur la terre et que les personnes impressionnables dont nous venons de parler nous seront d’un secours précieux dans bien des circonstances. Si, grâce au Magnétiseur, le sujet peut braver la douleur, grâce également au sensitif, l’opérateur peut éviter bien des écueils. Ceci dit, continuons d’énoncer les particularités des sensitifs.

  • 3° Ces derniers se couchent presque toujours sur le.côté droit.
  • 4° Ils ne peuvent tenir en place à l’église (i).
  • 5° La musique lente et le cor de chasse, notamment, les font pleurer (même mystère que pour les cloches)
  • 6° Ils n’aiment pis les sociétés turbulentes, ni les foules compactes (2).
  • 7. Ils n’aiment pas se promener au clair de lune.
  • 8° Le bruit d’une cascade leur donne une impression désagréable.
  • 9° Ils n’aiment pas donner des poignées de main.

Bref, ce sont des êtres qui, à première vue, semblent capricieux au suprême degré quand, en réalité, ces soi-disant caprices ne sont que le résultat de leur extrême sensitivité. (Je dis sensitivité et non sensibilité). Autrement dit, un sujet n’est qu’un baromètre intelligent. Et Dieu sait si c’est variable. Il n’est pas nécessaire qu’un sensitif remplisse toutes les particularités énoncées ci-dessus. Quelques-unes seulement sont suffisantes.

Nous dirons pour finir que les personnes aimant le son des cloches et le jaune sont réfractaires dans toute l’acception du mot.

– Jusqu’ici on peut donc, sans avoir un seul instant prononcé le mot magnétisme, se rendre compte si l’on a, dans sa famille ou dans son entourage, une personne facilement endormable.

Supposons que nous l’ayons trouvée.

Méthode pour “produire le sommeil”

Il faudra la faire placer debout, et lui appliquer les deux mains sur les omoplates. Au bout de quelques instants, elle ressentira une chaleur qui pourra aller jusqu’à la suffocation, et si insensiblement nous retirons les mains, ladite personne tombera en arrière, comme attirée par un aimant. Ce moyen est très connu, mais ce n’est pas une raison pour n’en point parler. Ce sera pour nous une nouvelle confirmation de la sensitivité du sujet.


Admettons, pour un instant, que nous ayons trouvé le sujet rêvé, c’est-à-dire aimant le bleu, détestant le jaune, se couchant sur le côté droit, etc. Nous commençons par prendre l’établissement du rapport. Voici en quoi il consiste.

L’opérateur devra s’asseoir en face du sujet. Les jambes de ce dernier placées entre celles du Magnétiseur, les genoux contre les genoux, les pieds contre les pieds, les mains sur les mains, et, point capital, la face palmaire des pouces du patient contre la face palmaire des pouces de l’opérateur (i).

Pour la première fois, il faudra rester ainsi pendant un quart d’heure.

(i) Autrement dit l’intérieur des pouces du sujet contre l’intérieur des pouces du magnétiseur.

Le patient ressentira des picotements ou, plutôt, des titillations dans les pouces. Ce fourmillement ne tardera pas à envahir le poignet et même l’avant-bras. En continuant l’action, c’est-à-dire en restant quelques minutes de plus dans cette position, un engourdissement à peu près complet se manifestera chez le sujet (i).

A ce moment, l’opérateur se lèvera et dirigera les doigts de la main droite directement vers le front du sujet. Une bonne distance est de 3o à 5o centimètres environ. Recommandation importante. Le Magnétiseur n’aura aucune raideur, car cette dernière est plutôt nuisible à l’émission du fluide. Au bout de cinq minutes environ la poitrine du sujet se gonflera légèrement et, un moment après, un soupir profond sera l’indice que le sommeil magnétique est arrivé à son ier degré.

(1) Si celui-ci est très sensible, il pourra, s’endormir dans cette position. Le sommeil ainsi provoqué est le plus doux de tous.

Premier état du Sommeil, Crédulité.

Pour un début, il ne faut jamais dire à la personne que l’on suppose endormie : « Dormezvous ? ». Il est préférable de demander : « M’entendez vous? » ou encore : « Comment vous trouvezvous ? ». Si le sujet répond : « Pas mal! » méfiez-vous, car ce peut être un simulateur. Dans ce cas, et afin de vous convaincre, prenez un morceau de papier, roulez-le entre vos doigts de façon que vous puissiez, avec la pointe, chatouiller légèrement les oreilles du dormeur, ainsi que les lèvres et les narines. Si le sujet ne bronche pas, il n’y a pas d’erreur possible, c’est qu’il dort sérieusement, car aucune personne au monde n’est capable de rester immobile pendant cette simple épreuve.

Alors vous répétez : « Etes-vous bien? ». Quelquefois la réponse est longue à venir. Cela provient de ce que la langue est comme collée au gosier. Il s’agit dans ce cas de passer la main – n’importe laquelle — sous le menton du sujet, et cela avec une certaine rapidité. Ceci s’appelle un effleurage. Vous pouvez dire alors au sujet : « Pourriez-vous me dire votre âge? ». Presque invariablement le dormeur vous répondra qu’il ne s’en rappelle plus. Alors vous ajouterez : « Comment vous appelez-vous? »

  • – Je ne sais pas !
  • — Comment, vous ne savez pas votre nom ?
  • – Non, je ne sais plus !
  • – Pourriez-vous me dire votre adresse?
  • — Je l’ai oubliée ! «
  • – Comment ferez-vous pour rentrer chez vous ?
  • – Je ne sais pas !Avec de telles réponses il n’y a pas d’erreur possible, le sujet est bien au ier degré, c’est-à-dire en Crédulité.

Que peut-on tirer de cette phase?

Le lecteur se dira : voilà un état qui n’est pas bien intéressant puisque l’on ne peut rien tirer du dormeur !

— Grave erreur !

Si la crédulité est patente on peut créer des personnalités, car si le sujet paraît nul par lui-même, il peut entrer dans la peau du personnage suggéré.

Plusieurs exemples feront mieux comprendre que n’importe quel raisonnement.

1° Vous dites au sujet : « C’est aujourd’hui dimanche, il fait un beau soleil, voulez-vous venir pêcher à la ligne avec moi? »

S’il accepte, prenez une canne ou un parapluie, peu importe, et ajoutez : « Regardez la belle ligne !

Eh bien, maintenant que nous sommes à la rivière, prenez du poisson, le plus possible ».

Alors, avec plus ou moins d’adresse, surtout les premières fois, le dormeur auquel vous aurez ouvert les yeux préalablement fera le simulacre de pêcher.

Cette expérience qui paraît naïve et banale par elle-même a une importance énorme, car si le sensitif accepte ce rôle, il peut accepter tous les autres, et c’est précisément en quoi réside le danger de ce premier sommeil.

Donnons des exemples. Le sujet ayant fini de pêcher sur votre ordre, dites-lui : « Vous êtes mon secrétaire et, si vous le voulez bien, nous allons travailler ensemble. Venez à mon bureau et écrivez (i) ».

— Je reconnais avoir été endormi le 15 juin 1903, à 9 heures du soir.

Puis, de la même voix monotone, ajoutez : « Je reconnais devoir la somme de 1.000 francs à M. Julien. Je le rembourserai le 15 janvier 1910. »

– Voilà donc le grand danger.

Le sujet, qui est entré dans la peau du secrétaire, écrit bêtement ce qu’on lui dicte sans se rendre nullement compte de ce qu’il met. (Il signerait sa condamnation à mort.) C’est pourquoi on a vu malheureusement et on verra encore des personnes reconnaître devoir des sommes qui ne leur ont jamais été prêtées. Et c’est précisément dans cet état, le plus léger de tous, que ces phénomènes sont possibles.

Continuons les exemples. Voilà maintenant une jeune fille honnête qui a été endormie, si nous le voulons bien, par son fiancé. Si celui-ci est animé de mauvaises intentions et qu’il connaisse son affaire, il aura beau jeu. On a dit (et ce sont des maîtres qui parlent ainsi) qu’une femme vertueuse conservait, même dans le sommeil le plus profond, un sentiment de pudeur indéracinable. Oui, certes, mais le danger n’en existe pas moins pour plusieurs raisons.

La première de toutes, c’est l’insensibilité dans laquelle est plongée la dormeuse.

La deuxième tient de la suggestion proprement dite.

Dans une expérience classique, par exemple, on dira à une dame : « Ne trouvez-vous pas qu’il fait chaud? Dieu qu’il fait chaud! »

Ici la personne se découvrira comme pour mieux respirer, mais ne se déshabillera pas complètement, même si on lui donne un ordre énergique. C’est cette résistance que l’on appelle la subconscience (i).

Mais si l’opérateur change la personnalité du sujet en lui disant : « Vous êtes B., le premier nageur du monde, dans quelques instants vous allez traverser Paris

(i) Lire les Débuts d’un Magnétiseur, l’œuvre magistrale d’André Neff (volume 3 francs franco).

à la nage. etc., l’heure est venue, déshabillez-vous vivement pour ne pas manquer le départ. »

Dans ce cas le sensitif, acceptant son rôle, perd toute notion de pudeur par le fait même de l’ordre donné en conséquence.

Mais si cette puissance magnétique peut faire le mal, elle peut, en revanche, procurer d’immenses avantages au sujet comme à l’opérateur.

Voyons donc maintenant quels sont les bénéfices que l’on peut tirer de cet état.

Ici encore, les exemples feront mieux comprendre que la théorie.

Prenons un garçon de douze ans, instruit normalement et doué de qualités ordinaires. Eh bien!

avec un sage entraînement, on arrivera à faire un prodige de cet enfant dans la partie que l’on choisira.

SUGGESTION. — Vous avez vingt-cinq ans, vous êtes professeur d’écriture, votre main est souple et légère, écrivez : L’Ecriture est un geste fixé.

Ce garçon qui, d’habitude, aura une écriture enfantine, changera totalement son graphisme.

Nous ne dirons pas qu’il écrira comme un professeur, mais il aura certainement un coup de plume supérieur à celui qu’il a habituellement.

« Les soucis, les ennuis, tout a disparu, quelle « douce vie l’on respire !

(i) Cette jeune fille étant très dure à endormir, j’avais été obligé de donner quelques suggestions, chose que je ne fais jamais habituellement pour produire le sommeil, à moins d’avoir des réfractaires amenés par des clients.

Quelles sont maintenant les impressions du Magnétiseur qui endort les premières fois?

Dès que celui-ci a dirigé les doigts de la main droite vers le front du sujet, il éprouve un picotement presque continu ; quelquefois, il lui semble ressentir comme un courant d’eau chaude passer sous les ongles.

Cette sensation est produite par l’émission du fluide.

Quand le sujet succombe au sommeil par cette saturation, une joie immense mêlée d’orgueil envahit l’âme du débutant.

Cette force latente qu’il a en lui, cette action puissante dont il est doué sans s’en douter sont pour lui un bonheur inappréciable.

Si l’âme de l’opérateur est noble, celui-ci comprendra de suite qu’il y a dans l’homme quelque chose de supérieur, presque de divin.

Si, au contraire, le jeune magnétiseur a des sentiments peu élevés, il cherchera aussitôt à profiter de cette force pour obtenir dans le sommeil ce qu’il ne pourrait avoir autrement.

Heureusement pour l’humanité que les Grands Magnétiseurs connus jusqu’à présent étaient tous doués d’une nature d’élite, comme si cette force nerveuse était un privilège qui leur était accordé.

Deuxième Phase, Catalepsie.

Continuons d’imposer la main droite au front du sujet. Après quelques minutes, ce dernier poussera un soupir plus profond, qui sera pour nous l’indice que nous sommes arrivés à la deuxième étape, autrement dit au 2e degré du sommeil magnétique. Les phénomènes que nous allons observer sont stupéfiants, autant par leur beauté que par leur bizarrerie : 1° Nous constaterons d’abord chez le sujet une immobilité complète. Si nous soulevons un bras, celui-ci restera dans la position que nous lui aurons imposée. Les yeux restent fixes et grand ouverts, en un mot le sujet semble de cire. Rien n’est plus impressionnant pour une personne non prévenue et même pour un débutant que de voir ces phénomènes.

Tous les membres sont d’une légèreté dont rien ne saurait donner l’idée. On croirait manier du caoutchouc, tant la souplesse est grande. Les positions les plus fatigantes, les plus grotesques, les plus invraisemblables, peuvent être gardées pendant très longtemps sans que le moindre tremblement dénote une fatigue chez le sujet. Ici, il est impossible de simuler.

Le meilleur comédien ne pourrait remplir son rôle. S’il y a une chose que l’on n’imite pas dans le sommeil, c’est bien l’état cataleptique. Si nous le voulons, la statue va s’animer. Portons la main droite du sujet à sa bouche; aussitôt, si c’est une femme, elle sourira avec une expression divine en envoyant des baisers.

Le fait d’envoyer des baisers est dû à l’automatisme de la mémoire, car il faut dire qu’à ce 2e degré du sommeil l’esprit du sujet est très obtus. Un souvenir lointain semble dire au sujet : « Si tu as la main sur la bouche, ce ne peut être que dans ce but. »

Et c’est alors que l’on voit ce geste gracieux et automatique (ce qui paraît un non-sens, tant ces deux expressions semblent peu s’accorder). Arrêtons le bras, et aussitôt le visage cesse de sourire instantanément.

L’être redevient de cire. Les peintres et sculpteurs feraient bien d’étudier cet état, ce qui leur serait d’autant plus facile, que l’immobilité, qui est la caractéristique de la catalepsie, leur permettrait de travailler sans trop se hâter.

Dans cette phase merveilleuse, le sujet peut se lever et marcher, mais gare la chute, car il arrive parfois que les jambes deviennent raides tout d’un coup et sans cause apparente.

Il est donc prudent, avant de faire marcher le sujet, de faire un effleurage (i) rapide en partant des hanches pour aller au bout des pieds. Maintenant, si le lecteur veut l’illusion d’un conte des mille et une nuits, voilà ce que je lui conseille : 1° Qu’il fasse son possible pour avoir dans une

(i) L’effleurage se fait comme une passe rapide avec un léger contact.

Même soirée trois ou quatre sensitifs hommes ou femmes, peu importe.

  • 2° Qu’il se procure quelques musiciens, ou, ce qui serait beaucoup mieux pour l’expérience, et moins coûteux, un bon phonographe à disques.
  • 3° Qu’il plonge les trois ou quatre sujets en catalepsie.
  • 4° Et enfin qu’il mette sur l’appareil une polka des plus relevées.

Aussitôt les statues s’animent et se mettent à danser avec une souplesse et une légèreté extraordinaires.

Les visages expriment une joie qui fait plaisir à voir, car dans cette deuxième vie l’hypocrisie est entièrement bannie.

Si soudain la musique s’arrête, l’effet est foudroyant.

Tous les sujets restent figés, pétrifiés, dans l’attitude qu’ils avaient au moment de la note finale.

Là, le visiteur non prévenu croirait entrer dans un musée de cire (le Musée Grévin en petit).

L’effet est si saisissant, si impressionnant, que plusieurs fois nous avons fait entrer, pendant une séance, dans une pièce ainsi préparée, des chiens et des chats dont le poil se hérissait aussitôt. Ces troublantes expériences rappellent de loin le joli conte de Perrault dans sa Belle au Bois dormant. Jamais un directeur de théâtre ne pourra donner (même avec les premiers artistes du monde) une illusion aussi complète aux spectateurs.

Ici, le Magnétisme triomphe dans toute l’acception du mot.

Les personnages, autrement dit les sujets remplissent admirablement le rôle de gens pétrifiés dans leur dernier geste,comme l’explique l’immortel Perrault dans son histoire.

La vie paraît s’être, en effet, retirée d’une façon complète.

La respiration est imperceptible, l’insensibilité totale.

On pourrait couper, hacher menu comme chair à pâté (i), que les sujets conserveraient la même impassibilité.

On pourrait tirer le canon que pas un muscle du dormeur ne tressaillerait, mais qu’une simple note de musique résonne, si douce, si lointaine soit-elle, aussitôt tous ces visages de cire s’animent de nouveau.

C’est une résurrection spontanée, troublant l’âme des plus indifférents.

Les Hypnotiseurs donnant des séances publiques seraient beaucoup plus applaudis en faisant des expériences comme celles ci-dessus, au lieu de faire tenir à leur patient des rôles ridicules.

C’est également dans la catalepsie que l’on obtient cette rigidité cadavérique permettant d’étendre un sujet sur deux chaises, les pieds sur l’une, la tète sur l’autre.

Pour obtenir cette raideur, il suffit de faire un effleurage lent et pesant depuis le haut de l’épaule — le sujet étant debout — jusqu’aux pieds.

Pour dégager, autrement dit, pour rendre l’élasticité première, il suffit de faire un autre effleurage rapide, mais de bas en haut.

Nous ne consei llons pas ces expériences de rigidité qui ne servent à rien, sauf à démontrer d’une façon irréfutable la preuve du sommeil. Il est vrai que, s’il fallait chercher à convaincre tous les sceptiques, la vie d’un homme n’y suffirait pas.

Avant de terminer ce chapitre, nous croyons utile de relater quelques particularités aussi étranges que celles décrites ci-dessous.

Le sujet étant debout, mettons-lui en main un parapluie. Que va-t-il se passer?

Le dormeur commence par regarder curieusement l’objet en question avec une attention des plus comiques.

Puis, gravement, il passera un examen scrupuleux de cette chose qui lui semble étrange. Finalement, après un temps souvent fort long, il ouvre le parapluie, le tâte encore une fois, et se décide à le mettre au-dessus de sa tête. Ensuite, d’un mouvement automatique, le sujet — si c’est une femmeretrousse sa robe et se met à marcher comme une personne ayant hâte de rentrer chez elle par un temps de pluie.

Cette expérience classique s’explique par l’automatisme de la mémoire.

Un autre phénomène, tout aussi étrange, est celui où le sujet exécute les mêmes mouvements de l’opérateur et répète mot pour mot ce que dit ce dernier.

Un débutant croirait avoir affaire à une personne se moquant de lui.

N’oublions pas que nous sommes dans le 2e degré, où le sujet n’entend absolument rien, sauf la musique.

Comment donc peut-il répéter les paroles de son magnétiseur?

Cela tient à l’automatisme, non plus de la mémoire cette fois, mais du mouvement.

En société cette expérience a toujours son petit succès. Comme elle est très amusante et qu’elle n’entraîne aucun danger, nous la recommandons.

Manière d’opérer : Faire lever le dormeur, toujours avec précaution (i).

Le sensitif ayant les yeux tournés dans une direction quelconque, l’opérateur devra mettre un doigt de sa main droite dans cette même direction (20 centimètres environ).

Le magnétiseur ayant pris le regard de son sujet commence par se frotter les mains. Aussitôt — si la prise du regard a été bien faite — le dormeur fera la même chose ; il n’y aura plus alors qu’à faire n’importe quel geste, pour que ce geste

(1) Nous avons déjà fait remarquer que les jambes peuvent se raidir subitement.

soit fait instantanément par le sujet avec une précision et un ensemble étonnants.

Si l’opérateur prononce quelques mots, aussitôt, comme un écho fidèle, le sujet les répétera avec la même intonation.

Que l’opérateur parle russe, espagnol, anglais ou allemand, le dormeur aura le même accent que celui qui dirige.

Il faut vraiment que l’automatisme des mouvements se fasse d’une façon merveilleuse, et que la langue du sensitif suive mathématiquement celle de l’opérateur !

Maintenant, pour se débarrasser du dormeur qui ne veut plus vous lâcher, il s’agit, de nouveau, de prendre son regard, et d’un mouvement brusque faire disparaître la main droite, de façon que les yeux du sujet n’aient pas le temps voulu pour suivre une direction quelconque (i).

(i) Ceci est très difficile à expliquer et très simple à faire.

Le mouvement brusque dont nous voulons parler a pour but de couper le fil de la communication.

Impressions au réveil après l’état cataleptique.

Quelques exemples : Réveillé après une musique guerrière, le sujet a des idées batailleuses.

Réveillé après un air de cloches, il aura des idées noires, tristes jusqu’au suicide.

Réveillé après une musique religieuse, le sensitif éprouvera le besoin de faire une prière.

Et enfin, après un air connu comme: J’avais mon pompon en revenant de Suresnes, le sujet aura la tête lourde et un réel mal aux cheveux que rien ne pourra faire passer; même les suggestions les plus énergiques données dans un nouveau sommeil resteront sans effet.

Il faut donc agir avec la plus grande prudence (i).

(11 Nous avons vu un jeune homme endormi (à ce 28 degré de catalepsie) auquel on avait joué tous les airs les plus égrillards, être pendant deux jours ivre-mort, et cela dès son réveil.

Troisième état ou troisième phase du sommeil magnétique.

Somnambulisme.

En continuant d’imposer la main droite au front du sujet, nous arrivons après quelques minutes, parfois quelques secondes, suivant la sensitivité du dormeur, à obtenir le somnambulisme.

Cette phase, si belle, si noble et si utile, est peut-être celle qui a le plus nui au Magnétisme.

C’est, en effet, à cette 3e phase, que certains sensitifs ont la faculté de pouvoir lire aussi aisément les yeux fermés (i) que les yeux ouverts.

(i) Les forbans du Magnétisme n’ont pas manqué de mettre à profit cette particularité. Quand ils veulent donner des consultations, ils bandent fortement les yeux de leur somnambule, disant que l’obscurité est favorable à la clairvoyance, — ce qui est vrai.

Mais procédons par ordre et allons prudemment, car nous sommes, dès maintenant, dans un sable mouvant.

Nous dirons d’abord que c’est à partir de ce moment seulement que le sujet s’aperçoit qu’il dort.

Aussitôt dans cet état, il remue absolument comme s’il était éveillé.

Cette phase comprenant 7 degrés, nous allons les énumérer brièvement : ier DEGRÉ. — Le sujet a les yeux fermés (1), et n’est en rapport qu’avec son Magnétiseur.

Autrement dit, il n’entend que lui.

Si, cependant, on voulait que le dormeur entende d’autres personnes, il suffirait à celles-ci de toucher le sujet pour établir immédiatement une communication.

2e DEGRÉ. — Si on continue d’imposer la main droite au front, pendant quelques secondes, nous remarquons un petit tressaillement se manifester dans tout le corps du sujet. Quelquefois c’est un

somnambule est parfaitement éveillée et que le bandeau ne sert qu’à masquer la supercherie.

Remarquons qu’il s’agit des forbans.

(1) N’oublions pas que jusqu’alors, c’est-à-dire en crédulité et en catalepsie, les yeux ont été constamment ouverts.

soupir léger qui indique le 2e degré du somnambulisme. Mais il ne faut pas confondre ce léger soupir, presque imperceptible, avec celui qui divise chaque phase d’une façon bien tranchée.

Je l’ai dit, nous sommes sur un terrain mouvant, et il faut pour remarquer tous ces phénomènes une attention et une patience de vieux savant.

Donc, filons vivement sans trop nous arrêter à ces petits détails qui sont le propre des expériences de laboratoire.

Nous avons beaucoup mieux à faire pour arriver au côté pratique qui nous intéresse avant tout.

C’est par acquit de conscience que nous nommons ces 7 degrés de la troisième phase, car il n’y aura vraisemblablement que le 4e degré qui sera utile pour le lecteur (i ).

Revenons à ce 2e degré du somnambulisme.

Là, le rapport continue toujours, il continue même tellement que si le Magnétiseur se pique, le

d) Certains auteurs disent, que le somnambulisme est le 3c degré qui se divise en 7 phases. D’autres que c’est la 3e phase qui se divise en 7 degrés. C’est toujours la même chose. Que le lecteur s’imagine le somnambulisme comme un appartement ayant 7 pièces et qu’il choisisse celle qui lui convient le mieux pour ses études ou expériences.

sujet ressent instantanément la piqûre au point correspondant.

C’est un phénomène extraordinaire.

L’opérateur ayant soif, le patient a la gorge sèche.

Si le premier se désaltère, le second sent la fraîcheur du liquide tout comme s’il buvait lui-même.

Ce 2e degré s’appelle : sympathie au contact.

3e DICGRÉ. — En continuant d’imposer la main droite au front pendant quelques secondes, un nouveau tressaillement, quelquefois imperceptible, est l’indice que nous sommes arrivés au 3e degré.

C’est encore plus extraordinaire que tout à l’ heure.

Nous obtenons maintenant la sympathie à distance.

C’est, en effet, dans cet état que certaines somnambules ressentent le mal des malades venant consulter. On comprend la surprise de ces derniers quand, à peine entrés, ils entendent la dormeuse s’écrier par exemple : « Que ce pauvre Monsieur souffre de l’estomac ! » Le pauvre Monsieur reste complètement ahuri, car n’ayant encore rien demandé, on lui dit déjà ce dont il est affecté.

Point n’est besoin de dire la confiance illimitée et spontanée du visiteur.


Maintenant, supposons qu’un opérateur abandonne son sujet dans ce 3e degré du somnambulisme et que le dit opérateur aille faire une course quelconque, supposons encore qu’il se fasse écraser par un tramway.

Eh bien ! nous ne savons pas trop si le sujet avec lequel il est en rapport ne mourrait pas juste au même moment.

C’est une expérience qui demande vraiment trop de dévouement.

4e DEGRÉ. — Lucidité les yeux fermés.

Nous voilà arrivés au phénomène le plus merveilleux et le plus troublant de tout ce que nous pourrons voir.

C’est ce 4e degré qui intéressera surtout nos lecteurs, et c’est précisément, comme nous l’avons dit plus haut, l’état qui a fait le plus de mal au Magnétisme.

PARTICULARITÉS.

Les paupières sont abaissées sur les globes oculaires qui sont presque toujours révulsés vers le haut, c’est-à-dire que, si l’on cherche à soulever la paupière on n’entrevoit que le blanc de l’œil. C’est


là le propre des somnambules qui consultent.

Les facultés de certains sujets sont extraordinaires. Les uns peuvent lire sans le secours des yeux, d’autres peuvent se transporter à des distances considérables et décrire des scènes qui se déroulent sous leurs yeux comme dans un cinématographe.

D’autres, enfin, peuvent prédire l’avenir.

Voilà le fameux état exploité par les charlatans. D’aucuns mélangent à dessein le Magnétisme, cette science si noble et si pure, avec celle du marc de café et du blanc d’œuf. Ils ajoutent à cela les cartes, tarots, etc., comme s’il pouvait y avoir une analogie avec l’état qui nous intéresse, et alors les crédules (et Dieu sait s’ils sont légion) ayant été dupés, trompés sous toutes les formes, ne savent plus au juste si la cartomancie fait partie du Magnétisme ou le Magnétisme de la cartomancie.

Bref, ces gens s’amènent chez le Magnétiseur consciencieux avec une crainte qui serait plaisante, si elle n’était le résultat des turpitudes dont ils ont été l’objet.

Que de fois nous avons vu, même des Parisiens (ayant lu les annonces de Nos leçons de magné-


tisme) venir nous trouver en disant carrément : a J’ai vu votre réclame sur le journal, et je viens pour que vous me tiriez les cartes ». Ce qui fait bien voir que la confusion a été créée Ú plaisir pour les gens naifs.

Disons donc tout haut et à tue-tête que : Le Magnétisme, c’est la science noble dans toute l’acception du mot. C’est le Lion, derrière lequel s’abritent les hyènes et les chacals. Et si nous ne garantissons pas les consultations, c’est que nous, professionnels, savons mieux que quiconque que la lucidité n’est pas régulière.

Cette faculté s’appelle lucidité ou clairvoyance.

Elle est plutôt rare, et bien des suj ets endormis très souvent ne seront jamais lucides.

A l’heure actuelle, le meilleur moyen pour rendre un dormeur clairvoyant, c’est d’exciter le plexus cardiaque.

Ceci se fait en dirigeant les doigts de la main droite vers la poitrine (peu importe la distance).

Continuons maintenant d’énumérer les phases du somnambulisme, et nous reviendrons tout à l’heure à ce 4e degré qui a été, et sera encore, l’objet de nombreuses discussions.


5E DEGRÉ. — Lucidité les yeux ouverts.

En continuant d’imposer la main droite au front du sujet, nous remarquerons un nouveau tressaillement chez ce dernier. Et aussitôt les yeux s’ouvrent spontanément, ce qui, à première vue, ferait croire au réveil.

Puis le rapport cesse et dès ce moment le sensitif est capable de voir les effluves qui se dégagent du corps humain.

Personnellement, nous n’avons eu que fort peu de sujets ayant la lucidité les yeux ouverts.

Dans cet état ils remuaient continuellement, sans pouvoir rester en place.

6e DEGRÉ. — Extase.

Etat encore plus rare que le précédent.

Le sujet semble naviguer de conserve avec les anges, tant il a l’air heureux.

On fait cesser cette phase en abaissant les paupières.

7e DEGRÉ. — Contracture.

Rien d’intéressant pour nous (i).

d) Ces degrés sont ceux trouvés par M. Durville, le sympathique directeur de la Société magnétique de France.

D’autres chercheurs pourront peut-être en découvrir de nou-


Revenons maintenant au fameux état de clairvoyance proprement dit, et voyons un peu cette lucidité stupéfiante. Deux exemples un peu longs mais indispensables vont nous fixer définitivement.

veaux, mais quant à nous ce sont les seuls que nous ayons constatés et même chez très peu de sujets. Comme côté pratique il n’y a guère que les quatrième et cinquième degrés.

Et quand bien même on trouverait dix degrés dans cette phase nous ne voyons pas trop comment ils pourraient être utilisés.



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